Le Cap-Haïtien, jadis joyau touristique et historique, s’éteint sous le joug de la négligence administrative et la spirale accélérée de sa dégradation environnementale.  Face à cette urgence, la délégation du Nord brandit sa décision comme une torche flamboyante, ordonnant la libération des voies publiques et des canaux d’évacuation jadis dévorés par l’anarchie des constructions sur le boulevard. Les eaux usées retrouveront leur chemin jusqu’au bassin de Maître « Agwe » à Picolet, et la cité christophienne, symbole de mémoire et de fierté, reprendra sa dignité. L’autorité publique retrouve un semblant de légitimité en s’efforçant de rétablir la circulation, de prévenir les inondations et de rappeler que l’espace collectif n’est pas une propriété privée négociable. Dans un État normal, une telle opération s’inscrit dans une politique urbaine cohérente, accompagnée de concertation, de mesures sociales d’accompagnement et d’un discours pédagogique assumant l’intérêt général.
Privée de légitimité, l’opération bascule rapidement dans la démonstration brute de force. Un incident malheureux survient mais révélateur, lorsqu’un contrevenant invective, menace et provoque, scène devenue banale dans un pays où l’État a depuis longtemps perdu le monopole de la parole et de la contrainte. Policiers et civils armés, mélange désormais ordinaire, neutralisent l’individu avec vigueur sous les ordres fracassants du commissaire. Puis survient l’acte de trop, celui qui révèle tout : la gifle violente et le coup de pied assénés par le commissaire à son agresseur. Un geste inutile, mesquin, spectaculaire, qui ne rétablit rien mais confond autorité et brutalité. C’est ainsi que s’exerce un pouvoir dédaigneux, erratique et dépourvu de toute capacité de projection, contraint de recourir à la démonstration de force pour simplement s’affirmer.
Mépris, agitation tardive et tentation de prolongation
Loin d’être anecdotique, cet épisode met crûment à nu l’absence réelle de l’État et expose les failles structurelles d’un système de pouvoir prédateur et dépendant. À l’approche du 7 février 2026, les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) réalisent, avec stupeur et effroi, que leur mandat de servilité n’est pas éternel et que le temps de la basse besogne touche à sa fin.  Depuis plus d’un mois, les neuf truands et leur gouvernement, accompagnés de politiciens de tout poil, s’agitent frénétiquement. Obsédés par la préservation de leurs équilibres internes et de leurs privilèges, ils s’emploient avant tout à préserver les faveurs de leurs parrains étrangers. Ce faisant, ils repoussent toute rupture nécessaire avec la dépendance et l’humiliation imposées au pays. Chaque geste vise à séduire le regard de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, afin d’obtenir le feu vert pour poursuivre la gouvernance du chaos.
Les acteurs politiques recyclés, leaders autoproclamés et figures transitoires, anciens opposants reconvertis en gestionnaires zélés de la servitude, tournaient en dérision toute dynamique de libération nationale et feignaient de découvrir l’urgence sécuritaire, l’effondrement de l’État et l’asphyxie de la souveraineté nationale. Ces urgences, soudainement découvertes, sont exhibées comme excuse universelle, alors même qu’elles résultent de leur inaction, de leurs renoncements et de leurs calculs pour assurer leur survie, tandis qu’ils se pressaient dans les antichambres de l’international.
Aujourd’hui tous, sans exception prétendent détenir des solutions, mais oublient commodément que toute sortie de crise crédible repose d’abord sur l’organisation, la planification et une volonté politique réellement autonome.
Pendant ce temps, une minorité lucide tirait la sonnette d’alarme. Dès les premiers mois, elle dénonçait la dérive du CPT et formulait des propositions, face à un pouvoir qui n’a jamais voulu affronter les racines politiques, économiques et internationales du chaos, préférant en gérer les symptômes plutôt que d’en empêcher la reproduction. Ces voix critiques furent marginalisées, disqualifiées, accusées d’irresponsabilité, de radicalisme ou d’antipatriotisme, simplement pour avoir osé affirmer que cette transition était conçue pour durer dans le chaos. Aujourd’hui, le masque tombe, ce qui était qualifié de discours excessif apparaît désormais comme une lecture lucide du réel. Mais il est peut-être déjà trop tard pour les repentances de circonstance. Car l’histoire est rarement indulgente avec ceux qui se réveillent lorsque l’effondrement est déjà avéré. Le déchouquage du CPT n’était pas un slogan excessif, mais une nécessité politique.
À moins d’un sursaut collectif, les patriotes, les progressistes et toutes les forces réellement soucieuses du devenir national n’auront d’autre choix que de rompre avec les calculs frileux et les illusions institutionnelles. Ils devront alors rejoindre la population dans ce qu’elle seule sait encore faire quand l’État abdique, une insurrection politique consciente et planifiée. Car la seule issue désormais crédible passe par une rupture nette, fondée sur le renversement d’un pouvoir illégitime et l’organisation d’une insurrection politique consciente. Elle suppose aussi l’ouverture de véritables consultations nationales dans les dix départements et au sein de la diaspora, en vue de l’installation d’un gouvernement de salut public. À défaut, la transition continuera son œuvre essentielle, transformer l’État en spectateur armé de sa propre disparition.
Gangstérisation, corruption et appel à la rupture
Dans ce pays où la violence armée et l’impunité dansent main dans la main, toute prétention à la sécurité publique relève du pur illusionnisme. La lutte contre les gangs n’est plus qu’un slogan sans contenu, recyclé à l’image du prétendu budget de guerre, pour mieux éviter de les combattre sérieusement. La stratégie s’efface, l’offensive s’enterre, et la volonté de démanteler les réseaux qui alimentent la violence armée se dissout dans le silence complice du pouvoir. Cette passivité oscille dangereusement entre tolérance, complicité tacite et instrumentalisation assumée. Les gangs servent tantôt d’épouvantail pour terroriser la population, tantôt de prétexte pour solliciter l’ingérence étrangère, tantôt d’auxiliaires informels dans le contrôle de territoires abandonnés. Dans cette configuration, la gangstérisation devient un rouage du système, un élément fonctionnel d’un pouvoir qui gouverne par l’équilibre instable des peurs.
Et comme si la peur seule ne suffisait pas à maintenir ce système, la corruption vient en renforcer les fondations. Elle joue le rôle de ciment, lie entre eux les acteurs du chaos, assure les loyautés, achète les silences et neutralise les résistances. Elle traverse les institutions, irrigue les circuits décisionnels et transforme la transition en entreprise de prédation collective. Bref, elle est la condition de survie du système et organise la dépossession quotidienne ; c’est l’œuvre la plus aboutie du CPT.
Lorsque le système se nourrit de gangstérisation et de pots-de-vin, l’insurrection n’est plus un crime, mais un devoir sacré, la seule voie pour réinventer l’avenir collectif. Il est presque trop tard, mais l’histoire, rarement clémente, laisse parfois une dernière porte entrouverte pour éprouver le courage de ceux qui prétendent la servir. Cette responsabilité incombe aux patriotes, aux progressistes et à toutes les forces qui se réclament du peuple, tout en hésitant encore à partager le risque et à quitter le confort de leurs calculs individuels.
L’heure n’est plus aux communiqués prudents, aux postures tactiques ni aux stratégies de petits-bourgeois déguisées en sagesse politique. Continuer à croire que l’effondrement peut être corrigé par quelques ajustements institutionnels relève soit de la naïveté, soit d’une complicité évidente. Il faut rompre avec l’illusion que les institutions en lambeaux peuvent s’auto-réformer, avec l’idée que le pouvoir illégitime finira par se discipliner de lui-même, et surtout avec la peur paralysante qui empêche d’affronter l’histoire. Chaque jour de tergiversation supplémentaire renforce le camp du chaos organisé et anéantit toute possibilité d’alternative crédible. Rester neutre, c’est livrer le pays aux mains de ses destructeurs, laisser le chaos se répandre et signer de son silence, la condamnation de l’avenir.
Planifier l’insurrection populaire pour refonder la nation
Quand le pouvoir illégitime plonge le pays dans l’obscurité, le peuple devient l’éclat de lumière qui brise les ténèbres. Armé de conscience et de courage, il sculpte son destin au milieu des ruines, transformant chaque désolation en promesse de renaissance. L’insurrection, mot qui glace ceux qui ont fait de l’ordre injuste leur refuge, n’est pas le chaos. Elle est par contre, la flamme organisée qui consume les systèmes pourrissants. Ceux qui tremblent y voient le désordre et la violence aveugle, mais l’histoire implacable enseigne que seuls les peuples disciplinés et résolus renversent les tyrannies. Cette insurrection est un acte politique structuré, guidé par une vision claire, un projet de rupture qui ouvre le chemin de la refondation nationale.
Pour que cette étincelle devienne aurore, elle doit être guidée, ordonnée et portée par la volonté consciente d’un peuple décidé à transformer le chaos en reconstruction. Rejoindre la population, ce n’est pas l’instrumentaliser à la veille de l’effondrement, mais reconnaître qu’elle a toujours été le moteur de tout changement véritable. C’est organiser, planifier, coordonner, politiser la colère légitime au lieu de la laisser se dissiper ou être récupérée. Une insurrection sans organisation est une explosion ; une insurrection planifiée est un projet de pouvoir. Et c’est précisément ce passage de la révolte subie à la rupture assumée que redoutent ceux qui vivent de la dépendance et du chaos.
La rupture appelle un acte fondateur : renverser un pouvoir illégitime, né de l’injustice et de la servilité, puis ériger immédiatement sur ses ruines les fondations d’un État radicalement nouveau. Il s’impose donc l’urgence d’un véritable gouvernement de salut public, issu de larges consultations couvrant l’ensemble des dix départements et incluant les réseaux diasporiques haïtiens. Trop souvent sollicités comme simples bailleurs de fonds, ces derniers doivent enfin être reconnus comme haïtiennes, haïtiens à part entière. Il s’agit de rompre avec la confiscation oligarchique de la décision politique et de redonner au choix collectif sa centralité. De ces consultations devront émerger un président et un gouvernement dotés d’une certaine légitimité, condition minimale pour engager la refondation du pays, une nécessité vitale.
La crise haïtienne résulte d’un cycle de dépendance savamment entretenu. Dans ce contexte, le rapatriement effectif de la souveraineté nationale implique de reprendre le contrôle des décisions politiques, sécuritaires et économiques, aujourd’hui confisquées par la tutelle internationale et relayées par des élites locales. Cette reconquête est indissociable d’une lutte réelle contre la gangstérisation et la prédation économique, qui prospèrent précisément parce qu’elles servent au maintien du statu quo. Y mettre fin exige de rompre avec les complicités, de démanteler les réseaux et d’assumer pleinement le coût politique.
Un peuple ne peut demeurer éternellement à genoux sans qu’un jour il se relève. Quand la survie devient politique et la domesticité mode de gouvernement, l’insurrection de la conscience cesse d’être un choix, elle devient une exigence historique. Rapatrier la souveraineté, c’est arracher le pays aux mains qui le transforment en désastre rentable, c’est refuser de léguer aux générations futures un État fantôme et une nation enchaînée.
Il vient un moment où l’histoire ne tolère plus l’attente, où l’injustice accumulée devient le signal d’un soulèvement nécessaire et irréversible. L’heure n’est plus aux palabres ni aux tergiversations ; elle est au soulèvement populaire, à la reconquête de notre pouvoir de décider de notre destin. Aucun peuple n’a jamais été libéré par la patience ou la servilité. Citoyens ardents, rompez avec la peur ! Levez-vous, rassemblez-vous et transformez votre colère légitime en acte collectif. Que chaque geste de résistance consume l’injustice, que chaque voix portée affirme votre liberté, que chaque pas vers l’unité écrase la tutelle et impose votre droit de décider. La liberté se conquiert, ensemble!
Les peuples ne meurent jamais sous le joug des oppresseurs ; ils survivent aux chaînes et aux tortures. Ils ne disparaissent que lorsqu’ils éteignent la flamme de leur dignité, ferment les yeux sur leur propre lumière et abandonnent le feu sacré qui brûle en eux, capable de raviver l’histoire et de reconstruire la nation. 
Grand Pré, Quartier Morin, 10 janvier 2026 ​​
Hugue CÉLESTIN ​
Membre de : ​
- Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK)
- Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP)
