Le chapitre III du texte du professeur Roblin, se présente comme une véritable « proposition aux autorités pédagogiques du système éducatif ayitien pour un retour à la macro planification de l’éducation s’appuyant sur des données fiables et valides ». Dans ce segment fondal-natal, l'auteur expose la triade des outils de pilotage : le Plan d’éducation, la Carte scolaire et le Système d'Information pour la Gestion de l'Éducation (SIGE). L'enjeu n'est pas simplement technique ; mais il s'agit d'une quête d'équité territoriale et sociale. Comme je le rappelle dans mes chroniques sur Le National (Endara, 2025), les travaux de Roblin visent à substituer l'intuition politique par la rigueur statistique, faisant de la Carte scolaire non pas un simple dessin, mais le « squelette » sur lequel doit se greffer toute réforme éducative sérieuse en Haïti.
La Carte scolaire n'est pas un simple outil technique, c'est l'affirmation de la puissance publique. En planification de l'éducation, la carte scolaire est strictement « l’affaire de l’Etat » (p. 41). Son application permet de respecter le cadre légal, notamment « l’article 17 du décret du 5 juin 1989 » (Idem), qui prévoit, grosso modo, que l’Institution Éducative est la seule structure compétente pour maintenir à jour la carte scolaire du pays. Cela met fin à l'anarchie des structures qui s'autoproclament productrices de statistiques sans outils de collecte fiables.
Réduction chirurgicale des disparités territoriales
La politique de la Carte scolaire vise explicitement la « diminution des disparités entre milieux urbains et ruraux » (Ibid. p. 41). En s'appuyant sur des « données fiables et valides », elle permet une meilleure allocation des ressources au niveau de la micro-planification ou local. L'introduction du numérique et de l'enquête « géo-référencée » permet d'identifier précisément les zones d'ombre pour offrir une éducation de proximité, rompant avec le modèle élitiste traditionnel (Ibid. pp. 41-42) et permettant un pilotage scientifique par la donnée (SIGE). L'application de cette politique repose sur une trilogie indissociable : « le Plan d’éducation, la Carte scolaire et le SIGE ». Aussi faut-il croire que le Système d’Information pour la Gestion de l’Éducation (SIGE) permet de : construire une vision claire du management de la filière statistique; éviter le « gaspillage de ressources » en modélisant l'avenir sur des bases concrètes; répondre avec « pertinence » aux requêtes statistiques des décideurs politiques. Toutefois, comment le passage d'un « curriculum caché » à un « curriculum de production », soutenu par les données du SIGE, peut-il concrètement transformer le marché de l'emploi en Ayiti sans sacrifier l'accès de toutes et de tous à l'éducation ?
Adéquation entre formation et besoins de production
La Carte scolaire est l'outil qui permet de résorber l'inéquation formation-emploi. Elle aide à réorienter le système vers le secteur post-moderne de production et de services. En planifiant l'offre, on évite que les diplômés ne « végètent dans la précarité ». Elle favorise une éducation où « la théorie et la pratique sont concomitantes », permettant à l'apprenant de contribuer au développement de sa communauté dès la sortie de l'école (Ibid. pp. 42-43 et passim). La résistance et la gestion des crises cycliques est une affaire d’État. Ayiti est marqué par des crises qui émaillent son histoire. La Carte scolaire permet d'envisager de « mettre de l’ordre dans la maison » après des chocs comme la pandémie de COVID-19 ou des catastrophes naturelles. Elle offre un « tableau d’indicateurs » pour évaluer les besoins réels sur le terrain, évitant que les décideurs ne se perdent dans un « imbroglio » statistique lors de périodes de turbulences (Ibid. pp.48-49 et passim).
La Carte scolaire redéfinit les rapports avec les agences d'aide (AFD, UNICEF, UNESCO) (Ibid. p. 45). Le plan Roblin affirme que si les agences accompagnent l'État, elles ne doivent pas l'affaiblir, il montre en effet les voies et moyens profitables à cette coopération. Disposer d'une carte scolaire robuste permet à l'État de : imposer ses priorités nationales aux partenaires financiers; éviter que les projets fassent l'impasse sur le Plan décennal d'éducation et de formation; consigner les interventions des ONG dans un plan articulé avec les politiques éducatives nationales (Ibid. p. 48).
La carte scolaire demeure une affaire d'État et de droit selon la vision du plan décennal de Roblin. « En planification de l’éducation, la carte scolaire c’est l’affaire de l’État » par le fait que cette politique s'ancre dans une base légale stricte, notamment « l’application de l’article 17 du Décret du 5 juin 1989 » qui désigne l'institution éducative comme la seule structure compétente pour maintenir à jour la carte scolaire du pays (Op.cit. p. 41). Cette approche métasémantique redéfinit l'éducation comme un bien public régalien : il ne s'agit plus de laisser les écoles « s'autoproclamer productrices de statistiques » sans contrôle. La carte scolaire devient l'outil par lequel l'État réinvestit son territoire, assurant que chaque enfant, quelle que soit sa zone géographique, bénéficie d'un accès égal au savoir, répondant ainsi aux exigences de la « Déclaration universelle des droits de l’homme » et pointé du doigt la réduction des disparités entre l'urbain et le rural. Car l'un des apports majeurs de cette politique est la « diminution des disparités entre milieux urbains et ruraux via des Directions départementales d’éducation (DDE) ». La planification de Roblin refuse la fatalité d'une Haïti à deux vitesses. En utilisant des outils comme « l'enquête géo-référencée », le MENFP peut enfin visualiser les zones d'ombre éducatives. Il s'agit de briser ce que le DG Roblin appelle « l’imbroglio dans lequel s’enlise l’Institution éducative ». Cette politique permet de passer d'un « virtuel » administratif à une réalité physique où les ressources sont allouées là où les besoins sont les plus criants, mettant fin à l'exode scolaire vers des centres urbains déjà saturés et précaires et trop distancés.
La politique de la carte scolaire ne peut réussir sans son bras technologique : le Système d'information pour la gestion de l'éducation (SIGE). L'auteur insiste sur la nécessité d'une « bonne dose de numérique en regard de l'enquête ». Le SIGE permet de transformer des milliers de données éparses en une « base d'indicateurs scolaires et le monitoring des politiques publiques en éducation ». Méta sémantiquement, le SIGE est l'outil de la transparence. Il permet d'éviter le « gaspillage de ressources » et les « distorsions aux bonnes pratiques » dénoncées lors de la crise sanitaire.
Structure de planification dynamique inspirée du Burkina Faso
Le DG Roblin puise son inspiration dans des modèles de réussite, citant la revue par les pairs de la CEDEAO au Burkina Faso en mai 2019. Il y observe que la « structure de la Planification avec entre autres ses services de statistiques » est le moteur même du ministère (Ibid. p. 44). En Ayiti, cette dynamique vise à sortir des « promesses des fleurs du printemps » faites par les agences d'aide qui ne sont pas toujours honorées (Ibid. p. 45). La politique du Plan Roblin prône une « démarche de top down et de bottom-up »(Ibid. p. 49). Cette hybridation permet d'articuler les grandes orientations nationales avec les réalités de terrain collectées par les « Bureau de district scolaire (BDS) » (Ibid. p.43) en favorisant un monitoring face aux chocs et aux crises cycliques (Ibid. p.48). Puisque la politique éducative de Roblin est une réponse directe aux « crises cycliques qu'a connues le pays ». Qu'il s'agisse de catastrophes naturelles comme le séisme de 2010 ou de crises sanitaires comme la Covid-19, la carte scolaire sert de « tableau d'indicateurs pour aller sur le terrain » après le passage des tempêtes. L'auteur met en garde contre le « trop d'informations » qui peut tuer l'information si elle n'est pas pertinente. La politique de la carte scolaire opère un tri sémantique pour ne garder que les données qui permettent aux « décideurs politiques comme le ministre » d'agir avec célérité. C'est une éducation de « résistance » qui se dessine, capable de se reconstruire sur des bases de données déjà stabilisées.
Adéquation formation-emploi et le secteur moderne
L'un des cris de cœur de Roblin concerne « l'aberration » des diplômés qui « n’ont jamais fait l’expérience de travail ». La carte scolaire doit aider à répondre aux « besoins réels du pays voire du secteur moderne de production et de services ». Méta sémantiquement, cela signifie que la planification ne se contente pas de construire des salles de classe, elle définit une « mission d'un Ministère de l'éducation ». Elle doit s'interroger sur « quelle orientation doit-on imprimer au plan d’éducation » pour que l'école soit en « congruence avec les grands axes du plan d’éducation, les objectifs du plan stratégique du pays » et les ODD (Ibid. pp. 53-54 et passim). C'est la fin de l'école « miroir » déconnectée de l'économie et ce serait l’implication des agences d'aide comme pilotage souverain. Le texte aborde frontalement la relation avec les bailleurs : « faut-il bien se souvenir que les agences sont venues à la rescousse de l’Etat pour l’accompagner dans sa quête d’efficacité… » (Ibid. pp. 49-55 et passim). La politique de la carte scolaire du DG Roblin impose un cadre où le ministère « paie le flûtiste et lui impose la musique ». En disposant de données fiables, le MENFP peut exiger que les projets des ONG soient « consignés dans un plan articulé avec des politiques éducatives » (Ibid. pp. 51-56 et passim). C'est une analyse métasémantique du pouvoir : celui qui possède les données possède le pic de la réforme. Le Plan décennal d'éducation et de formation (2017-2027) devient ainsi le seul horizon possible (Ibid. p. 45).
Inclusion sociale
La Carte scolaire est aussi un outil de justice sociale. Elle vise à « ramener tous les enfants à l'école quels que soient leur genre, leur situation morpho-physiologique, leurs couches sociales et leur couleur » (Ibid. p. 52). Le professeur Roblin dénonce le fait que malgré un taux de scolarisation de plus de 79%, Haïti reste l'un des pays où « la bataille de l'accès est presque gagnée par l'Etat... mais la qualité laisse à désirer ». La politique éducative doit identifier les « exclus du système » et utiliser les « transferts vers Haïti » (plus de 3 milliards de dollars de la diaspora) comme un levier pour la consommation et l'éducation. La carte scolaire permet de cibler les zones où la précarité empêche la promotion sociale.
La politique de la carte scolaire portée par Yves Roblin en est le remède. Elle propose une trilogie : Le Plan d’éducation, la Carte scolaire et le SIGE pour aboutir à « une éducation de qualité mais non élitiste ». Il est temps de passer du « curriculum caché » à un curriculum de production. La planification rigoureuse n'est plus un luxe, c'est l'ultime rempart contre la « faillite » du système. En posant les jalons d'une macro-planification s'appuyant sur des données valides, le DG Roblin offre à Haïti la boussole nécessaire à travers trois outils de pilotage (Ibid. p. 48) le plan d’éducation, la carte scolaire et le SIGE pour sortir de la « caverne d'Ali Baba » et marcher vers le développement endogène. C'est un passage percutant qui soulève des enjeux cruciaux pour l'éducation en Haïti pouvant prolonger la réflexion et ouvrir le débat. En ce sens que, dans un contexte où les ressources sont limitées, quels sont les principaux obstacles politiques et logistiques qui pourraient freiner la mise en œuvre de cette « trilogie » robiniste (Plan, Carte, SIGE) à côté de territoires perdus pour qu'elle ne reste pas une boussole théorique mais devienne un levier de développement endogène pour lutter contre les inégalités socio-économiques du système éducatif ayitien ?
elmano.endara_joseph@student.ueh.edu.ht
Masterant en Fondements philosophiques et sociolinguistiques de l’Éducation/CESUN Universidad, California, Mexico, Juriste et Communicateur social
