Auréole créole appartient à cette seconde lignée : une œuvre exposée, contestée, attaquée, mais jamais démentie. Sa présence aujourd’hui sur Amazon ne relève pas d’un simple acte de diffusion éditoriale ; elle s’impose comme une preuve tangible, vérifiable et durable de son authenticité. Le livre est là, consultable par tous, inscrit dans l’architecture mondiale du livre et cela suffit à clore bien des polémiques artificielles.
Depuis le 4 avril 2025, une mécanique de soupçon s’est mise en marche. Elle n’a pas interrogé le texte, ni sondé la poésie, ni discuté la pensée. Elle a préféré viser l’homme. L'auteur a ainsi été affublé de qualificatifs creux, dont celui de narcissique, arme paresseuse souvent brandie contre ceux qui refusent de se taire. Cette stratégie de diversion n’avait qu’un objectif : déplacer le débat, salir l’image pour éviter l’affrontement intellectuel.
Or la vérité, en littérature comme ailleurs, ne se dissout pas dans le bruit. Elle s’édifie dans la durée. Godson l’affirme avec la sobriété de celui qui sait : il a raison. Ce constat, loin de relever de la vindicte personnelle, s’inscrit dans une défense plus large : celle du droit d’auteur, de l’intégrité de l’œuvre et du respect du travail créatif dans un espace culturel trop souvent livré à l’approximation et à l’impunité.
Ce qui se joue ici dépasse le cas individuel. C’est une question de civilisation littéraire. Quand la spoliation devient tolérable, c’est la création elle-même qui vacille. Quand le mensonge prend le pas sur la rigueur, c’est la mémoire collective qui s’effrite. Défendre Auréole créole, c’est défendre l’idée même que l’écriture a une valeur, que le poète n’est pas un corps disponible, et que la parole n’est pas un bien pillable.
Et pourtant, au cœur de ce combat, demeure un paradoxe lumineux : le plaisir.
Car chez Godson, la poésie n’est jamais une plainte stérile. Elle est jouissance du verbe, plaisir de la langue créole élevée à sa pleine dignité, ivresse lucide de nommer le monde sans concession. La poésie devient ici un acte de résistance joyeuse, une manière d’affirmer que même traquée, la beauté ne capitule pas.
C’est peut-être là que réside l’essentiel : malgré les attaques, malgré les détournements et les tentatives d’effacement, la littérature haïtienne reste intacte. Elle traverse les tempêtes sans perdre sa pureté fondamentale, parce qu’elle est portée par des voix qui refusent de renoncer. Aujourd’hui comme à jamais, elle continue d’exister non comme un vestige, mais comme une force vivante, nourrie par la poésie et par ce plaisir indocile d’écrire.
James Fleurissaint
