Laissons aux experts en relations internationales et géopolitique – souvent pris de court par l’imprévisibilité du locataire de la Maison-Blanche – le soin de débattre de l’événement vénézuélien du week-end dernier.
Concentrons-nous plutôt sur le récent document « Stratégie de sécurité nationale américaine », publié en décembre 2025, qui officialise un retour affûté de la doctrine Monroe, désormais adaptée au style transactionnel du président américain, son Excellence Monsieur Donald John Trump.
Ce document, agrémenté de la sauce MAGA, entend réaffirmer la domination américaine sur l’hémisphère occidental, avec des priorités claires : lutter contre le trafic de drogue, endiguer l’immigration illégale et contenir les influences chinoises et russes.
Toutefois, cette doctrine « Monroe 2.0 » devra faire attention, en ignorant les besoins réels des pays de la région – notamment les infrastructures défaillantes, la fragilité économique et la dépendance aux partenariats chinois – à ne pas rallumer des réflexes de rejet souverainiste dans les Caraïbes et dans toute l’Amérique latine.
En fait, ce qui nous interpelle, en tant qu’Haïtiens, c’est l’absence totale de référence à notre crise dans ce document stratégique.
Or, pendant que nos voisins dominicains, forts d’une stabilité politique et économique durable, consolident leur rôle régional, nous sommes progressivement mais inexorablement effacés sur le plan diplomatique.
D’où la nécessité urgente d’inscrire Haïti dans le nouvel ordre géopolitique qui se dessine. Comment ?
À l’horizon du 7 février 2026, échéance annoncée, selon l’accord du 3 avril 2024, de la mission du Conseil présidentiel de transition (CPT), il est impératif de redéfinir notre positionnement-pays autour de trois (3) priorités que nous soumettons avec un sens de responsabilité citoyenne et une humilité pleinement assumée :
1. Rétablir notre sécurité intérieure. Il est temps d’en finir avec cette posture passive qui consiste à attendre que d’autres règlent nos crises, pendant que notre Jeunesse, pourtant débordante d’énergie, s’adonne à des activités futiles, non structurantes et sans lendemain – au moment même où les sirènes du banditisme lui font des yeux doux. Ce combat pour la sécurité doit impérativement s’appuyer sur des jeunes, mobilisés autour d’un MJSAC refondé, guidés par des dirigeants légitimes et exemplaires – non discrédités par des scandales de corruption. Ce n’est qu’à ce prix – loin des mascarades institutionnelles – que nous pourrons restaurer l’État de droit, professionnaliser les forces publiques, démanteler les gangs et répondre aux attentes régionales, notamment en matière de flux migratoires et de lutte contre le crime transnational organisé.
2.- Assumer un alignement diplomatique clair. Dans le contexte de l’exclusion des puissances extra-hémisphériques, Haïti doit éviter toute ambiguïté diplomatique. En participant activement aux initiatives régionales américaines (lutte contre la drogue, secours humanitaire, coopération maritime contre les trafics qui déstabilisent le continent), Haïti peut redevenir un levier régional, et non un fardeau.
3.- Devenir un partenaire économique fiable. Une diplomatie économique proactive doit attirer les investissements nord-américains vers des secteurs stratégiques tels que le tourisme, le textile, l’agroindustrie et les services. Nous pouvons et devons offrir à nos jeunes une voie orientée vers la production de richesses.
Mais cette relance reste conditionnée à une stabilité interne : pas de croissance économique sans sécurité.
En élaborant des politiques publiques axées sur ces trois (3) leviers – sécurité assumée, économie attractive, diplomatie alignée mais souveraine – Haïti peut encore se repositionner au centre du jeu continental et éviter la marginalisation actuelle ; non pas dans la mendicité, mais avec pragmatisme et audace dans une région en pleine recomposition.
Mickelson Thomas
