La cinquième réunion de la Table Sectorielle sur la Sécurité (TSS) s’est tenue ce jeudi 12 février 2026, autour du thème : « Évaluation des avancées des Forces de sécurité et la mise en place de la Force de Répression des Gangs (FRG) ». Cette rencontre a réuni des responsables sécuritaires, des représentants internationaux, des organisations de défense des droits humains ainsi que des figures de la société civile, dans un contexte marqué par la persistance de la crise sécuritaire.
Selon les responsables de la TSS, cette réunion s’inscrit dans la continuité des travaux initiés par le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH-H). En effet, le 2 septembre 2025, l’institution avait présenté les actes de la première série de réunions et conférences de la TSS, organisées entre décembre 2024 et juillet 2025, visant à formuler des recommandations concrètes pour faire face à l’insécurité.
Depuis lors, plusieurs évolutions majeures ont marqué le paysage sécuritaire. Le 20 août 2025, l’Organisation des États Américains (OEA) a adopté une feuille de route pour la stabilité et la paix en Haïti, dont le premier pilier stratégique repose sur la stabilisation de la sécurité. Quelques semaines plus tard, le Conseil de sécurité des Nations unies a transformé la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Force de Répression des Gangs (FRG), lui conférant un mandat robuste. En janvier 2026, le mandat du BINUH a été renouvelé avec un rôle élargi dans la coordination des questions sécuritaires.
La PNH entre progrès opérationnels et limites structurelles
Intervenant au nom de la Police nationale d’Haïti (PNH), l’inspecteur général en chef, Frédéric Leconte, a mis en avant plusieurs avancées enregistrées ces derniers mois. Il a notamment indiqué qu’une meilleure synergie a été établie entre le haut commandement et les unités déployées sur le terrain, y compris la task force et les Forces armées d’Haïti (FAD’H).
Il a également souligné l’acquisition de nouveaux équipements, l’augmentation des effectifs dans le cadre du programme P4.000, l’intensification des opérations policières ainsi que la récupération de certaines zones et infrastructures stratégiques. Selon lui, la PNH adopte désormais une posture plus offensive, tout en renforçant la police frontalière et les capacités opérationnelles dans les départements.
Toutefois, le constat demeure nuancé. L’inspecteur général en chef a reconnu que la PNH ne peut, à elle seule, venir à bout d’une criminalité alimentée par des facteurs multiples. Il a surtout insisté sur l’absence d’une véritable politique publique de sécurité et d’une stratégie globale clairement définie par les autorités étatiques.
FRG : un mandat robuste sous surveillance des droits humains
La mise en place de la Force de Répression des Gangs a occupé une place centrale dans les discussions. Représentant le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), Sébastien Comlan Hounhouedo a présenté les étapes franchies depuis l’adoption de la résolution 2793 du Conseil de sécurité.
Il a expliqué que la FRG devrait compter environ 5 500 membres, policiers et militaires confondus, et disposer de la capacité de mener des opérations autonomes basées sur le renseignement. La force opérera sous l’autorité d’un représentant spécial, avec l’appui logistique des Nations unies.
Sur la question des droits humains, le représentant du HCDH a rappelé que des garanties strictes sont intégrées au dispositif. Il a précisé que l’approche repose sur deux axes principaux, la prévention, incluant la sélection du personnel, la formation et l’intégration des droits humains dans la planification des opérations, et la recevabilité, qui prévoit des enquêtes, l’établissement des responsabilités et des sanctions en cas de violations.
Les FAD’H en appui, malgré des moyens limités
Du côté des Forces armées d’Haïti, le colonel Florexil Edwin a rappelé que l’institution accompagne la PNH sur le terrain, notamment dans le cadre de la task force, tout en fournissant un appui matériel. Cette collaboration a permis, selon lui, de reprendre et de consolider certaines zones stratégiques, dont Kenscoff.
Il a toutefois reconnu que les FAD’H sont encore en phase de remobilisation et fonctionnent dans des conditions non optimales. Actuellement fortes d’environ 2 000 membres, elles projettent d’atteindre un effectif de 3 000 dans les prochains mois.
Des obstacles persistants, une réflexion à poursuivre
Les échanges avec la société civile, notamment avec le cinéaste Arnold Antonin, ont permis de mettre en lumière plusieurs obstacles structurels. Les participants ont évoqué l’effondrement du système sécuritaire depuis plusieurs décennies, les luttes politiques, l’absence de vision stratégique de l’État et les tentatives de contrôle des institutions de sécurité comme autant de facteurs freinant les avancées.
Ces constats serviront de base à la réflexion en vue de la prochaine conférence de la TSS prévue en mars, avec l’objectif affiché de dépasser les diagnostics répétitifs pour aller vers des choix stratégiques assumés, capables d’ouvrir la voie à une sortie durable de la crise sécuritaire en Haïti.
