Avec la bataille autour du Groenland lancée par le président américain, Donald Trump, le monde assiste à un séisme géopolitique sans précédent. Une tectonique des alliances qui broie ses propres architectes. Tel un serpent qui dévore sa propre queue, l’OTAN vacille sous les coups de l’un de ses membres fondateurs.
Convoiter le Groenland, une terre appartenant au Danemark, est d’autant plus grave que ce royaume est membre fondateur de l’OTAN, gardien discret du Grand Nord. Son envie brute n’a pas de nom dans le vocabulaire diplomatique traditionnel. Seul un esprit rongé par des délires de grandeur pourrait concevoir un tel scénario digne d’un mauvais roman d’anticipation.
Nous sommes face à un précédent historique aussi rare qu’une éclipse solaire totale, aussi dangereux qu’une petite étincelle dans une poudrière. L’édifice tremble sur ses fondations de 1949. Un membre du Traité de l’Atlantique Nord qui agresse, menace, intimide un autre membre : les archives de l’histoire des relations internationales ne contiennent aucun chapitre semblable.
Tout chef d’État gouverne avec sa psychologie, son prisme mental, ses obsessions intimes. Et s’agissant du maître actuel de la Maison-Blanche, sa boussole intérieure pointe irrévocablement vers un nationalisme belliqueux, un expansionnisme territorial qui rappelle les heures les plus sombres du XXe siècle. Son ADN politique porte les gènes du fascisme mussolinien et de l’impérialisme débridé.
Washington, tête de pont de l’internationale fasciste
L’objectif de la Maison-Blanche version Trump est inscrit en lettres de feu sur le mur de l’histoire contemporaine : installer l’extrême droite au pouvoir en Europe. Avec Washington pour quartier général, l’internationale fasciste tisse sa toile. L’expansionnisme est le mot d’ordre ; il résonne comme un tambour de guerre dans chaque décision politique et économique émanant des dirigeants américains.
L’ambassadeur américain en France a reçu à quatre reprises des représentants de l’extrême droite française, avec des honneurs dignes de chefs d’État. Tapis rouge déroulé, poignées de main appuyées, sourires complices : autant de signes tangibles d’un basculement d’alliance que les Européens — tels des autruches, la tête enfouie dans le sable — ont refusé de voir. Et désormais, cette réalité leur explose au visage, comme une mine enfouie qui se réveille.
L’Italie de Giorgia Meloni a déjà courbé l’échine, plié le genou, fait révérence devant le trône de l’homme aux cheveux jaunes. Elle a choisi le camp de l’internationale populiste, trahissant au passage les intérêts européens sur l’autel de ses ambitions nationalistes. Et elle n’est pas seule dans cette procession des lâchetés.
La Hongrie d’Orbán, depuis longtemps, fait antichambre à Mar-a-Lago, comme un courtisan du XVIIIe siècle guettait les faveurs du Roi-Soleil. Les Pays-Bas flirtent avec l’extrême droite. L’Autriche valse dangereusement vers les mêmes abîmes. Même l’Allemagne, géant économique aux pieds d’argile politique, hésite, tergiverse, se perd dans ses calculs électoraux et sa peur viscérale du conflit.
Le coup est d’autant plus rude que le droit n’existe plus aux États-Unis. Trump l’a dit et redit, martelé comme un forgeron sur son enclume : les traités ne sont que du papier, les alliances de simples arrangements temporaires. Attaquer un territoire européen sous des prétextes aussi farfelus qu’un sketch de théâtre de l’absurde, c’est assister à une bouffonnerie terrible et tragique, où le rire se fige dans la gorge. Car les États-Unis sont déjà présents mili
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L’Europe face à son moment de vérité
L’Amérique de Trump déclare la guerre économique et psychologique à l’Europe. Elle ne veut pas simplement négocier : elle veut soumettre l’Europe.
Dès l’arrivée de ce personnage au pouvoir tel un ouragan qui s’annonce mais qu’on refuse de voir approcher, les Européens ont fait preuve d’une négligence analytique comportementale aussi coupable qu’un capitaine qui ignorerait les signaux de tempête. L’Europe se trouve aujourd’hui à un carrefour historique, tel un chevalier médiéval désarçonné qui doit choisir : se relever et combattre, ou accepter la vassalité. La bataille du Groenland n’est pas une bataille pour un territoire glacé, c’est celle pour l’âme de l’Occident : la subsistance du droit international face à la loi de la jungle, où le plus fort dicte sa volonté aux faibles.
Les nations occidentales se prosternent une à une devant les délires de Trump, ce raz-de-marée autoritaire. L’Europe demeure paralysée comme un cerf pris dans les phares d’un camion lancé à pleine vitesse. La cécité européenne n’est plus une métaphore : c’est un diagnostic clinique. Les réactions timides, les déclarations édulcorées, les communiqués diplomatiques aussi mous qu’une poignée de main molle, tout cela sonne creux, aussi creux qu’un tambour vide frappé dans le désert.
Dans cette tempête, la France reste la seule vigie dans la tempête. La diplomatie la plus audacieuse du Vieux Continent reste, contre vents et marées, celle de la France. Emmanuel Macron ose encore parler de souveraineté européenne, d’autonomie stratégique, de lignes rouges à ne pas franchir. Mais l’homme aux cheveux jaunes ne connaît ni retenue ni décence.
Par ses déclarations intempestives, décousues comme les pensées d’un ivrogne au comptoir d’un bar, Trump attaque sans ménagement le président français. Il le caricature avec la grossièreté d’un bateleur de foire, le salit par des mensonges aussi avérés que grotesques, prouvant ainsi que tout est disloqué, que tout s’est effondré. Même la déontologie minimale entre chefs d’État, ce vernis de civilité qui séparait autrefois la diplomatie de la rue n’est plus de mise. Tout gît à terre, dans la poussière de l’histoire. L’Américain jacasse comme une pie voleuse, raconte des blagues salaces de vestiaire, déforme la réalité avec l’aisance d’un prestidigitateur de bas étage. C’est un menteur invétéré, compulsif, pour qui la vérité n’est qu’une option parmi d’autres, à utiliser ou jeter selon les besoins du moment.
L’impuissance européenne : la division comme poison mortel
Que peut l’Europe ? Pas grand-chose, hélas. Car les Européens sont divisés comme les morceaux épars d’un vase brisé qu’on ne sait plus recoller. L’unité n’est qu’un mot creux prononcé dans les sommets, une incantation magique qui a perdu ses pouvoirs. On assiste à un cortège des capitulations. Un à un, comme des dominos alignés qui tombent dans un fracas mou, les dirigeants européens vont faire leurs courbettes devant l’empereur américain. Certains par calcul cynique, d’autres par peur panique, d’autres encore par conviction idéologique. Le résultat est le même : l’Europe se liquéfie, se dilue, disparaît comme neige au soleil de Mar-a-Lago.
Et pendant ce temps, au Groenland, les glaces fondent littéralement et métaphoriquement. Les glaciers millénaires se désagrègent tandis que les alliances septuagénaires se fissurent. La bataille du Groenland n’est que le symptôme visible d’une maladie plus profonde : la mort programmée de l’Occident atlantique tel que nous l’avons connu, remplacé par un nouvel ordre où la force prime le droit, où le mensonge éhonté devient stratégie d’État, où les alliances historiques se révèlent n’être que des mariages de convenance prêts à être dissous au premier orage.
L’Europe à l’heure du choix existentiel
L’Europe se trouve aujourd’hui face à son moment existentiel, son “être ou ne pas être” shakespearien. Soit elle trouve en elle-même les ressources pour s’unir véritablement, pour parler d’une seule voix aussi puissante qu’un orage d’été, pour opposer un front commun inébranlable aux caprices et aux menaces. Soit elle continuera cette procession pathétique vers la soumission, cette file indienne des capitulations nationales, et disparaîtra non pas dans un cataclysme spectaculaire, mais dans un long gémissement d’impuissance, dans l’oubli progressif de ce qu’elle fut jadis : un continent de droit, de civilisation, de dignité.
Pour l’instant, tout indique que la seconde option l’emporte. Et c’est peut-être là le plus grand triomphe de l’homme aux cheveux jaunes : avoir révélé au grand jour la faiblesse constitutive, la division congénitale, l’impuissance structurelle d’une Europe qui se croyait unie mais n’était qu’une mosaïque de nations égoïstes tenues ensemble par le fil ténu d’intérêts économiques communs.
La bataille du Groenland vient à peine de commencer. Mais on sait déjà qui l’a perdue : ceux qui ont refusé de voir venir la tempête, ceux qui ont cru que les mots suffiraient face aux actes, ceux qui ont confondu la diplomatie, avec la couardise. L’histoire ne pardonne jamais aux aveugles volontaires.
Maguet Delva
Paris, France
