La finale de l’Open d’Australie a opposé deux époques du tennis moderne : l’expérience d’un Novak Djokovic proche du crépuscule et l’ascension fulgurante de Carlos Alcaraz. Le Serbe a livré un premier set d’une qualité exceptionnelle, rappelant le joueur qui a remporté 24 titres du Grand Chelem. Pourtant, cette intensité initiale n’a pas duré. Très vite, son niveau a chuté brutalement : davantage de fautes directes, une première balle en baisse et une fatigue visible après sa demi-finale épique face à Jannik Sinner. Face à lui, Alcaraz est resté calme, mobile et intraitable, reprenant progressivement le contrôle du match pour s’imposer en quatre manches.
Au-delà du simple résultat, cette victoire place Alcaraz dans une dimension historique. À 22 ans et quelques mois, il s’approche d’un Grand Chelem en carrière à une vitesse inédite pour le tennis contemporain. En cas de succès dimanche, il aurait complété cet exploit en seulement 40 mois après son premier sacre majeur, une précocité comparable – et même supérieure – à celle de Rafael Nadal en 2005 ou Carlos Alcaraz lui-même en 2022. À titre de comparaison, Jannik Sinner avait déjà plus de 22 ans lors de son premier Grand Chelem en 2024. Alcaraz, lui, confirme qu’il est bien l’enfant prodige de cette génération.
Djokovic, malgré une fin de match plus combative, nourrira des regrets, notamment sur une balle de break manquée à 4-4 dans le quatrième set qui aurait pu tout relancer. Mais la vérité de cette finale est claire : le Serbe a été trahi par son corps, tandis qu’Alcaraz a imposé sa fraîcheur, sa puissance et sa maturité tactique. Melbourne consacre ainsi le passage de témoin entre une légende et celui qui semble destiné à dominer le tennis mondial pour les années à venir.
Gérald Bordes
