À la veille de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, Port-au-Prince se retrouve sous haute surveillance. Le déploiement massif de la Police nationale, appuyé par des blindés récemment acquis, traduit à la fois la peur d’une déstabilisation imminente et l’extrême fragilité du moment politique que traverse le pays.Peu avant la fin du mandat du conseil présidentiel de transition (CPT), prévue pour le samedi 7 février 2026, la Police nationale d’Haïti (PNH) a déployé un important dispositif de sécurité dans la capitale. Port-au-Prince, notamment les abords de la Villa d’Accueil et plusieurs axes stratégiques, est devenue le sanctuaire d’une mobilisation policière exceptionnelle. Cette opération, enclenchée le vendredi 6 février, intervient dans un climat de vives tensions politiques, alimentées par des incertitudes entourant l’avenir institutionnel du pays, suivi de menaces constantes des groupes armés.
Au cœur de ce dispositif, trois véhicules blindés à chenilles récemment acquis par la PNH ont été mis en service. Ces engins, offerts par la République de Corée dans le cadre de la coopération bilatérale avec l’État haïtien, ont été déployés dans une logique clairement préventive. Selon des sources policières, les forces de l’ordre ont multiplié les patrouilles, renforcé les points de contrôle et sécurisé les routes menant aux principaux sites institutionnels.
L’objectif affiché est clair, prévenir toute tentative de coup d’État, de sabotage ou d’attaque de gangs, dans un contexte où les groupes armés continuent d’exercer une pression constante sur plusieurs quartiers de la capitale.
Sur le terrain, la stratégie repose sur une présence dissuasive et visible. Les blindés, conçus pour intervenir dans des environnements à très haut risque, offrent un niveau de protection supérieur aux policiers engagés dans des opérations sensibles. Leur déploiement, au-delà de l’aspect opérationnel, revêt aussi une dimension symbolique : il s’agit pour les autorités de montrer que l’État reste capable d’assurer l’ordre public, même dans un contexte d’extrême fragilité.
Par ailleurs, cette démonstration de force soulève aussi des interrogations. Si l’opération vise officiellement à rassurer la population et à protéger les institutions républicaines, elle met en lumière la précarité de la transition politique. Le recours à des équipements lourds, à la veille d’une date aussi symbolique que le 7 février, témoigne d’une situation où la sécurité devient la priorité absolue, parfois au détriment du dialogue politique et de la construction d’un consensus national.
Ainsi, ce déploiement policier, concentré à Port-au-Prince et autour des centres de pouvoir, symbolise à la fois la gravité des menaces qui pèsent sur les institutions et la volonté des autorités de prévenir toute dérive violente. Reste à savoir si cette stratégie sécuritaire suffira à garantir une transition apaisée. Car, au-delà de blindés et de patrouilles, c’est surtout une perspective politique pérenne qui demeure la clé pour sortir le pays de l’incertitude et restaurer la confiance de la population dans ses institutions.
Mitchel Kewing ETIENNE
