Comment vivent les Haïtiens arrivés ces dernières années au Chili ? Comment s’y adaptent-ils au quotidien ? C’est ce quotidien, tragique et touchant à la fois, que donne à voir le dernier film d’Arnold Antonin, sorti en salles le samedi 21 février 2026.
À la faveur d’une manifestation culturelle de grande envergure, organisée par l’Université de Santiago du Chili en l’honneur de la culture haïtienne, le cinéaste en a profité pour « capturer » l’événement et de nous faire partager, pendant une heure et quinze minutes, la vie de nos compatriotes : leurs espérances, leurs désillusions.
À travers les confidences d’un jeune danseur et sociologue, d’un restaurateur, d’un ancien travailleur du fer de Noailles, d’un animateur vedette de la télévision chilienne et de marchands de rue, le film déroule sous nos yeux des aspects vivants, et ô combien profonds, de la communauté haïtienne au Chili. Une véritable saga faite de luttes quotidiennes, de résilience pour supporter le choc culturel, de petits succès, mais aussi de moments intenses de solidarité entre certains Chiliens et Haïtiens. Histoires de couples mixtes, d’enfants métis incarnant la rencontre entre deux communautés, deux cultures, et qui viendront enrichir la diversité démographique de ce pays andin.
Cette production tient en haleine du début à la fin. C’est une invitation à entrer dans les trajectoires, les espoirs et les épreuves de nos compatriotes en quête d’une vie meilleure. Poussés à l’exil par l’insécurité et la piètre gouvernance de ces dernières années, ils revendiquent leur identité haïtienne et aspirent, pour la plupart, à un retour au pays natal.
Avec son long métrage, Antonin nous interpelle sur l’ampleur du désastre haïtien à l’origine de ces vagues migratoires qui ne cessent de s’amplifier. Mais c’est aussi un beau film, vibrant de musique, de chants et de danses du terroir haïtien, partagés avec le public chilien venu découvrir cette grande exposition organisée par l’université.
Arnold Antonin nous laisse ainsi un témoignage à la fois bouleversant et magistral de l’itinérance de nos compatriotes sur les routes des Amériques. Entre choc et rencontre, c’est, au fond, une histoire des Amériques — une histoire de départs forcés, de dignité préservée et de liens qui se tissent malgré la distance.
Ce documentaire ne se contente pas de rapporter : il oblige à regarder en face ce qui pousse tant d’Haïtiens à partir, et l’urgence de rendre le pays à nouveau vivable. Car tant qu’un début de mise en œuvre — des mesures engagées, même fragiles — n’existera pas, les routes de l’exil resteront ouvertes, avec leur cortège de séparations. Mais en attendant, au milieu des ruptures, la culture, la mémoire et la solidarité tiennent lieu de boussole : Antonin filme des vies déplacées, mais jamais effacées.
Roody Edmé
