Le 7 février 1986, nous voilà repartis pour une phase de ce qu’un confrère avait appelé « une transition qui ne finit pas ». Des années plus tard, après des épisodes sanglants, des massacres insoutenables, sans oublier d’interminables combines politiques, le pays est plus que jamais exsangue.
Ce samedi 7 février, après des semaines de tractations et de manœuvres politiques plus ou moins maladroites — et dommageables —, une certaine continuité s’installe. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, appuyé par la communauté internationale, émerge comme le grand gagnant d’un pugilat politique dont nous avons le funeste secret.
Fort du soutien de la puissance américaine et de celui du président du Conseil de transition, le chef du gouvernement reconduit a la lourde responsabilité de terminer, enfin, la transition vers un nouveau pouvoir élu. À entendre les discours du 7 février, on pourrait se laisser tenter de croire à un nouveau départ. Mais nous avons tellement pris rendez-vous avec le malheur que nous demandons à voir — et surtout, nous souhaitons le meilleur à un peuple qui rêve encore d’habiter un espace sécurisé.
Il faudra au nouveau gouvernement le courage d’instituer un vrai dialogue, et non les habituelles parties de poker menteur. Car, depuis quelques heures, le Premier ministre vit un moment de puissance et de dangereuse solitude. Il lui faudra réunir la « famille » haïtienne et renoncer à la tentation de la vengeance, qui le conduirait sur le chemin fatal de la répression politique.
Le nouvel homme fort a une chance à saisir s’il parvient à se dépouiller de l’ego pathologique de nos dirigeants et de la carapace émotionnelle qui fait tourner la tête des puissants. Comme il l’a affirmé dans son adresse à la nation, nous lui souhaitons de devenir un chef rassembleur : ferme face à l’insécurité, et empathique envers les souffrances d’un peuple revendicatif.
Roody Edmé
