Un ruban est coupé. Un bâtiment s’élève. Le Ministère des affaires étrangères et des cultes (MAEC) a enfin une adresse. Une vraie. Derrière les sourires du Conseil présidentiel de transition (CPT) et le protocole rigoureux, se cache une épopée. Une histoire longue. Celle d’une administration nomade, qui a été plongée dans l’errance. Celle d’un État qui, pendant quinze ans, a porté ses dossiers sous le bras, d’une villa à un conteneur, cherchant son souffle dans la poussière des ruines.
Le CPT a pris part, le jeudi 15 janvier 2026, à l’inauguration officielle du nouveau siège du MAEC, en présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, du Chancelier Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, de hauts responsables de l’État et de membres du corps diplomatique.
Dans son allocution, le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr a souligné la portée hautement symbolique de cette inauguration, qu’il a présentée comme une affirmation de la continuité de l’État ayitien et de sa résistance face aux épreuves, notamment le séisme de 2010. Il a rendu un hommage appuyé aux agents du ministère disparus dans l’exercice de leurs fonctions.
Appelant à faire de ce nouvel édifice un centre stratégique de décision, le chef du CPT a plaidé pour une diplomatie rénovée, guidée par l’éthique et la performance, résolument tournée vers la sécurité, l’organisation d’élections crédibles, la relance économique et le renforcement des partenariats internationaux, avec une implication accrue des femmes et des jeunes talents.
La chute
Tout commence par un effondrement. Le 12 janvier 2010. Le prestigieux bâtiment du centre-ville de la capitale, s'écroule. Avec lui, des siècles d’archives. Des vies fauchées. La diplomatie ayitienne devient orpheline de son propre toit. Ce jour-là, l’État ne perd que des murs mais sa mémoire immédiate. Les agents diplomatiques, ceux qui survivent, deviennent des ombres. Ils travaillent dans l’urgence, sous le soleil cuisant des tentes de fortune.
L’histoire du MAEC, depuis lors, est celle d’une relocalisation perpétuelle. D'abord, le repli vers le Lycée Pétion, transformé en quartier général de circonstance. Puis, l'installation prolongée dans les locaux de la Banque nationale de crédit (BNC) au centre-ville. On se serre. On partage les bureaux. Les ambassadeurs étrangers sont reçus dans l'exiguïté. L'image de la République en souffre, mais la fonction survit.
Plus tard, le ministère migre vers l'ancienne base de la MINUSTAH (Logbase) près de l'aéroport. Un décor de zone de guerre pour penser la paix et les traités. La diplomatie ayitienne devient une administration de conteneurs. On y gère les passeports entre deux bruits de turbines. On y signe des accords sur des tables de camping. C’est la résistance et le courage, certes, mais c’est aussi tenir tête à l’éphémère fragile. « L'État est une continuité. Mais comment assurer cette continuité quand les dossiers sont éparpillés dans des boîtes en carton, déplacées au gré des crises sécuritaires » ? Cest à cette question d’urgence que l’actuelle équipe du pouvoir répond.
Retour à la dignité
Dernièrement, c’est à quelques mètres de Villa d’Acueil, dans les hauteurs de Delmas 60, que la Chancellerie avait trouvé un semblant de stabilité. Un espace loué, fonctionnel mais étroit. Un labyrinthe administratif où l’on tentait de reconstruire une vision. Mais il n’était qu’une étape. Un pansement sur une plaie ouverte. Pendant ce temps, au cœur de Port-au-Prince, un chantier avançait. Lentement. Trop lentement au gré des troubles politiques et des assauts des gangs. Mais il avançait.
Aujourd'hui, le cycle se ferme. Le nouveau local inauguré par le coordonateur du CPT Laurent Saint-Cyr et le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé n'est pas qu'une affaire de béton et d'acier. C'est un signal. Fin de l'exil intérieur. Le MAEC rentre chez lui. Calement. Affirmation de la souveraineté. On ne reçoit plus de monde dans les bureaux de location. Post-modernité. Le bâtiment promet performance et éthique. Le discours de M. Saint-Cyr est peut-être clair car cette infrastructure est le socle d'une diplomatie proactive. L’on parle de sécurité. L’on parle d'élections. L’on parle de relance économique. Mais pour parler au monde, il faut d'abord avoir un sol sous ses pieds.
Le défi de l’avenir
La pierre ne suffit pas. Un bâtiment, aussi imposant soit-il, reste un pas. Le défi est immense. Il ne s'agit plus de loger des cadres mais de redéfinir la place d'Ayiti sur l'échiquier mondial. Intégrer les jeunes talents par voie de concours dans l’administration publique. C’est accepter lavenir du pays peut être apprécié autrement. Faire de la place aux femmes qualifiées et compétentes, comme l'a souligné le CPT. Transformer ce « centre de décision stratégique » en un moteur pour la sortie de crise. La transition a désormais forgé une adresse pour la chancelerie ayitienne. Reste à savoir si elle aura la trajectoire de suivre la voie de la graduation des valeurs. Le ruban est coupé, mais le chemin, lui, reste à continuer de construire. La diplomatie ayitienne a cessé de marcher pour enfin s'installer chez elle. Espérons qu'elle ne s'installe pas dans le confort, mais la continuité de vraies actions pour les jeunes qualifiés.
elmano.endara_joseph@student.ueh.edu.ht
Masterant en Fondements philosophiques et sociolinguistiques de l’Éducation/Cesun Universidad, California, Mexico, Juriste et Communicateur social
