Après 1986, la scène politique a été occupée quand même par des acteurs de bon niveau sur lesquels pesaient très peu des soupçons de collusion avec la délinquance. La corruption semblait concerner surtout la famille Duvalier et son entourage. De l’extrême gauche à l’extrême droite – ces concepts avaient encore un sens à l’époque – on avait affaire à des personnalités intéressantes, nonobstant leur couleur politique.
À la faveur des turpitudes qui ont conduit à l’élection de Jean Bertrand Aristide jusqu’au coup d’État du 30 septembre 1991, la faune politique a commencé à pourrir, dans la poursuite folle et illusoire du pouvoir et de la richesse. Avec le chaos qui s’en est suivi, chaos que la présence des Nations unies n’a fait que nourrir jusqu’à ce qu’il explose. Bien sûr il y a aussi cette gouvernance nulle, cette gouvernance prétexte aux pires ripailles qui a favorisé la délinquance qui s’est installée dans toutes les allées de la société.
Aujourd’hui, la scène politique est d’une navrante fadeur. Des anciens candidats qui reviennent à la charge après avoir gardé prudemment le silence pendant que des pans de la capitale et du territoire tombaient entre les mains des gangs. Prudence, on ne sait pas pourquoi. Comment rester muet alors que des bandes criminelles sèment le chaos sur notre territoire, incendiant, détruisant, terrorisant, enlevant, tuant, et ensuite oser demander l’appui de la population ? Il y a de l’absurdité et du délire dans de tels projets, de telles attitudes.
Parmi les jeunes, le panorama n’est pas rose. Cette jeunesse avec les exemples partout d’enrichissement illicite est pourrie avec des abolotcho. Ces jeunes au pouvoir peuvent être plus pressés, plus affamés que leurs prédécesseurs. On en a pour preuves plusieurs jeunes techniciens revenus au pays après des études à l’étranger et qui sont venus donner plus de jus au système.
Tout ceci pour dire que les prochaines élections sont plus que problématiques, non seulement pour leurs organisations – les ripailleurs au pouvoir ne conçoivent pas une seconde de céder leur place- mais aussi par les résultats qui seront concoctés par les délinquants à cravate du pays et l’international. Si on laisse le peuple voter librement, ce sera la table rase. Le bulldozer passera pour ramasser toutes les ordures et les jeter à la poubelle.
Gary Victor
