Par Dr. James Joseph (Didi)
L'adage marxiste affirmant qu'« un peuple qui en opprime un autre peuple, une nation qui opprime une autre nation devient incapable d'être libre » révèle une vérité souvent occultée par la rhétorique géopolitique: l'oppression ne libère pas le dominant mais l'enchâîne à la logique de la force. L'intervention militaire américaine au Venezuela du 3 janvier 2026 offre une illustration contemporaine et troublante de ce paradoxe. Cette opération, justifiée officiellement par la lutte contre le « narcoterrorisme » (Théâtrum Belli, 2026), expose comment une puissance mondiale qui viole le droit international pour maintenir sa domination devient progressivement incapable d'exercer une véritable autorité légitime.
I. Le Cadre juridique violé: Quand l'oppression devient systématique
A. La violation de la Charte des Nations Unies
Le 3 janvier 2026, les forces armées américaines ont lancé une opération militaire spectaculaire à Caracas, aboutissant à la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse (Théâtrum Belli, 2026). Cette intervention soulève des interrogations majeures sur le plan juridique. Selon les analystes internationaux, « plusieurs responsables de l'ONU, dirigeants étrangers, démocrates américains et commentateurs s'accordent sur le fait que les frappes américaines contre le Venezuela violent le droit international, notamment l'article 2(4) de la Charte des Nations Unies interdisant l'usage de la force contre un autre État ou l'ingérence dans ses affaires intérieures » (Théâtrum Belli, 2026).
La violation est d'autant plus grave qu'elle est unilatérale. Comme l'énonce clairement Raphaël Maurel (2026), « depuis plusieurs semaines les États-Unis violent l'interdiction de recourir à la menace de l'emploi de la force contre le Venezuela prévue à l'article 2 de la Charte des Nations Unies, sans même parler des exécutions extrajudiciaires réalisées en mer contre des navires au pavillon souvent indéterminé ». Cette escalade révèle comment l'oppresseur, ne pouvant invoquer de fondement légal, abandonne progressivement les prétentions à la légitimité juridique qui caractérisaient autrefois l'ordre international occidental.
B. L'absence de fondement juridique crédible
L'administration Trump a présenté plusieurs justifications pour légitimer l'opération: la lutte contre la drogue, l'extraction pétrolière, ou la protection de la sécurité américaine. Cependant, aucune de ces justifications ne résiste à l'examen juridique. Maurel (2026) expose le sophisme central: « L'idée est simple: le régime vénézuelien soutient le narcoterrorisme (ce qui n'a au demeurant été établi par aucun tribunal, interne ou international); il est donc complice ou responsable, par son action ou son inaction, de cette infraction (inexistante en droit international) qui menace la sécurité des États-Unis ».
Ce raisonnement circulaire démontre comment une puissance cherchant à oppresser doit progressivement abandonner la logique juridique pour la remplacer par le sophisme et la force brute. L'oppresseur devient intellectuellement prisonnier de ses propres mensonges.
II. La Répétition compulsive: cymptôme de l'asservissement de l'oppresseur
A. Le cycle des interventions militaires
Ce qui caractérise l'oppresseur moderne, c'est qu'il ne peut jamais se reposer. Une fois engagé dans la domination par la force, il devient dépendant de cette force pour maintenir son hégémonie. Les précédents historiques l'illustrent cruellement.
Maurel (2026) établit un parallèle instructif avec le Panama: « Après avoir pris pour prétexte des incidents impliquant des soldats américains, les États-Unis ont invoqué la protection de leurs ressortissants pour lancer le 17 décembre 1989 l'opération "Just Cause". L'objectif est de renverser le général Noriega: des milliers de soldats états-uniens, appuyés par les troupes participant à la sécurité du canal du Panama, interviennent au Panama ».
Plus de trois décennies se sont écoulées. Au lieu de construire une hégémonie stable basée sur le droit et la persuasion, Washington revient au même scénario: justifications prétextes, violations du droit international, renversement de régime. La compulsion à intervenir révèle l'échec fondamental du modèle impérialiste.
L'instabilité croissante comme conséquence
Selon les analystes de la Brookings Institution cités par Théâtrum Belli (2026), « l'absence de plan clair pour la transition post-Maduro inquiète les analystes qui craignent une répétition des erreurs commises en Irak et en Afghanistan ». Pire encore: « Avec 99,9% du régime chaviste originel intact et à peine l'ébauche d'un plan pour l'avenir du Venezuela, l'opération risque davantage de déstabiliser la région que d'améliorer la situation ».
L'oppresseur découvre alors le paradoxe cruel: son action, censée apporter la stabilité, produit le chaos. Il doit maintenant déployer une force militaire croissante, accepter des coûts économiques et diplomatiques, et accepter que ses alliés le traitent avec suspicion. La Russie et la Chine, observant cette violation du droit international, en tirent une conclusion logique: le droit international est devenu une arme optionnelle. Elles peuvent donc, sans culpabilité apparente, revendiquer leurs propres « sphères d'influence » (Théâtrum Belli, 2026).
III. La perte de légitimité morale et politique
A. L'effondrement de la légitimité démocratique
Théâtrum Belli (2026) note que « sur le plan politique, le maintien au pouvoir de l'essentiel du régime chaviste, avec la vice-présidente Delcy Rodríguez comme figure de transition, frustre les aspirations démocratiques des Vénézuéliens qui avaient massivement voté pour l'opposition en 2024 ».
Cette contradiction révèle comment l'impérialisme détruit sa propre légitimité. Les États-Unis se proclament « défenseurs de la démocratie », mais ils acceptent la permanence au pouvoir d'une vice-présidente du régime qu'ils prétendent avoir combattu. Pire, ils ignorent le verdict démocratique clair des élections de 2024, où l'opposition vénézuélienne incarnée par María Corina Machado avait gagné massivement.
L'oppresseur devient ainsi dépendant du mensonge. Il doit prétendre que capturer le président tout en laissant intact le régime constitue une « victoire démocratique ». Cette rhétorique érodée détruit progressivement la crédibilité américaine auprès de ses propres alliés.
B. La réaction de la communauté internationale
Selon un rapport de La Converse (2026), « l'opération a suscité une vague de condamnations internationales lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. Le secrétaire général António Guterres a rappelé que le recours à la force viole la Charte des Nations unies. La Russie et la Chine ont exigé la libération de Maduro, et plusieurs pays d'Amérique latine ont exprimé leur inquiétude face à une résurgence des ingérences dans la région ».
Washington découvre que l'oppression d'une nation proche s'accompagne du rejet des nations lointaines. L'onde de choc diplomatique s'étend bien au-delà du Venezuela. L'UE, selon Euronews (2026), « s'efforce de trouver une voix et un projet » face à cette nouvelle assertivité américaine. Les alliances traditionnelles se fissurent.
IV. La doctrine Monroe réinterprétée: L'oppression généralisée
A. De la doctrine Monroe à la «doctrine Donroe»
L'intervention au Venezuela s'inscrit dans ce que l'administration Trump appelle la « doctrine Donroe » (un jeu de mots avec Monroe), visant à réaffirmer la primauté américaine dans l'hémisphère occidental (Théâtrum Belli, 2026). Cependant, cette doctrine réinterprétée révèle l'élargissement systématique de l'oppression.
Théâtrum Belli (2026) observe que « Trump ayant rejeté l'opposition démocratique vénézuélienne, l'administration Trump a ressuscité la doctrine Monroe non pour promouvoir la démocratie, mais pour garantir l'accès américain aux ressources naturelles et stratégiques ». En d'autres termes, l'oppression se justifie désormais ouvertement par les intérêts matériels, sans même le voile de la rhétorique démocratique.
B. L'expansion de la domination: du Venezuela au Groenland
Remarquablement, cette opération s'accompagne de nouvelles tentatives de domination territoriale. Trump menace d'annexer le Groenland, révélant une application extensive de la doctrine Monroe réinterprétée (Théâtrum Belli, 2026). L'oppresseur, une fois engagé dans cette logique, ne peut plus s'arrêter. Chaque succès renforce la certitude qu'il est au-dessus du droit. Chaque nouvelle agression devient logique.
V. Cas Historiques: La Répétition de l'Échec
A. Les interventions latino-américaines
L'Amérique latine a connu plus d'un siècle d'interventions américaines justifiées par la défense des intérêts américains. Pourtant, aucune de ces interventions n'a produit la stabilité régionale que promettait l'impérialisme américain. Au contraire: cycles de dictatures, guerres civiles, appauvrissement économique.
La Converse (2026) note que « l'opération du 3 janvier s'inscrit dans un contexte de pressions croissantes exercées par Washington (sanctions, inculpations, présence militaire dans les Caraïbes) ». Cette accumulation de pressions révèle l'escalade compulsive: lorsque les premières interventions échouent à produire l'obéissance, l'oppresseur intensifie la pression, creusant davantage le fossé.
VI. Le Coût existentiel de l'oppression pour l'oppresseur
A. L'incapacité à construire une autorité légitime
Une nation qui opprime en est réduite à maintenir sa domination par la force militaire. Elle ne peut pas compter sur le respect ou l'adhésion volontaire. Elle doit donc maintenir un appareil militaire massif, accepter des dépenses extraordinaires, et vivre dans l'anxiété constante de se voir défier.
Les États-Unis doivent désormais maintenir un blocus naval permanent au Venezuela, ordonner l'évacuation de leurs ressortissants, et déployer une force militaire constante (La Converse, 2026). Ce coût est infini et croissant.
B. L'impuissance politique face aux rivalités internationales
L'intervention au Venezuela a légalisé un précédent désastreux. Comme l'observe Théâtrum Belli (2026), en violant le droit international au Venezuela, Washington légalise le même droit pour les autres puissances. La Russie peut maintenant invoquer « la protection de ses intérêts » pour justifier l'annexion de nouveaux territoires. La Chine peut violer les traités maritimes. L'ordre international s'effondre.
Les États-Unis découvrent trop tard qu'ils ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis. Ils ne peuvent plus invoquer le droit international pour contenir les puissances rivales.
VII. La Question haïtienne: L'oppression systématique de deux siècles
Le cas d'Haïti prolonge cette analyse bien au-delà du Venezuela. Pendant deux siècles, Haïti a connu des occupations, des interventions militaires, des régimes marionnettes. Le pays demeure appauvri, asservi, incapable de se lever. Chaque acte d'oppression américaine rend les États-Unis davantage dépendants de la force pour maintenir leur hégémonie — et donc moins libres.
Haïti et le Venezuela illustrent une vérité amère: *l'oppression d'une nation par une autre détruit la liberté des deux.
Conclusion
La maxime selon laquelle « un peuple qui en opprime un autre est incapable d'être libre » n'est pas un énoncé moral abstrait. C'est une observation empirique confirmée par l'histoire. L'intervention américaine au Venezuela en janvier 2026 le démontre avec clarté:
Washington a choisi la domination par la force plutôt que l'autorité par le droit. En conséquence, il ne peut plus invoquer le droit international face à ses rivaux. Il ne peut plus construire une hégémonie stable. Il ne peut plus prétendre à la légitimité morale. Il est devenu prisonnier de sa propre logique de domination.
L'oppresseur et l'opprimé sont enchaînés au même système d'asservissement. Le Venezuela, écrasé militairement, vit sous la domination étrangère. Les États-Unis, malgré leur puissance militaire, vivent dans l'impuissance croissante: incapables de transformer leur victoire militaire en stabilité régionale, forcés de dépenser des ressources infinies pour maintenir un ordre qui s'effondre, observant avec inquiétude que leurs rivaux tirent les mêmes conclusions et se comportent de la même manière.
La véritable liberté n'existe que dans un ordre fondé sur le droit mutuel et le respect des droits souverains. Tant que l'oppression persiste, ni l'oppresseur ni l'opprimé ne peuvent connaître la liberté véritable.
Références
Contretemps. (2026, janvier). Les États-Unis prennent d'assaut le territoire et le gouvernement du Venezuela. https://www.contretemps.eu/etats-unis-assaut-territoire-gouvernement-venezuela/
Euronews. (2026, 9 janvier). Du Venezuela au Groenland, l'UE s'efforce de trouver une voix et un projet. https://fr.euronews.com/my-europe/2026/01/09/analyse-du-venezuela-au-groenland-lue-sefforce-de-trouver-une-voix-et-un-projet
La Converse. (2026). Caracas et l'ombre persistante de l'interventionnisme américain. https://www.laconverse.com/articles/caracas-et-lombre-persistante-de-linterventionnisme-americain
Maurel, R. (2026). À propos de la licéité de l'agression armée contre le Venezuela du 3 janvier 2026. https://raphaelmaurel.com/blog/2026/a-propos-de-lagression-armee-contre-le-venezuela-du-3-janvier-2026.html
Théâtrum Belli. (2026). Opération américaine au Venezuela: analyses par la Brookings Institution d'une intervention spectaculaire. https://theatrum-belli.com/operation-americaine-au-venezuela-analyses-par-la-brookings-institution-dune-intervention-spectaculaire/
