Sous mes doigts hésitants gémit les cordes de ma guitare désaccordée, orpheline d’harmonie, égarée dans le tumulte des silences kòlbosso. Chaque corde, trop lâche ou trop tendue, raconte un glissement intime de ma peur, une mémoire brisée de paix que nul diapason pécuniaire ne saurait apaiser pour ma ville. Le bois, pourtant djanm, vibre d’une plainte sourde, comme si l’âme même de l’insécurité se refusait à l’accord parfait.
Je cherche, à tâtons, la note juste — celle qui réconcilierait Madan Kolo et Nègre marron — mais ne rencontre que dissonances et soupirs avortés. Alors naît une musique étrange, indocile, presque humaine, imparfaite, mais sincère. Elle tangue puis s’élève, fragile, dans l’air chargé d’attente à la paix et respect de la moindre vie.
Et peut-être est-ce là, dans cette faille sonore, que réside la vérité du chant de ma mort depuis hier. Non dans la pureté maîtrisée, mais dans l’éclat tremblant de ce qui cherche encore à devenir mon oraison funèbre.
Très Chère Kewing
Depuis l’année 2023, j’avais résolu, avec une fermeté que je croyais inébranlable, de ne plus fréquenter de femmes autrement que dans la stricte sphère de l’amitié, par souci de respect, mais surtout par exigence de confiance. Je pensais m’y tenir durablement. Puis, contre toute attente, nos chemins se sont croisés, et ce qui semblait arrêté s’est trouvé bouleversé. Brusquement.
Tu as su, avec une douceur que je n’avais plus connue, m’apprendre à aimer de nouveau et, plus encore, à croire en la possibilité d’un lien sincère. Malgré les remous, les élans contraires, les hésitations et les blessures, tu es demeurée, à mes yeux, une personne singulière. De juin 2024 à avril 2026, tu as inscrit en moi une véritable leçon de vie, comme si tu avais patiemment déposé dans mon esprit un dictionnaire entier d’expériences, de nuances et de vérités humaines. Tu m'as aidé à comprendre les femmes. Leurs caprices. Leurs défauts. Leurs ruses et leurs qualités. Pour cela, je te suis profondément reconnaissant. Merci beaucoup !
J'ai souvenance du jour où nos yeux se sont contrés pour la première fois, je voyais en toi une reine, la femme de mes vues, malgré les doukounou qui accompagnaient certains morceaux de tes paroles.
Je ne prétends pas être exempt de fautes, pourtant. Au contraire. J’ai commis des actes qui t’ont déplu, et j’en assume la responsabilité. Jusque-là. Pourtant, de toi, j’ai appris des vertus précieuses : la sagesse, la patience, la tendresse. À tes côtés, je me suis senti étrangement bien, comme porté par une forme de quiétude inattendue.
C’est sans doute ce sentiment qui m’a conduit à vouloir te comprendre davantage, peut-être trop intensément. J’ai remonté le fil de ton passé, questionnant, observant, cherchant à saisir ton mode de vie, ta perception du monde, allant jusqu’à rencontrer ceux qui t’entourent. Je croyais discerner, derrière ton parcours courageux, une profondeur faite de bon sens et de maturité, et c’est précisément cela qui nourrissait mon attachement.
En revanche, j’ai aussi perçu des zones d’ombre, des silences, des choses que tu as choisi de me cacher, sous prétexte que je n’en soupçonne rien. Cette distance, ces non-dits, m’ont troublé et m’ont poussé à agir, parfois maladroitement, jusqu’à franchir certaines limites en me rendant chez toi.
Notre relation, au fil du temps, s’est trouvée traversée par des tensions. Je reconnais leur complexité et, en un sens, je les accepte. Mon souhait le plus sincère demeure que tu connaisses le bonheur, le respect, et tout ce qui peut t’apporter paix et sérénité.
Toutefois, il m’est difficile d’ignorer certains aspects qui nous blessent. Lorsque la colère t’emporte, tes mots deviennent durs, incontrôlés, et dépassent souvent ta pensée. Ces emportements, fréquents et parfois disproportionnés, ont fini par fragiliser ce que nous tentions de construire.
C’est pourquoi, avec lucidité mais non sans peine, je t’annonce que je mets un terme à notre relation. Je souhaite désormais me recentrer sur moi-même, sur mes lectures, mes projets et mes ambitions, afin de retrouver un équilibre plus stable.
Je tiens néanmoins à te rappeler que tu incarnes, à bien des égards, l’idéal que je recherchais depuis 2018 : une femme drôle, intelligente, brillante, ambitieuse et profondément investie. Si tu le souhaites, nous pourrons maintenir un lien strictement professionnel, limité aux affaires et aux échanges utiles à nos activités respectives.
Je tiens également à dissiper toute ambiguïté : je n’éprouve aucun sentiment ni pour ni contre elle, et je ne partage ni n’ai partagé quoi que ce soit d’intime avec elle, ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. Il en va de même pour le lot de chemin.
Malgré ma décision, il m’est impossible de nier ce que je ressens encore : je t’aime, en dépit de moi-même. Mais comme tu l’as si justement exprimé, il est peut-être préférable que je me retire, afin de te laisser libre d’explorer d’autres horizons, d’autres expériences, d’autres rencontres.
Lorsque tu le jugeras opportun, je te saurais gré de bien vouloir me rapporter ma carte rare de joie ainsi que la clé de mon âme pour ce voyage sans fin.
Tu es une personne rare, Ma République, et à ce titre, tu mérites un homme à ta mesure, capable de t’accueillir pleinement, avec tes qualités, tes défauts et tes passions. Tu dis souvent qu’il en existe beaucoup ; je te souhaite sincèrement de rencontrer celui qui te correspondra.
Va, ma République, découvre, avance sans crainte. Certaines expériences, comme tu le sais, laissent des traces précieuses. Peut-être que, comme Endar’Art, tu en garderas un souvenir apaisé.
Avec sincérité
Elmano Endara JESEPH
