Partie 2 sur 3
Il est incontestable, pour un observateur systémiquement situé, que le climat actuel de prédation, fait de paupérisation et de gangstérisation, dans lequel agonise et s’auto-déshumanise la majorité de la population haïtienne, en cette fin du troisième trimestre de l’année civile 2026, n’est guère propice à la tenue d’élections. Cela étant dit, en tenant compte des éloquents plaidoyers que déploient, dans les médias et sur les réseaux sociaux, les clercs missionnés et les ayant droits publicistes, pour évangéliser le peuple des infidèles en promouvant l’argument de l’urgence électorale, nous devons introduire une hypothèse pour nuancer notre affirmation. Ainsi, envers et contre tous ceux et toutes celles qui pensent qu’il n’y a pas de contexte idéal de sécurité pour la tenue d’élections, nous assumons que le choix du contexte pour faire des élections dans un pays est en lien avec la finalité anthropologique vers laquelle le leadership national de ce pays veut conduire la population, par le biais de ces dites élections.
De l’État d’urgence aux états mentaux de l’indigence
Sous cet angle, hypothétiquement dimensionné, l’échéance, qui se pose en termes d’urgence temporelle pour renouveler le personnel politique d’un pays et restaurer la légitimation de son leadership, n’est pas plus prioritaire que la valeur et la qualité du leadership qui doit être intronisé et légitimé. Du reste, si l’on croit Paul Virilio (Vitesse et politique, 1979), la vitesse de la décision en politique dépend de la sophistication des problématiques à résoudre. Et c’est pourquoi la vitesse est toujours un rythme imposé à un acteur local par un autre acteur global dans une perspective stratégique de perte de sens au profit du statu quo invariant. En effet, la vitesse étant un mode de pilotage adapté à l’État d'urgence, elle empêche de trouver le cadre de sens et les ressources systémiques (temps, intelligence, valeurs) pour construire les processus capables d’offrir des possibilités stratégiques et de susciter l’engagement pour des actions proportionnellement congruentes aux grandes problématiques du contexte. Tout le drame haïtien est que les groupes dominants de cet État fictif vivent, par les contraintes de leur anoblissement asservissant, dans un déni de complexité qui les déconnecte du réel et désarme ainsi leur potentiel agissant.
Mais au-delà des postures asservissantes de ses groupes dominants, constitués en cercle d’insignifiants anoblis, ce sont les états mentaux et les actions de tout le collectif haïtien qu’il faut réformer. Car selon l’hypothèse qui sous-tend la thèse de l’axiomatique de l’indigence, l’invariance anthropologique, dans laquelle s’enlise et se shitholise le pays, n’est pas une fatalité politique, mais le résultat d’interactions socio-économiques prédatrices, de rétroactions professionnelles opportunistes et d’adaptations culturelles médiocres qui se sont enchevêtrées comme des entrelacs interreliés, polarisés et indissociables. Lesquels entrelacs, ayant atteint, sous l’effet de la durée, une forme d’autorégulation cyclique, suivent un mouvement rétrograde autonome dont l’orientation dégénérescente échappe aux intentions des acteurs. Et pour cause ! La perduration de ce cycle de régression, comme toute dynamique complexe, dépend d’une condition essentielle que la grande majorité de la société haïtienne concourt à satisfaire par ses modes de survie et de réussite. Lesquels modes deviennent les pôles d’attraction, chargés de défaillance, d’une dynamique paradoxale cyclique qui anime et rythme la tectonique de cette entropie performante, dont l’enfumage abondant donne à Haïti sa réputation de « marmite du diable » et de « cimetière de projets ».
L’angle solide de visualisation de l’indigence collective haïtienne
Parlant de cimetière de projets, le contexte sociopolitique local haïtien actuel, aligné sur le contexte géostratégique trumpien de retour à l’ensauvagement des peuples, parce qu’il fragmente la société haïtienne en strates chaotiques déshumanisantes, entre prédation, gangstérisation, paupérisation et déshumanisation, offre un angle solide, éclairant, pour visualiser, par-delà l’éclipse permanente, ces entrelacs d’interactions médiocres. Cette luminosité angulaire est d’autant plus utile qu’elle montre comment les charges précaires de ces interactions polarisent la société et l’enchevêtrent dans des crises qui érodent l’intelligence collective et nous éloignent des possibilités d’un consensus autour de valeurs fortes partagées.
En effet, quand on observe l’inconscience, l’ignorance et l’insouciance avec lesquelles, respectivement, le leadership politique national, certains représentants de partis et groupements politiques et la population d’Haïti se laissent entrainer vers un scénario électoral qui risque de précipiter, ce qu’il reste du pays, vers une implosion anthropologique, on peut déduire logiquement que la société haïtienne n’a rien appris de ses expériences passées. Et notamment de ses crises électorales. Cet état de non-apprenance est la manifestation la plus factuelle de l’indigence, que nous définissons comme l’errance dans laquelle végète un individu ou un groupe qui, privé des ressources contextuelles systémiques (bienveillance/altérité, intelligence/complexité, vigilance/éthique), ne peut plus faire face librement, responsablement et dignement aux incertitudes de son existence.
Si hier encore, on avait besoin de lunettes anti-éclipse, pour filtrer les quantificateurs indigents (QI) et voir, dans leur abondance foisonnante, l’enfumage que produit la combustion des fumiers de la réussite médiatique, politique, économique et sociale en Haïti, l’intervention du coordonnateur général du parti UNIR sur la radio-télévision caraïbe (RTVC), ce mardi 8 septembre 2026, dans le journal de Première Occasion, offre à elle seule un décodage qui renseigne sur l’étalement du spectre de l’indigence haïtienne au sommet de la société haïtienne.
La ruée électorale vers les données personnelles
En effet, en dénonçant un soi-disant bug de la plateforme numérique mise en place par le Conseil Électoral Provisoire (CEP) pour l'enregistrement des électeurs, des partis et groupements politiques, Clarens Renois (empressons-nous de dire il n’est pas le seul) nous a fourni, malgré lui, la preuve matérielle qui nous manquait pour valider la dimension empirique de notre hypothèse. Celle selon laquelle nous assumons que, dans le contexte d’ignorance, d’insouciance et d’inconscience qui fait d’Haïti un fumier entropique grandeur nature, adopter l’intelligence artificielle ne fera qu’accélérer la régression du pays et automatiser l’indigence jusqu’à l’implosion anthropologique qui effacera Haïti de la mémoire de l’humanité. Dans la dernière partie, nous reviendrons, à travers l’analyse des dits et non-dits qui entourent les griefs du coordonnateur du parti UNIR contre la plateforme numérique, prouver à quel point l’écosystème haïtien est incapable de garantir la fiabilité, de sauvegarder l’intégrité et de protéger les données personnelles des citoyens haïtiens.
Données personnelles qui sont de fait, en ce contexte de prédation électorale, dans lequel résonne cet appel technologique pour le tout numérique en Haïti, le nouvel or noir aux multiples enjeux. Ce sont ces enjeux politiques, socio-économiques, infotechnologiques que nous allons décrypter à partir des dénonciations des groupements et partis politiques sur les failles de la plateforme numérique d’enregistrement des membres des partis politiques, pour montrer combien les normes de contrôle, de recoupement des données pour structurer et donner à une information une valeur stratégique mettent à mal nos standards culturels de malice et de marronnage.
Ne ratez pas la troisième partie.
