L’Académie de football du Ranch de la Croix-des-Bouquets n’était pas qu’un centre sportif : elle était une promesse.
Une promesse d’ascension sociale, économique où la discipline, le mérite et la reconnaissance internationale pour des milliers de jeunes issus de toutes les couches de la société haïtienne étaient patents.
C’était un lieu où le talent brut se transformait en espoir concret, où des jeunes garçons et des filles rêvaient d’intégrer les sélections nationales, de représenter Haïti sur la scène mondiale et, pour certains, de décrocher un contrat professionnel à l’étranger.
Pour de nombreuses familles — modestes comme aisées —, envoyer un enfant au Ranch signifiait lui offrir une chance réelle de sortir du cycle de la précarité par le sport.
En février 2025, ce sanctuaire du football haïtien est tombé aux mains du gang 400 Mawozo, membre de la coalition criminelle dite « Viv ansanm ».
Dimanche 1er février 2026 au soir, cette occupation s’est achevée par un acte d’une cruauté symbolique inouïe : l’incendie volontaire des installations du Ranch.
En détruisant ce site, ces groupes armés n’ont pas seulement brûlé des bâtiments — ils ont incendié les rêves de toute une génération et piétiné l’un des rares espaces où la jeunesse haïtienne pouvait encore croire en un futur différent.
Pourtant, c’est précisément dans cette académie que se sont formés des talents ayant permis à Haïti de briller à l’international : trois participations aux Coupes du Monde Juniors (2007, 2018, 2019) et une présence à la Coupe du Monde féminine senior en 2023, avec en figure de proue Melchie Daëlle Dumornay, aujourd’hui reconnue parmi les cinq meilleures joueuses du monde. Ironie tragique : ceux qui ont détruit le Ranch ont annihilé un lieu qui, autrefois, voire de nos jours encore fait rayonner le pays — y compris au-delà de leurs propres territoires.
Bravo 400 Mawozo, bravo Viv ansanm : après des milliers de morts, des maisons incendiées, des familles brisées et l’horreur absolue d’un bébé jeté vivant dans les flammes à Pétion-Ville, vous venez d’accomplir, nous l'espérons, votre dernier ignoble “fait d’armes” en saccageant le symbole même de l’avenir sportif haïtien — un avenir dont vos propres enfants auraient pu rêver s’ils avaient eu une chance de pratiquer une discipline sportive.
L’histoire, implacable, retiendra vos actes et la JUSTICE saura rendre son verdict vous concernant.
Puisse ce méprisable forfait amener enfin nos élites à réfléchir, non en paroles mais en actes, sur la meilleure manière de prendre en charge la jeunesse haïtienne afin de l’écarter définitivement des chemins de la violence.
Gérald Bordes
