Le carnaval, un dividende de paix en Haïti, tel est un sujet apparemment polémique mais sensé. D'entrée de jeu, le carnaval comme champ de théâtre (Mirville, 1980) sert de catharsis au peuple haïtien qui manifeste ses pulsions les plus agressives aussi bien que des expressions de convivialité .C'est une occasion de se libérer et de maintenir l'espoir et la confiance. C'est aussi une opportunité à saisir en termes de cohésion sociale tout en déployant des efforts pour combler des déficits dans le maintien d'ordre et de la sécurité. Le défilé d'une foule mosaïque réunit toutes les couches et classes sociales est un témoignage de cohésion des diversités dans la paix. Le carnaval peut être un dividende de paix comme soupape de sécurité tout en contribuant à renforcer la cohésion sociale. Les revendications populaires s'expriment par ce canal. L'inversion des rôles dans cet univers théâtral et la tolérance favorisent la détente et la convivialité et désamorcent les tensions sociales. Il tient lieu de moment de réconciliation et favorise l'unité sociale, soit une trêve quand des interdits sont transgressés de manière contrôlée.
Apparemment, le carnaval se présente comme un champ de guerre en se basant des statistiques sur le nombre de décès avancés. N'est-il pas du ressort de la sécurité publique de prévenir et de contenir le débordement des violences atroces. Le carnaval de 2017 n'a enregistré aucun décès dans un contexte de vives tensions politiques et de polarisation. C’est une leçon des bonnes pratiques à s'approprier et à accoupler avec des campagnes d'éducation civique et de culture de paix préalable à cet évènement.
On se rappelle des scènes de « fair plair » entre carnavaliers qui s'affrontent et se balancent dans des épreuves de judo connues sous le titre de « gagann ». « Po bisuit » appelé plus tard « papa défaut », un personnage légendaire qui a su promouvoir cette scène qui renseigne sur des relations de détente à être capitalisées. Le groupe Racines « Kanpèch » a immortalisé ce personnage dans sa meringue intitulée « Papa défaut ». L'éducation et la sensibilisation sur la promotion de la paix servent d'intrant à garantir une ambiance de solidarité et de réjouissances.
Il a été rapporté dans les statistiques du Centre psychiatrique Mars and Klein à Port-au-Prince qu'après des festivités carnavalesques, le taux de malades mentaux se réduit considérablement.
Le Carnaval tient lieu d'apaisement face à une société de frustrations et aussi un canal pour libérer des énergies agressives des uns ou des autres. On s'imagine les pulsions qui sont issues de foules importantes sont canalisées à bon escient. On pourrait transposer le point de vue de Jennifer Hart et autres(2013) sur la prédisposition à l'agressivité chez les jeunes enfants. Ainsi, on a avancé ce qui suit:" le manque de préparation des enfants à des situations difficiles et des épreuves qui pourraient causer un refoulement de pulsions agressives et rendent vulnérables ces catégories d'enfants et de jeunes".
L'équilibre psychologique de l'individu est une garantie de bien être mental pour s'assurer de la production et de la créativité de la population. Les masques et les interdits sont tombés au carnaval et ce qui constitue des élans susceptibles à supporter des conduites de collaboration et d'ouverture à l'autre. De plus en plus, les loisirs tendent à être un service sélectif, restrictif à la grande majorité de la population. Peu importe, le caractère instrumental donné au carnaval par les politiciens, il demeure un espace de liberté et un vecteur de paix. Bien souvent,le refoulement des pulsions de mort n'est pas un gain pour le bon fonctionnement d'une société. C'est cette fonction de libération que joue le bref moment du carnaval qu'on devrait exploiter pour promouvoir une culture de paix dans un contexte d'enlisement. L'exercice du carnaval est raté depuis quelques 7 années et a coïncidé avec ce long règne de gangs armés principalement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince (2018-2025).Il y a lieu de récupérer les expériences de créativité et les expressions de convivialité du carnaval et les transformer en dividende de paix. Le carnaval peut être supporté par une industrie rentable et créative à garantir des emplois divers et préparer des talents dans la musique, le théâtre, la danse, l'artisanat, la peinture, la construction, le marketing, le commerce, la sécurité et le secourisme, le tourisme, la restauration etc.
Nous clôturons cet article par des notes de la meringue carnavalesque du groupe DP Express et Ti Manno intitulée « Biberon » (1981). Ce, pour sensibiliser la foule sur la promotion de la paix: « an avanse san gade dèyè.Men dan lamen fratènèlman. Je vous en prie, soyez gentils, pran plezi nou tèt kale san goumen jiskaske bann nan rantre ».
Hancy Pierre
Repères bibliographiques
-Ernst MIRVILLE(1980), Considérations ethnopsychanalytiques sur le carnaval haïtien,Collection Coucouille,Imp.Fardin,Port-au-Prince.
-Hancy PIERRE(2019),"Le carnaval haïtien,entre aliénation et libération politique"in Le Nouvelliste du 28 février 2019.
-Jennifer L.HART,M.D.Michelle,T. Tanneck (2013) , "combats ludiques et jouets de guerre chez les jeunes enfants",University of Nevada,Las Vegas,Etats Unis in https://www.enfant. encyclopedie.com consulté le 29 décembre 2025
