La participation de la sélection haïtienne de football à la coupe du monde 2026 s'est achevée sur une note négative. Placée dans le même groupe que le Brésil et le Maroc -deux équipes avec des aspirations de titre-, les prestations des Grenadiers donnaient l'allure d'une équipe prostrée et sans identité claire. Cette élimination précoce a eu pour effet d'entraîner une dynamique centrifuge vis-à -vis de l'entraîneur et a balayé le rêve fantasque de se constituer en poil à gratter lors du mondial américain. Ne se voyant plus être l'homme de la situation, Sébastien Migné a remis le tablier pour s'échapper des critiques acerbes du public au grand dam de la Fédération qui se lance dans une vaine quête de son successeur.
La débâcle de l’équipe haïtienne au mondial a été perçue comme catalyseur pour démystifier des pratiques spécieuses bâties pour travestir les réalités dans un domaine où la science s'impose comme principe directeur. Faire bonne impression à une compétition internationale exige la mobilisation de toutes les ressources nécessaires, requiert l'engagement de l'État et, dans une certaine mesure, d'aller au-delà de mile proverbial pour y parvenir. Par ailleurs, la réalité haïtienne est guidée par la passion et l'espérance pour se faire une place dans les arcanes du sport mondial. L'expérience de Sébastien Migné a sonné le glas pour une fédération qui recrute ses entraîneurs sans prendre en compte de l'idéologie véhiculée par ces derniers et la préfiguration des relations avec la culture footballistique des haïtiens.
Achopper sur le refus d'un public intolérant vis-à-vis des étrangers
L'acquisition du savoir-faire étranger dans la culture haïtienne demeure l'un des sujets les plus épineux. Fort souvent, les anciens rapports entre la France et Haïti, lors de l'époque coloniale surgissent au sein de la population pour se constituer en élément rédhibitoire pour faire pression sur la fédération en vue d'orienter son choix vers d'autres pistes. Par ci et là, on parle de la théorie du complot ou l'attachement à la blancomanie. Sébastien Migné, sélectionneur français qui a conduit l'équipe nationale à sa deuxième participation en coupe du monde a été pris pour cible après l'échec de nos Grenadiers. Migné, qui s'est fait une place dans les annales du football haïtien a été accusé de conspirateur, de traître pour ne pas célébrer les deux buts de l’équipe haïtienne lors de la coupe du monde. Quelle absurdité!
Des atermoiements lors des éliminatoires ainsi qu’à la coupe du monde pour ce qui a trait aux choix tactiques et les approches de jeu ? il y en avait pas mal. Contre le Honduras, en phase qualificative, l'entraîneur et ses poulains ont essuyé une piteuse défaite 3-0, et l'absence d'identité ou tout simplement la tentative d'imprégner une quelconque identité restait l'un des plus grands enseignements pour celui qu'on avait confié les clés du camion. En phase de groupe du mondial, les erreurs de sélection des joueurs ont contribué à assombrir le tableau et à écorner l'image du coach dans la presse et auprès du public. Cet épisode marque la rupture entre l'entraîneur et la fédération. Cependant, les erreurs du coach ne suffisent pas à réduire son travail à sa plus simple expression, car il reste l'architecte qui a façonné ce qui s'apparente à la plus grande gloire du football haïtien.
Même cette France qui domine aujourd’hui le football a eu recours à l'expertise des étrangers dans les années 70, sans même laisser entrevoir une pointe d'infériorité. Dans son livre intitulé: “Autopsie du Sport Français”, Daniel Riolo a consacré un chapitre au football qu'il considère comme un véritable locomotive du sport français pour damer le pion avec ses voisins britanniques et allemands. Le journaliste français relate que la France visait gros. L'objectif n’était pas seulement de dompter l'Everest mais de s'installer. Sous l'égide du roumain Stefan Kovacs, vainqueur de la coupe des clubs européens avec l'Ajax, les Bleus étaient parvenus à côtoyer les grandes avancées techniques, tactiques et physiques. Il fut le premier entraîneur étranger de l’équipe de France et avait jeté les bases de la construction d'une équipe moderne.
La nécessité d'élaboration d'une ligne de conduite
L'approche haïtienne demeure au premier chef, l'obstination de placer un quelconque étranger à la tête de la sélection. Cette grille de lecture écarte, sans chercher à louvoyer son approche, les pistes menant vers des entraineurs haïtiens qui, au regard des avancées technologiques et tactiques et l'importance de la diaspora dans les rangs de l'équipe, ne s'alignent pas sur les exigences du football international. L'absence d'analyses rigoureuses et scientifiques dans le processus de recrutement des coaches demeure du domaine de la mystification. Nos équipes nationales sont souvent le reflet d'une dichotomie entre la vision du coach et les ressources disponibles. Les échecs répétés dans les éditions de Gold Cup en 2021 et 2023 attestent bien cette réalité bancale.
Les entreprises de certains pays du Golfe, qui cherchent à se faire une place au concert des nations aux moyens du sport sont des exemples patents sur comment utiliser l'expertise étrangère. Le Qatar, parangon du domaine est l'un des pays qui ne se dissimulent pas à brandir sa carte exotique pour bousculer l'ordre sportif régional. Ce changement d'orientation marquait d'une pierre blanche les progrès réalisés par le Qatar en remportant pour la première fois de son histoire la coupe asiatique en 2019. Le choix de leur Fédération avait porté sur l'espagnol Felix Sanchez, ancien entraîneur de la Masia. Les dirigeants Qataris voulaient sans détour, incruster le tact espagnol au sein de l'équipe nationale. Cette décision embrassait la ligne de conduite adoptée au milieu de la décennie 2000.
Sur les 15 dernières années, le succès de l’équipe haïtienne est tout bonnement relatif. Une demi-finale de la Gold Cup en 2015 avec le français Marc Colas comme entraîneur et une participation en coupe du monde sous les commandes d'un autre français Sébastien Migné. Pour le reste ? On patauge dans le bas-fond du football mondial comme à l'accoutumé. On déambule sans but précis et les choix de la Fédération n'ont aucune corrélation entre l'entraîneur et sa vision et les éléments constitutifs de l'équipe. Les choix portent sur le mystère et la fourberie, des critères qui sont aux antipodes des autres pays qui prennent en compte leurs cultures sportives.
Quand verra-t-on la lumière au bout du tunnel ?
Nos voisins de la Caraïbe et de l'Amérique centrale établissent des rapports d'interdépendance entre l'idéologie de leurs entraîneurs et de leurs joueurs dans le processus de recrutement des coaches. Une démarche qui conduit à une harmonisation complète entre les deux parties. Au Costa-Rica, les dirigeants se sont astreints à respecter la ligne arrêtée par la fédération. La culture footballistique du Costa-Rica est fondée sur la base d'un jeu défensif rigoureux et de la transition offensive d'où la décision de nommer Miguel Herrera pour conduire Los Ticos. Panama, encore un autre pays de l'Amérique centrale s'inscrit dans cette dynamique.
Toutes les percées qui ont été effectuées dans le football haïtien ont porté, dans une large mesure, la marque de son réservoir de talents. Cela ne veut pas dire pour autant que les sélectionneurs qui ont occupé le banc durant, n'ont pas contribué à faire exister le football haïtien embourbé dans la crise sociopolitique du pays. Loin delà! Cependant, cette configuration a exacerbé l'absence de plans et d'objectifs pouvant permettre de mieux organiser le processus de recrutement. Voilà une raison qui démontre pourquoi ces pays nous battent à plate couture.
Cette délicate situation exige la matière grise étrangère et un modèle qui facilitera la meilleure alchimie entre le talent et la vision. La carence de techniciens haïtiens ne fait que renforcer cette hypothèse au grand dam des nationalistes aveuglés par l’haïtianisation extrémiste. Empressé par le besoin de régenter la machine, Haïti doit chercher à courtiser le savoir-faire espagnol. À l'aune de la mondialisation, l'Espagne se constitue en véritable pourvoyeur de techniciens. Avec 15 423 licenciés, les espagnols occupent le premier rang des entraîneurs qui détiennent une licence A Pro-UEFA, créant ainsi un écart abyssal par rapport à l'Allemagne qui s'approprie du second rang avec ses 6937 licenciés. Cela traduit la forte présence de la marque espagnole dans les grandes orientations et approches du football mondial. L'inclination pour un tel paradigme pourrait être la panacée des maux du football haïtien.
