Depuis le trente-huitième jour de l'année 1986, la date du 7 février s’est ajoutée dans l’histoire contemporaine du peuple haïtien a tous les points de vue. Il est possible d’explorer les dimensions de cette date a partir des différentes disciplines enseignées dans les écoles et universités en Haïti, dans une approche interdisciplinaire. Expliquer la date du 7 février aux enfants haïtiens, c’est leur transmettre une partie essentielle de l’histoire récente du pays. Une autre façon de renforcer leur conscience civique et citoyenne, leur intelligence autour de la géographie politique ?
Depuis 1986, cette journée est devenue un symbole puissant : elle marque la fin d’une longue dictature inaugurée en 1957, l’ouverture vers la démocratie et, au fil des années, un repère politique et social qui revient constamment dans la vie nationale. Pour les jeunes générations, comprendre cette date, c’est comprendre comment Haïti s’est transformée, comment elle continue de changer, et pourquoi chaque citoyen a un rôle à jouer dans la construction de l’avenir.
Comment explorer à l'école, les multiples dimensions associées à la date du 7 février ?
Des dimensions historiques, géographiques, politiques, diplomatiques, économiques, stratégiques, médiatiques, culturelles, psychologiques, folkloriques, esoteriques, émotionnelles, securitaires, institutionnelles, populaires, formelles et informelles entre autres peuvent contribuer à une meilleure compréhension dans l’histoire de cette date. Quelle place occupe les enfants, les écoliers et le système éducatif dans l'évolution des événements qui ont suivi le 7 février 1986 ?
D’un point de vue historique et civique, le 7 février représente d’abord un tournant majeur. Le 7 février 1986, la dictature des Duvalier prend fin, ouvrant la voie à une transition démocratique. Cette date devient ensuite celle de l’investiture de plusieurs présidents élus, à partir de la Constitution de 1987. Ce qui lui donne une dimension institutionnelle forte. Mais elle rappelle aussi les moments d’incertitude, de crise ou de débats sur la durée des mandats. Pour les enfants, apprendre cela, c’est comprendre que la démocratie est un processus vivant, parfois fragile, mais essentiel pour garantir la liberté et la justice.
Comprendre le 7 février, à partir de l'interdisciplinarité des différentes matières enseignées ?
Dans les écoles en Haïti, et à partir de l’approche interdisciplinaire, les principales matières linguistiques telles que le français et le créole, en dehors de l’espagnol et l’anglais, permettent d’aller plus loin dans cette compréhension. À travers les récits, les débats, les témoignages et les productions écrites, les élèves peuvent exprimer ce que représente le 7 février pour eux, pour leurs familles et pour leur pays. Le bilinguisme haïtien devient alors un outil pour analyser, raconter et transmettre la mémoire collective. Les mots deviennent un moyen de comprendre l’histoire, mais aussi de réfléchir à la citoyenneté et à l’avenir. En maîtrisant les langues étrangères, les écoliers haïtiens pourraient également apprécier la perception des historiens, journalistes et auteurs des autres pays sur Haïti et cette date.
Connaître les acteurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain, qui influencent le destin de la nation?
Découvrir l’ensemble des lieux historiques et symboliques détruits, construits ou encore debout qui conservent les traces et la mémoire des faits. La géographie aide les élèves à situer les événements dans l’espace : Port-au-Prince comme l’un des principaux centres des mobilisations, les quartiers populaires qui ont porté les revendications, les lieux symboliques comme le Palais national, l'aéroport international, les anciennes résidences ou institutions habitées et fréquentées dans le temps par les Tonton Macoutes, les quartiers et les villes construits, reconvertis ou inaugurés entre 1957 et 1986 ou qui portaient les noms des membres du régime des Duvalier, mais aussi les lieux ayant accueillis les exilés et les mouvements de la diaspora. Comprendre où les choses se sont passées permet de saisir comment les crises politiques influencent les migrations, les territoires et la vie quotidienne des familles haïtiennes.
Découvrir l’origine, le sens et les impacts continus des faits sociopolitiques dans l’histoire. Les sciences sociales, elles, éclairent les causes et les conséquences des événements du 7 février. Elles permettent d’étudier les inégalités, les mobilisations populaires, le rôle des médias, les transformations sociales après 1986 et les défis de gouvernance jusqu’en 2026. Les élèves découvrent que les sociétés évoluent grâce aux actions des citoyens, et que le 7 février est un miroir des forces sociales qui façonnent Haïti.
Compter les avancées et les victimes, calculer les retombées et limites entre la dictature et la démocratie ?
Dans l'arithmétique politique d'Haïti, en dehors de la formule “Bien compter, mal calculer”, même les mathématiques peuvent contribuer à cette compréhension. En analysant des données historiques telles que la durée des mandats, le taux de participation électorale, les statistiques migratoires, entre le nombre des exilés et des autres personnes victimes pendant la dictature des Duvalier et depuis 1986 à nos jours, les budgets de l’État, entre autres, les élèves pourraient apprendre à lire l’histoire à travers les chiffres. Une belle occasion pour eux de construire des lignes du temps, des graphiques et des comparaisons qui rendent les événements plus concrets et mesurables.
Duvalier n’est plus, la démocratie n’est pas encore. L’éducation morale et civique, enfin, donne tout son sens à l’étude du 7 février. Cette date devient une occasion d’enseigner les valeurs essentielles comme la liberté, la justice, le respect des lois, la participation citoyenne, le dialogue et la non-violence. Les élèves auront l’occasion pour apprendre que la démocratie ne se limite pas aux élections. Elle se construit chaque jour par les actions de chacun. Simuler une élection, débattre des droits et devoirs, étudier la Constitution, sont parmi les nombreuses activités qui transforment la mémoire du 7 février en apprentissage citoyen.
Créer des œuvres à partir des souvenirs et des symboles, du silence et de la souffrance d’un peuple ?
Dessiner les portraits des personnalités (dirigeants et victimes), les représentations des objets comme l’avion du départ, l’architecture des institutions, des monuments et de tous les symboles associés à cette date, en dehors de l'interprétation des discours prononcés chaque 7 février, les cours d'éducation culturelle, artistique et esthétique peuvent offrir des opportunités d’apprentissage, de création et d’animation. Les arts et la culture offrent ainsi une autre porte d’entrée. Dessins, chansons, pièces de théâtre, fresques ou expositions permettent aux enfants d’exprimer ce que représente le 7 février pour eux. L’art devient un langage pour raconter la liberté, l’espoir, les luttes et les rêves d’un peuple. Il permet aussi de découvrir les œuvres inspirées de cette période, qui témoignent de la créativité et de la résilience haïtiennes.
Dans un monde où les médias et les technologies jouent un rôle central, il est aussi important d’apprendre aux enfants à analyser l’information. En étudiant des archives, en comparant des articles ou en apprenant à reconnaître les fausses nouvelles, ils développent un esprit critique indispensable pour comprendre les débats qui entourent chaque 7 février. En cette annee qui marque le quarantième anniversaire de cette date, et face à la montée en puissance des débats sur les médias sociaux, les enseignants et les parents ont tout intérêt à ne pas laisser aux enfants se limiter uniquement aux actualite et à la pollution des seules prévisions, programmations, précipitations, prédictions, pseudo prophetisations autour du 7 février 2026.
Dans une perspective visant à contribuer à la promotion d’une intelligence collective et historique autour de la date du 7 février dans l’histoire d'Haïti, tout en saluant les rares initiatives éducatives réalisées sur le sujet et les contributions des différents auteurs, témoins, historiens et chercheurs, j’encourage mes pairs et collègues du systeme educatif haitien, et des parents, leaders religieux, influenceurs des médias sociaux à prendre le temps pour expliquer aux enfants du pays le sens et l’importance de cette date.
Comparer et comprendre les différents événements survenus tous les 7 fevrier dans l’histoire d'Haïti ?
Depuis le départ de Jean-Claude Duvalier pour l’exil le 7 février 1986, plusieurs présidents élus ont pris fonction un 7 février, ce qui a donné à la date une dimension institutionnelle. Leslie F. Manigat (7 février 1988-victime d’un coup d’etat le 20 juin 1988) ; Jean-Bertrand Aristide (7 février 1991 – 7 février 1996), (7 février 2001 – 29 février 2004) ; René Préval (7 février 1996 – 7 février 2001) et son deuxième mandat, tout en respectant la durée de cinq ans, s'étalait sur la période du 14 mai 2006 au 14 mai 2011 ; Jovenel Moïse (7 février 2017 – 7 juillet 2021).
De 1986 à 2026, le 7 février reste une date qui éclaire le chemin d’Haïti et les enfants d’aujourd’hui seront ceux qui écriront les prochains chapitres de cette histoire. Ce qui nous oblige en somme, d’expliquer la date du 7 février aux enfants haïtiens, c’est bien plus que de raconter un événement historique. C’est leur donner les outils pour comprendre leur pays, pour analyser le passé, pour participer au présent et pour imaginer l’avenir. C’est leur transmettre une mémoire, une responsabilité et une intelligence citoyenne.
Dominique Domerçant
