La scène politique ayitienne s’apparente désormais à un panier de crabes où chaque acteur tente de tirer la couverture à soi. À l’approche de l’échéance de leur mandat, les membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) jouent des coudes avec une ardeur renouvelée. Ils cherchent, par des voies détournées, à sauver les meubles d'un pouvoir qui leur échappe. Des rencontres discrètes, tenues en catimini, se multiplient loin des regards indiscrets de la population. Ces conseillers, dont certains ont les dents longues, tentent de noyer le poisson quant à leurs intentions réelles.
Ils battent le rappel de soutiens obscurs. Ils consultent des organisations dont la légitimité ne tient qu’à un fil. La société civile est prise à témoin dans un jeu de dupes. Pour beaucoup, ces grandes manœuvres visent simplement à faire durer le plaisir du timing de cette équipe au pouvoir. L’objectif avoué est la signature d’un nouvel accord politique. Mais les observateurs avisés ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils savent que le CPT essaie de se refaire une santé sur le dos de la Constitution. En revanche, pour cette institution, toutes les carottes sont cuites. Il devient impératif de rendre les clefs. On ne saurait plus longtemps ménager la chèvre et le chou au détriment de la loi ni de la population dans les camps de déplacés.
Ces officiels marchent sur des œufs. Ils sentent que le sol se dérobe sous leurs pieds. Ils veulent garder la main sur les destinées de la nation. Alors qu’ils sont au bout du rouleau le 7 février 2026. Leur crédit est épuisé. Ils ont déjà mangé leur pain blanc durant ces mois de transition. Désormais, chaque jour qui passe les rapproche du précipice de cette échéance. Ils ne peuvent plus se voiler la face. Le pays est au bord du gouffre Messieurs-dames. Prétendre le contraire serait chercher midi à quatorze heures, car le pouvoir appelle le pouvoir. Il faut avoir le courage de crever l'abcès. Le temps est à la conscience.
Le droit ou la loi, dans sa froide rigueur, ne fait aucun cadeau aux ambitieux. Tous les documents officiels sont d’une clarté de cristal sinon de diamant. Ils indiquent le chemin de la sortie sans la moindre ambiguïté. C'est écrit noir sur blanc. Le document initial du 3 avril 2024 devait être la pierre angulaire de cet édifice provisoire. S’il avait été respecté, nous ne serions pas aujourd’hui dans ce casse-tête chinois. Les articles 11 à 13 prévoient que le Conseil doit veiller au respect de la Constitution. Son mandat expire le 7 février 2026. C’est un marché conclu. Point de rallonge possible.
Ensuite, le décret du 12 avril 2024 vient enfoncer le clou. Ce texte est le garant de l’ordre républicain. L’article 10 est d’une précision chirurgicale. Le mandat finit au plus tard le 7 février 2026. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Soit on respecte la loi, soit on sombre en deçà de l'arbitraire. L’article 11 ajoute une contrainte majeure. Les membres ne peuvent pas se présenter aux prochaines élections. Ils ne peuvent pas être au four et au moulin. Ils doivent passer la main le moment venu. C’est la règle du jeu. On ne saurait jouer avec le feu sans se brûler les ailes.
Enfin, le décret du 27 mai 2024 vient clore le débat juridique. Les articles 6 et 6.1 sont catégoriques. Le mandat a débuté le 25 avril 2024. Il s'achève inexorablement le 7 février 2026. Les conseillers ont eux-mêmes adopté une résolution pour organiser leur présidence tournante. Ils ont voulu partager en de gros morceaux le gâteau du pouvoir. Mais le calendrier est souverain. Laurent Saint-Cyr et toutes ses troupes doivent consentir cette marche. Son temps est compté. Prétendre le contraire reviendrait à pousser mémé dans les orties. Mais qu’est-ce qui peut faire croire que la transition arrive à son terme?
L’impasse des ambitions et le silence des partis politiques
La classe politique, fidèle à ses vieux démons, est incapable d'accorder ses violons. Elle assiste à ce spectacle avec une passivité déconcertante. C’est un véritable dialogue de sourds. Aucun consensus ne semble émerger. Les opposants se regardent en chiens de faïence. Personne ne veut mouiller sa chemise pour proposer une sortie de crise viable. On préfère attendre que cela se passe. C'est la politique de l'autruche. On ne peut pas continuer à nager entre deux eaux.
Certains membres de différentes structures politiques pensent avoir la science infuse. Ils croient pouvoir faire la pluie et le beau temps indéfiniment avec leurs pairs. Ils se trompent lourdement. Parce que la population ne veut plus se serrer la ceinture pendant que les élites se disputent les restes d'un pouvoir exsangue. Il est temps de remettre les pendules à l'heure. La légitimité ne s'achète pas dans des officines obscures. Elle se gagne par le respect des engagements et des normes. Le CPT a jeté l'éponge sur l'organisation des élections. Il doit maintenant en tirer les conséquences.
Qui prendra les rênes de l’État dans les jours à venir ? La question est pendante. L’échéance est désormais à portée de main. Personne ne semble avoir de réponse claire. On a mis la charrue avant les bœufs en oubliant l'essentiel : la succession. Le vide juridique nous guette. Le mandat du CPT expire. Celui de son coordonnateur en est-ce également? Nous nous retrouvons le bec dans l’eau. C’est le résultat d’une gestion au jour le jour. On a agi à vue de nez sans vision à long terme.
Si le plan initial avait été suivi, des élus seraient prêts. Hélas, les élections ont capoté. C’est un coup d'épée dans l'eau. Parce que l'histoire ayitienne est jalonnée de ces actes manqués. Nul ne peut désigner son propre successeur. La présidence à vie a été enterrée en 1986. Jean-Claude Duvalier fut le dernier à user de ce privilège. C’était il y a quarante ans. Depuis, on ne peut plus faire la loi selon son bon vouloir. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.
L’histoire de la politique en Ayiti, d'ailleurs, bégaye souvent. Le général Prosper Avril avait tenté une manœuvre similaire. Il voulait imposer son remplaçant. Il a fini par mordre la poussière. C’est la juge Trouillot qui a dû monter au créneau. Aujourd’hui, la tentation de manipuler la Constitution revient au galop. On cherche une issue de secours dans les textes de 1987. Certains penchent pour la Cour de cassation. D’autres préfèrent le Conseil des ministres. C’est un choix de grenn goch. On ne sait plus sur quel pied danser.
Qui tranchera ce nœud gordien ? Le CPT tente de se draper dans une nouvelle légitimité. C’est une légitimité cousue de fil blanc. Elle ne trompe personne. Pourquoi prolonger une expérience qui a échoué ? C’est la question que plus d’un posent. L’on ne saurait faire du neuf avec du vieux. Le pays réclame du sang neuf. La situation sécuritaire est alarmante. On ne peut plus tourner autour du pot. Il faut des dirigeants capables de prendre le taureau par les cornes. La population est au bout du rouleau Messieurs-dames.
Le 8 février sera-t-il la scène d'un nouveau chaos ? C’est la crainte qui hante les esprits des malere-malerèz. Les futurs dirigeants devront mettre les bouchées doubles, car le pays en a besoin. Ils devront garantir un semblant d’ordre. Qui pourra donner le change face à une communauté internationale impatiente ? Le brouillard est épais, néanmoins. On avance à tâtons. Allons-nous vers un nouveau coup de force ou dans ce bourbier où nous pataugeons ? La communauté internationale va-t-elle encore mettre son grain de sel pour nous taper les fesses ? Tout est possible dans ce pays où l'imprévisible est roi. En tout cas !
On a brûlé les étapes de la démocratisation. On brûle. On vandalise. On traite les jambes, les plus déshéritées. Les perclus. L’on a crié au loup sans préparer la défense. Aujourd’hui, nous sommes au pied du mur Messieurs-dames. Le pays attend un miracle de votre part. Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, mais le temps presse. Agissez donc bien, dans l’intérêt de la collectivité. La transition doit s'achever, si vous le souhaitez bien. Il faut savoir quitter la table quand le repas est fini, toutes les fois que vous mettez sur l’épaisseur de vos assiettes. Le pouvoir n'est pas une fin en soi, c'est une charge. Un tournevis.
Les hommes de l’arène politique ont trop souvent joué la montre. Ils espèrent que le temps effacera leurs manquements. C’est une erreur fatale. En politique, on finit toujours par payer les pots cassés. L’on ne peut pas toujours botter en touche. La réalité est une maîtresse exigeante. Elle frappe à la porte. Le 7 février n'est pas une suggestion. C'est un couperet. Il faut garder la tête froide pour éviter le naufrage collectif. La nation est en jeu.Certains conseillers se croient indispensables. Ils pensent être les seuls à pouvoir tenir le haut du pavé. Quelle outrecuidance ! Nul n'est au-dessus de la loi, même la loi. L’on ne peut pas demander la lune quand on n'a pas été capable de nettoyer son propre jardin. Le pays ne peut plus attendre Saint-Glinglin pour retrouver sa dignité. Il faut agir avec célérité et probité. Sans cela, nous irons tout droit dans le mur.
Les rencontres de l’ombre ne sont que de la poudre aux yeux. L’on ne peut pas cacher la forêt derrière l'arbre. La population, bien que silencieuse, n'est pas dupe. Elle voit clair dans le jeu de ceux qui veulent garder la main. La tension monte. Elle est tendue comme un arc. On ne peut plus faire l'autruche. La vérité est nue. Elle est cannibale. Le CPT est dans une impasse. Il n’y a plus de tour de magie possible pour sauver ce qui peut l'être.
Le compte à rebours est lancé. Les textes juridiques sont nos seuls garde-fous. Les ignorer, c'est ouvrir la boîte de Pandore. On ne saurait vendre son âme au diable pour quelques mois de pouvoir supplémentaires. Le 7 février doit marquer une rupture. Espérons que les acteurs politiques sauront reprendre du poil de la bête pour proposer une voie de sortie honorable. Il faut sortir de l'auberge par le haut.
La politique en Ayiti n'est pas un long fleuve tranquille. C'est un combat permanent pour l'intérêt général. Il est temps de mettre les points sur les i. Ayiti ne peut plus se permettre de perdre le Nord dans le département de l’Ouest. La stabilité du pays est le prix de notre survie. Il ne faut pas baisser les bras, mais il faut impérativement changer de paradigme. L'avenir nous regarde. Le verdict de l'histoire sera sans appel pour ceux qui auront préféré leur ambition à leur patrie.
elmano.endara_joseph@student.ueh.edu.ht
Masterant en Fondements philosophiques et sociolinguistiques de l’Éducation/Cesun Universidad, California, Mexico, Juriste et Communicateur social
