Ma République,
Ta partition s'écrit à l’encre des larmes de ma ville violée, assassinée, lapidée, kidnappée, vivansamisée et sur le parchemin de nos peaux tannées par l’incertitude, la peur, la violence, le chômage et l’insécurité. Si tes cordes de joie de vivre chez toi gémissent sous des doigts hésitants de l’État, c'est que l'instrument même — ce corps social que nous partageons tous et toutes — est saturé d'un effroi qui ne dit plus son nom. Tu es cette guitare au bois djanm, mais dont la caisse de résonance ne renvoie que l'écho des balles perdues, et le fracas des espoirs qu'on enterre sans fleurs pour récolter des élections crédibles et honnêtes et démocratiques. En tout cas !
Ma ville kidnappée, comment accorder le chaos à l’amour ou à la joie de vivre dans une République tèt anba ? Tu cherches la note juste, celle qui ferait danser la dignité de arrachée de Madan Kolo avec le souffle rebelle de Nègre Marron, mais l'air est trop lourd ici dans ma République à génoux, chargé d'une fumée de violence armée, de chômage et de la vie chère qui étouffent jusqu'aux soupirs mes seins à la croisée de mes envies de vivre en paix, ici.
En revanche, dans cette dissonance que tu décris dans ta Lettre à ma République, dans ce chant qui ressemble à une oraison, réside une force insoupçonnée. Ce n'est pas la mort qui s'exprime, mais la résistance du sensible, paske nou mouri deja, Leta jis poko chante antèman m.
Ne laisse pas ton oraison devenir un point final dans cette République Viv Ansanm. Que cette musique indocile, cette mélodie de la survie, devienne le cri de ralliement d'une paix qui ne demande qu'à naître des décombres de l’insécurité d’État. Car si le bois de la tolérance d’État vibre encore, c'est que l'arbre de la paix, quelque part, refuse de mourir. Ta Lettre à ma République épousant la vérité et la peur de vivre à Port-au-Prince n'est pas dans l'agonie, mais dans ce tremblement sublime qui, malgré tout, ose encore nommer la beauté par son nom.
Ma Lizèt Kite Laplenn,
J’ai su lire avec soin chaque virgule de ta lettre à ma République avec un appétit amusant, où se mariaient l’amour, le regret et ce nous si fragile et pourtant si fort dégagé. Chacun de ces mots m’a profondément transcendée, marquée à jamais ; la manière dont tu as su malmener les mots pour les plonger dans la boue de la plus pure des vérités, celle qui blesse parfois, mais qui sauve toujours.
Dès le premier jour, j'ai scruté chaque passerelle de ton beau corps, chaque contour de ton être, et j’ai craqué… Saches que, j’ai bavé de timidité, d’envie, avec cette douce peur de ce que nous pourrions devenir si l’adrénaline venait à muter en passion dévorante.
Et depuis ce grand jour, nous nageons dans un nous, fait de contradictions, de quelques mensonges, de patience, d’affection, de tendresse, de rêves et de projets.
J’admets t’avoir causé du tort, mon amour, et je m' excuse du plus profond de mon âme.
Oui, mon amour, j’ai souvent eu les nerfs à vif, parfois par jalousie, parfois pour d’autres choses encore. Je laisse trop souvent la petite fille de huit ans qui vit en moi prendre le dessus, et ma petite bouche allongée, tout comme mon Elmanito, se met à dire des cochonneries que mon cœur, lui, ne pense même pas.
Et pour cela, bb, je regrette sincèrement.
Et afin d’y remédier, mon amour, je prends solennellement acte des faits et je plaide coupable.
En outre, je jure sur le sentiment immense que j’éprouve à ton égard, par pur respect et par amour, de ne plus jamais t’offenser, mon seigneur. Je le jure, je le jure mon amour.
Mon amour, continuons à faire fermenter notre nous, afin que notre vin devienne divin, presque sacré, un breuvage rare que seuls les cœurs sincères savent goûter.
Prends note mon beau, dès maintenant, je suis tout à fait prête à me comporter comme l’homme que je ne suis pas, simplement pour protéger ce que nous avons.
Ce n'est en effet un secret pour personne qu'il existe des millions d’hommes, femmes dans ce bas monde, mais il est aussi que toi seul fais jaillir de mon âme assombrie une lumière capable d’illuminer tout mon être. _Toi seul me plais._
Tu es mon unique crush, tu es tout ce que je ressens de beau, de vrai et de bon, même si je demeure encore hébétée face aux mots qui n’ont pas encore été créés pour te définir. _Je t’aime, infiniment Endar’Art ._
Je suis une femme maladroite, il est vrai, et toi un intrépide aux lèvres pulpeuses, mon bookmaker, mon kòd gita, la mélodie secrète de mon cœur.
Tu sais, je rêve chaque nuit de me réveiller dans tes bras, de laisser mes peurs s’y endormir, et de rendre mon dernier souffle au creux de ces derniers, là où je me sens enfin chez moi.
