Cher ami,
Je vous remercie sincèrement pour ces mots qui restituent, avec justesse et profondeur, une part de mon parcours et de mes aspirations. Voir ainsi tracée, sous votre plume, la trajectoire d’un Haïtien qui n’a jamais cessé de rêver d’une Haïti pacifiée et prospère, demeure un honneur.
« Je pense, donc je suis »: l’affirmation cartésienne pose les fondements de l’être, mais elle demeure inachevée. Je lui adjoindrais ce complément essentiel: « J’agis, donc je vis. »
J’ai toujours été convaincu que Haïti pouvait et devait s’appuyer sur ses fils où qu’ils se trouvent, pour œuvrer à son relèvement. Mon parcours, depuis la Faculté d’ethnologie de Port-au-Prince jusqu’à l’armée américaine, en passant par ma formation policière à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), puis mon retour sur les bancs d’université à John Jay College à New York pour y poursuivre des études supérieures en sciences de police et en justice criminelle, n’a eu d’autre raison d’être que de servir au sein de la Police Nationale d’Haïti (PNH) avec discipline, compétence et loyauté envers les institutions républicaines établies. Quand les circonstances l’ont exigé, j’ai répondu à l’appel. Patriotiquement.
Votre texte met justement en lumière un principe essentiel: vouloir garantir la sécurité publique ne peut se reposer sur l’exercice de la seule force brute, comme certains le croient encore et l’appliquent. Servir et protéger exige une police professionnelle, correctement équipée, guidée par une vision claire, des objectifs précis, une philosophie comprise de tous, fondée sur l’application rigoureuse des normes de justice. C’est exactement ce modèle de fonctionnement global que je m’efforçais de promouvoir: une sécurité ancrée dans l’autorité de l’État, le respect des droits humains et la prévention, tout en tenant compte des réalités socio-économiques et politiques du pays.
Je partage pleinement votre constat : l’expérience, à elle seule, ne suffit pas à garantir le succès. Je demeure néanmoins convaincu qu’elle représente un atout majeur, surtout lorsqu’elle est mise au service d’une réforme profonde des institutions et d’une réponse nationale plus cohérente face à l’insécurité.
Permettez-moi également de souligner, comme vous l’avez si bien formulé, que mon parcours ne relève ni d’une logique de force désordonnée ni d’initiatives purement personnelles. Il s’inscrit au contraire dans une culture de responsabilité, de discipline et de respect des autorités légitimes. Toute action durable, en effet, doit se déployer dans le cadre de la loi, de l’autorité de l’État et des institutions républicaines.
Mon parcours, mes expériences et les valeurs qui ont guidé mon engagement n’ont jamais été motivés par la quête de titre ou de privilège.
Je remercie celles et ceux qui saluent mon parcours et ma disponibilité à servir mon pays. Ma seule ambition demeure de contribuer à l’avènement d’une Haïti stable, pacifiée, juste et prospère, au bénéfice de tous les Haïtiens.
Je le sais avec certitude: paix, stabilité, sécurité, justice, reconstruction institutionnelle, voire progrès, ne sont que des mots vides, des chimères, de pures abstractions, voire des aberrations, tant qu’ils ne sont pas portés par des hommes et des femmes intègres aux commandes.
Alors, où êtes-vous?
Professeur Jean-Baptiste, encore merci pour la confiance implicite que traduit votre texte. Elle me conforte dans ma détermination à œuvrer, avec simplicité, humilité, mais fermement. Haïti, mon pays, ‘’renaitra de ses cendres’’.
Qu’il en soit ainsi !
Gabriel Jean François
Ex Commissaire de la Police Nationale d’Haïti
