La criminalité se définit par le fait de violer les lois protégeant l’ordre public, la collectivité, les vies et les biens. Il se trouve qu’en Haïti ces lois sont violées par celles et ceux qui sont chargés de les faire respecter. Mais bizarrement dans une démarche de survie individuelle.
Comment comprendre cette réalité?
Historiquement l’Etat Haïtien n’a répondu depuis son indépendance qu’à une seule de ses définitions, excluant toutes les autres à savoir : L’ÉTAT c’est nous . Mais un “nou” créole. Dans cette acception l’Etat s’individualise pour devenir un singulier et égoïste “nou” au point que le servant se sert grassement en oubliant ceux qu’il avait l’obligation de servir . A l’instar du Roi lion, tolo primam partem quod nominor leo, je prends la première et la plus grosse part parce que je me nomme lion.
Par cette posture les autorités de l’Etat créent la frustration de “nous autres” citoyens qui allons continuellement chercher à renverser la table du festin. Malheureusement, pas pour un meilleur service ou une meilleure répartition mais pour détrôner les goinfres qui s’attablent et ce, par quelle que puisse être la façon pour provoquer la rotation et “nous” attribuer en retour ce rôle pernicieux. Dans la chute collective, s’il le faut, à même le parquet, que nous puissions être en mesure de ramasser des miettes, même saupoudrées de salissure ; il est un exploit, tout au moins, même dans un éclat de seconde flairer ou goûter ce qui nous a fait saliver de loin, le temps d’être évincés ou de s’étirer pour garder une banale illusion d’avoir été tout proche du but . Peu importe que nous soyons ingénieur ou un des artisans du chaos, d’un ordre social, rêvé d’être sans relief où nous sommes tous dans la merde, faute de mieux pour tous.
Dans cette bataille il ne nous faut pas voir seulement la survie , mais une survivance égalitaire dans le paradis ou dans le miasme. Dans cet espace, pas de pitié ni d’empathie, il faut de la ruse, du cran, de la poigne, du cœur et des coudes pour donner et encaisser des coups jusqu’à la suffocation ou l’inanition de nous tous . Exemple parfait d’un Port-au-Prince à genoux et en lambeaux.
Les plus éloignés de la table garnie sont les plus agressifs pour exiger le renversement de l’ordre, pour critiquer le mauvais arrangement des convives et injurier les VIPs aux premières loges surtout reconnues pour leur gourmandise. Cette réalité qui va provoquer le mouvement de bascule de derrière vers l’avant ne peut construire aucune paix, aucune société et la suite on le connaît puisqu’on la vit au quotidien chez nous. Il n’y a pas meilleure explication pour comprendre ce qui a pu nous emmener dans ce chaos depuis l’assassinat du Président Jovenel Moise.
Bref ! C’est comme une barrière verrouillée derrière laquelle se massent des gens en attente d’ouverture pour une distribution. A 98% le risque que cela se termine par le pillage est constant . Ce n’est pas parce que les gens ne sont pas civilisés mais c’est la probabilité qu’il y ait trop de demande pour la maigre offre avec en plus des goinfres aux premières loges frustrant même ceux qui étaient censés les protéger au point de livrer la barrière pour se fondre dans le décor et , comme tout le monde, ramasser sans trier ni état d’âme des parts de ration et étant armés, les policiers et attachés vont jouer aux cow-boys .
Le cas typique de la Police Nationale d’Haïti jouissant du mouvement de bascule pays lock, fantôme 509 en parade, assassinat du très controversé Président et jusqu’à présent nous sommes à terre au gré des gens armés à mordre la poussière avec elle pour survivre.
Une fois de plus dans l’histoire des forces haïtiennes de sécurité publique, cette dernière s’excelle dans une unité parfaite sur la résolution de piller le pays sans crier gare. Cette PNH encagoulée, vêtue d’arc-en-ciel d’uniformes de toute provenance , montée dans des véhicules non immatriculés, vitres banalisés tant avec des logos d’institutions que de banals véhicules à traction motorisée, avec des agents (papas) de tout grade et de toute binette (dreadlocks, piercing, gueule fardée, talon “kikit” ), dont certains exhibent fièrement sur leur poitrine les décorations de certaines puissances étrangères, cette PNH avec zéro responsabilité tant par action que par abstention n’arrive et n’arrivera pas à se démarquer de l’improvisation de la survie.
Les dirigeants politiques, post 1986 en délogeant l’armée de goinfres et faiseuse de coups d’état à la carte pour la remplacer par une police dont la devise reste un banal slogan: protéger et servir, n’ont pas pris toute la mesure du malheur créé au pays . Ces jeunes de classes terminales, universitaires en s’enrôlant à la PNH n’étaient nullement pas dans la démarche de sauver un pays, mais plutôt de chercher une passerelle d’opportunité pour survivre en attendant qu’ils parachèvent leurs parcours universitaires et trouvent mieux ailleurs . Parce qu’ils sont sortis de la gueule de la dictature affamés et dénudés. Avec le mouvement de bascule expliqué plus haut nous pouvons comprendre sereinement comment nos frontières, ports et aéroports, nos quartiers sont livrés par ceux et celles chargés de les surveiller (agents de douanes, fonctionnaires des Ministères impliqués, la Police… etc.)
Par nécessité de sauvetage individuel la PNH s’est éclatée en multiples morceaux : des galonnés qui jouent au bon enfant pour être dans la bonne grâce des politiciens et des ambassades les plus puissantes, des placés contre frais auprès du négoce, ceux qui, une fois visas obtenus, abandonnent silencieusement leurs postes mais continuent de toucher leurs soldes, ceux en cavale qui pour se protéger font corps avec les anciens attachés sous le label de gangs qui leur est actuellement accolé , et les passifs peureux qui n’agissent pas attendant grades, privilèges et se cachent derrière des discours religieux ou désespérants.
Donc, par réflexe de survie la PNH se fait loup dans la bergerie entrainant tous “nous autres” citoyens à chercher ou à espérer une survie par une occupation étrangère, qu’on a plus d’une fois expérimentée comme abêtissante et ruinante. Mais tout le monde se leurre dans l’espoir qu’une autre force viendra au moins contraindre la PNH à ne plus trafiquer des armes et munitions saisies, ni démolir ou laisser démolir ses commissariats et à ne plus livrer ses centres pénitentiaires et à répondre à l’appel quand sollicitation l’oblige et que ses agents ne contournent plus les ordres pour voler, piller, et gaspiller la vie et les biens de ceux dont ils ont la responsabilité de protéger .
Ainsi, les Juges, commissaires, Avocats, greffiers, huissiers comprendront qu’ils ne peuvent plus, pour la survie , eux-mêmes continuer à s’octroyer leurs petits lots de policiers pour déposséder d’autres citoyens de leurs biens ou gaspiller leur vie dans des chambres de commissariats malfamés sous mandats illégaux détruisant ainsi les deux grands piliers d’un Etat libre : Sa force de sécurité et sa justice .
Daniel JEAN
Avocat, libre penseur
daniel_jean50@yahoo.frère
