À l'heure où les fondations de l'édifice éducatif national subissent une mutation profonde, le PLAN ROBLIN s'érige comme le manifeste indispensable d'une refonte structurelle sans précédent. Ce document, véritable traité d'ingénierie pédagogique, substitue à l'empirisme ambiant une architecture rigoureuse, articulée autour d'un enseignement fondamental transfiguré et d'un Nouveau Secondaire résolument tourné vers les impératifs de la modernité. En instaurant la Carte Scolaire comme pivot d'une gouvernance scientifique, l'État ambitionne de juguler le chaos des districts et d'harmoniser l'offre éducative sur l'ensemble du territoire. Entre l'urgence de résorber le phénomène des sur-âgés et la nécessité d'une inclusion radicale par la formation nonformelle et technique, cette analyse explore les ustensiles d'une réforme où la statistique devient l'auxiliaire de la vertu républicaine. Plongée au cœur d'un projet qui, par-delà les décrets, dessine les contours de l'intelligence et des besoins actuels du marché du travail.
L'éducation en Ayiti ne saurait être abordée sans une certaine gravité, tant elle constitue le socle sur lequel repose l'édifice de notre souveraineté intellectuelle. Le PLAN ROBLIN n'est point une simple émanation bureaucratique mais le souffle épistémologique nécessaire à une nation en quête d’adaptation des besoins du moment pour assurer l’avenir de nos enfants. Lire le document Les grands axes en matière d'éducation c'est s'engager dans un acte de résistance contre l'obscurantisme pour une nouvelle orientation professionnelle.
L'Ontologie d'une réforme
Le système éducatif, tel qu'il transparaît dans les textes de référence du Directeur Général de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP), Yves ROBLIN, s'articule autour de trois niveaux fondamentaux dont la cohérence est désormais dictée par la loi et les travaux antécédents du système d’éducation ayitien. Le PLAN ROBLIN s'impose comme une nécessité historique pour structurer ce que le décret du 30 mars 1982 avait déjà tenté d'organiser, sans toutefois en épuiser la complexité.
Il s'agit d'une architecture où chaque pierre, du préscolaire au supérieur, est taillée pour répondre aux exigences de la post-modernité. L'enseignement " formel " ne peut plus être une simple juxtaposition de classes mais doit être une trajectoire professionnelle agrémentée par la politique de la carte scolaire. Cette vision rejette le désordre périodique du système pour embrasser une rigueur mathématique dans la distribution technique des savoirs.
« Selon cette structure, à part le préscolaire, les élèves ayitiens passent treize (13) années à l’école classique c’est-à-dire neuf ans au fondamental et quatre ans au secondaire ».
Cette temporalité n'est pas en revanche fortuite. Elle répond à un besoin de maturation intellectuelle. Cependant, cette réforme souligne une faille tragique : « en dépit du phénomène des sur-âgés traversant tous les niveaux d’enseignement du système éducatif ayitien, l’âge théorique d’un élève est dix-huit (18) ans après avoir passé les trois (3) années du préscolaire ». Le PLAN ROBLIN est le remède à cette distorsion temporelle qui condamne trop de nos enfants à une scolarité interminable.
La Carte Scolaire ou la Géographie de l'espérance
Au cœur de cette réforme réside l'outil de pilotage par excellence : la Carte Scolaire. Elle n'est pas une simple représentation cartographique, mais un instrument de justice sociale. Le PLAN ROBLIN insiste sur la nécessité de " renforcer les capacités institutionnelles du département du Sud-Est " à travers un projet de " renforcement de la carte scolaire dans le Sud-est ". La carte scolaire permet d’abord d’identifier les zones de " chevauchement des districts " pour optimiser les ressources. Ensuite d’établir une " gestion des établissements scolaires " basée sur des données réelles et non sur des conjectures. De plus, de mettre en place un " Registre de données " pour une " prise de décision " éclairée...
Sans cette boussole, l'éducation est une navigation à vue. Le PLAN ROBLIN prévoit la " préparation des registres scolaires " et le " montage du découpage scolaire pour résoudre le chevauchement ". C'est ici que la technologie rencontre la pédagogie. Depuis 2021, l'objectif est de sensibiliser les acteurs sur l'importance de statistiques pour que chaque enfant, qu'il soit à Port-au-Prince ou dans les replis du Sud-Est ou ailleurs, ait accès à une éducation de qualité.
Le Fondamental ou la forge des esprits
L'enseignement fondamental, tel que redéfini par le décret du 5 juin 1989, est le pivot de la réforme. Il ne s'agit plus de transmettre des connaissances éparses, mais d'amener « le maximum d’élèves à un niveau de connaissances générales, scientifiques et techniques ».
L'organisation en trois cycles est une épopée en trois actes : Le Premier Cycle (1ère à 4ème AF) demeure un cycle d'éveil de 4 ans centré sur « l’alphabétisation et d’éveil de capacités de 6 à 10 ans ». Le Deuxième Cycle (5ème à 6ème AF) est un cycle intermédiaire de 2 ans pour consolider les acquis. Le Troisième Cycle (7ème à 9ème AF) est une phase de 3 ans (de 10 à 12 ans) pour l'acquisition de connaissances nouvelles.
Ce cycle terminal est fondalnatal car il marque la fin de l'obligation scolaire de base et prépare l'orientation vers le secondaire ou les filières professionnelles. Le PLAN ROBLIN déplore l'état de l'offre éducative où le secteur non-public, bien que prédominant avec « plus de 10 000 centres préscolaires et quelque 28 000 monitrices », reste souvent hors de contrôle de l'État. Lire le PLAN ROBLIN, c'est comprendre l'urgence de reprendre les rênes de cette éducation privatisée pour garantir un standard national.
Le Nouveau Secondaire : entre tradition et post-modernité
Le Nouveau Secondaire est sans doute la partie la plus audacieuse du plan. Il s'agit d'une rupture franche avec le passé, une " rénovation " qui veut rompre avec le " traditionnel " pour une approche plus " socio-constructiviste ". L'élève n'est plus un réceptacle passif, mais le centre de " l'enseignement-apprentissage ". Alors l'architecture du secondaire rénové se décline en quatre années avec une orientation précise. D’une part, Filière d'enseignement général s’oriente vers ceux qui aspirent aux études supérieures classiques. D’autre part, Filière d'enseignement technologique disposée pour l'insertion professionnelle technique adaptée au goût de l’ère. Ensuite, Filière à vocation pédagogique axe essentiel pour " la formation des maîtres qui interviendront au terme de leur formation au premier et deuxième cycle du Fondamental ".
Eu égard à cela, l'enjeu demeure percutant puisqu’actuellement, le « taux net de scolarisation du secondaire s’estime à quelque 25%, soit plus de 400 000 élèves scolarisés ». Ces chiffres, bien que modestes, témoignent d'une volonté de fer. Le PLAN ROBLIN souligne que le pays dispose de « 3 477 établissements dont 270 lycées ». Cette disproportion entre le public et le privé est une anomalie pour laquelle l’État devrait envisager d’autres alternatives.
L'Inclusion et l'éducation non-formelle
Le PLAN ROBLIN est un cri en faveur de plus exclus de la société. Il reconnaît que l'éducation ne s'arrête pas aux murs de l'école classique. L'éducation non-formelle est présentée comme une " alternative à l’éducation formelle " pour les chômeurs, les déscolarisés, les enfants en domesticité, et les enfants des rues. Dans un premier temps, l’Alphabétisation des adultes dotée d'une Secrétairerie d'État depuis le décret de 1994, elle vise à briser les chaînes de l'ignorance en trois axes. Dans un deuxième temps, la formation professionnelle permet aux jeunes, dès la fin de la 6ème année fondamentale, d'intégrer des Établissements d’éducation professionnelle (EEP) pour acquérir un métier. Dans un troisième temps, l'Éducation Spéciale, destinée aux enfants présentant des mobilités réduites (physiques ou mentales), assure que chaque citoyen, quelles que soient ses capacités, puisse contribuer à l'œuvre nationale.
L'enseignement supérieur vient alors couronner cet effort. Le PLAN ROBLIN note que l'accès à l'université se fait via le " Bac II" et que l'obtention du diplôme repose sur une " soutenance de mémoire ". C'est là que se forme l'élite pensante, celle qui devra appliquer les principes du PLAN ROBLIN.
En cela, lire ce plan est un devoir civique. L’appliquer c’est s’inscrire dans une démarche de planification d’avenir de l’éducation inclusive. C'est accepter de regarder en face les " visas révoqués " de notre propre système pour les remplacer par une légitimité académique incontestable. Comme l'indique le juriste Frandley Denis Julien, la fragilité de nos statuts n'est que le reflet de la fragilité de nos institutions. Le PLAN ROBLIN est le ciment qui doit consolider notre avenir.
elmano.endara_joseph@student.ueh.edu.ht
Masterant en Fondements philosophiques et sociolinguistiques de l’Éducation/Cesun Universidad, California, Mexico, Juriste et Communicateur socia
