Le conseiller-président Smith Augustin prend ses distances avec toute tentative visant à démettre le coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT) de ses fonctions. Il renonce également à tout engagement dans la lutte contre le chef du gouvernement et certains membres de la communauté internationale.
Le Conseil présidentiel de transition s’achemine vers la fin de son mandat dans la plus grande crise interne jamais enregistrée depuis son intronisation en avril 2024. Trois blocs distincts se dessinent au sein de cette structure, alors que les membres du CPT avaient juré de mettre de côté leurs clivages politiques au bénéfice du peuple haïtien.
À la suite de l’annonce de la révocation des visas de certains conseillers-présidents par les États-Unis, de profondes divisions sont apparues au sein du bloc des cinq membres du Conseil présidentiel. Le conseiller Smith Augustin, dans une correspondance adressée à ses collègues, explique les raisons de son opposition à la démarche visant la destitution du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr.
« Dans le prolongement des recommandations issues des échanges menés avec plusieurs acteurs nationaux dans le cadre du dialogue politique initié le dimanche 18 janvier 2026, nous avons envisagé le renvoi du Premier ministre, M. Alix Didier Fils-Aimé. J’ai adhéré à cette initiative, convaincu que nos prérogatives présidentielles nous en donnaient la latitude et estimant qu’une telle décision pouvait faciliter la transition institutionnelle à compter du 7 février 2026. J’ai agi de bonne foi et en toute responsabilité », avance-t-il dans la lettre.
Soulignant cependant qu’il constate que cette décision a profondément divisé le Conseil et contribué à l’aggravation de la crise politique, ainsi qu’à la création de tensions avec certains partenaires internationaux, notamment le gouvernement des États-Unis, qui a exprimé de manière claire et inhabituelle son soutien au Premier ministre.
« J’observe aujourd’hui que vous privilégiez la destitution du collègue Saint-Cyr de sa fonction de coordonnateur, dans l’objectif de désigner un nouveau coordonnateur chargé de transmettre au journal officiel de la République la résolution relative au renvoi du Premier ministre. Avec tout le respect qui vous est dû, je me permets d’exprimer mon opposition à cette orientation », a lancé M. Augustin.
Le représentant de RED/Compromis historique estime qu’il est difficilement soutenable, sur le plan juridique, qu’une résolution non publiée puisse produire l’effet d’abroger une résolution antérieure dûment publiée, notamment celle fixant la durée et la répartition de la coordination de la présidence tournante. Quand bien même certains estiment cette démarche juridiquement fondée, il n’existe manifestement aucune unanimité sur sa légalité.
« Si cette procédure devait être engagée sans l’adhésion du coordonnateur concerné, quelles en seraient les conséquences concrètes ? En cas de refus persistant de transmission au journal officiel, faudrait-il envisager des révocations successives : de la secrétaire générale, pourtant nommée par arrêté présidentiel publié, puis éventuellement du directeur général des Presses nationales, lui-même désigné en Conseil des ministres ? Une telle logique ne risquerait-elle pas d’ouvrir une spirale institutionnelle incontrôlable, à quelques jours seulement de la fin de notre mission ? », s’interroge-t-il sur les démarches à entreprendre pour faire publier la résolution limogeant le Premier ministre.
M. Augustin informe qu’il s’abstiendra, jusqu’au 7 février 2026, de prendre part à tout processus décisionnel de nature à boycotter le président du CPT, Laurent Saint-Cyr, et le chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, invitant ses collègues à faire preuve de davantage de retenue, de rigueur institutionnelle, de sens de l’État et de dépassement.
Sheelove Semexant
