La qualification d’un pays à une Coupe du monde de football dépasse largement le simple exploit sportif. Dans de nombreuses nations, cet instant historique devient un puissant moteur de transformation sociale, économique et culturelle. La ferveur populaire qu’elle suscite ouvre souvent la voie à un nouvel élan national, où passion, fierté et unité stimulent le développement du sport dans toutes ses dimensions.
La fièvre de la qualification
Si la qualification replace Haïti sur la scène internationale et brise l’élan d’humiliation ainsi que la menace de disparition savamment entretenue, elle se noie malheureusement chez nous dans l’imbroglio politique et notre volonté chronique de division.
Le gouvernement, tout comme certains acteurs du sport, semble s’être contenté de la fièvre de la qualification, sans véritable vision structurelle. Certes, les félicitations officielles et les messages d’encouragement abondent. Récemment encore, l’exécutif annonçait la distribution de télévisions et de panneaux solaires à travers les sections communales. Si ces actions peuvent paraître utiles pour permettre aux fans, notamment en milieu rural, de vivre l’événement, elles traduisent surtout un rejet du développement durable du sport. Des millions vont être jetés, pardon pas jetés, relâchés dans l’économie pour des finalités essentiellement politico-conjoncturelles.
Du côté du Ministère de la Jeunesse des Sports et de l’Action Civique, c’est le black-out total. Aucune décision structurante n’a été prise pour redorer un paysage sportif en souffrance. Peut-être le ministère attend-il simplement le bon moment pour décaisser une somme comme les 100 millions de gourdes précipitamment deboursés après la qualification au mondial U-17 — et point final. En attendant, le championnat national est ignoré, tout comme les compétitions de jeunes. Pas d’argent, pas de discours flamboyants.
La fièvre des fans
Lorsqu’un pays décroche son ticket pour la Coupe du monde, c’est toute une nation qui vibre à l’unisson. Cette fièvre collective crée un sentiment d’appartenance unique. Lors du dernier match qualificatif, la population haïtienne — au pays comme dans la diaspora — était en liesse. Les réseaux sociaux se sont enflammés, les vues et les abonnés ont dépassé des records d’antan. Les citoyens se sont sentis représentés, visibles, respectés sur la scène internationale.
Mais cette ferveur génère aussi des tensions que les artisans de la division exploitent avec habileté. Une vidéo générée par intelligence artificielle a ainsi circulé en boucle, montrant le prodige Carlens Arcus annonçant l’arrivée de l’équipe nationale en Haïti le 7 février : un coup politique qui a provoqué de vives réactions.
Le plus pernicieux reste toutefois l’épisode du fameux maillot vèvè. Ce maillot imaginaire, présenté comme l’expression d’un accaparement vodouisant de la qualification au détriment des chrétiens, a déclenché non pas une simple brise, mais un véritable typhon sur l’unité nationale. Il a attisé un conflit culturel autour d’une valeur pourtant universelle : le sport. Car le sport fait partie des universaux culturels ; il s’ancre dans nos valeurs intrinsèques tout en transcendant les clivages.
Cette séquence pourrait bien être un test — conscient ou non — de responsables sportifs désireux d’affirmer une tendance religieuse. Or, toute introduction de valeurs non partagées dans l’espace sportif constitue un puissant vecteur de conflit et de rejet.
Le renouveau du sport haïtien
Un impact direct sur l’investissement sportif
L’expérience de nombreux pays montre qu’une qualification au mondial incite gouvernements et entreprises à investir davantage dans le sport. On observe généralement :
- la rénovation de stades ;
- la construction de terrains communautaires ;
- la création d’académies de formation ;
- l’augmentation des budgets pour le sport scolaire.
L’enthousiasme populaire pousse les décideurs à agir, conscients que le sport peut unir la nation, dynamiser l’économie et nourrir l’espoir d’une jeunesse en quête d’opportunités.
Le mondial : un levier pour la jeunesse
Dans les pays qualifiés, les jeunes retrouvent des modèles positifs. Voir des compatriotes entrain d'évoluer au plus haut niveau prouve qu’une réussite sportive est possible. Cela encourage la discipline, l’effort, la persévérance et la quête de l’excellence.
Des milliers de jeunes se tournent alors vers le football et d’autres disciplines, élargissant ainsi le vivier national de talents.
Des retombées économiques et médiatiques durables
La visibilité mondiale qu’offre la Coupe du monde attire sponsors, investisseurs et médias. De nouveaux partenariats émergent, les clubs locaux gagnent en reconnaissance, et le pays devient une destination d’intérêt pour les observateurs sportifs internationaux.
Cela génère des emplois, développe l’industrie du sport et renforce la place du pays sur la scène internationale.
L’exemple inspirant du Sénégal
Le Sénégal a qualifié pour la première fois de son histoire la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud et au Japon, et a atteint les quarts de finale, éliminant même la France championne du monde en titre au match d’ouverture. (Wikipédia). Cette performance a consolidé la place du football dans la société sénégalaise, accru l’attention des médias et encouragé davantage d’investissements dans les structures footballistiques du pays. La qualification a inspiré toute une génération de jeunes footballeurs qui aujourd’hui évoluent dans les grandes divisions européennes.
La qualification d’un pays à une Coupe du monde de football est un moment historique capable de transformer bien plus que le destin d’une équipe : elle peut changer celui de tout un peuple. Tandis que les regards sont braqués sur le 7 février, j’invite les artisans du sport à se mobiliser pour le renouveau du sport.
Que cet élan devienne le point de départ d’un avenir sportif fort, structuré et porteur d’espoir pour toutes les générations haïtiennes.
Mathieu Roosevelt
Master 1 à l’université Grenoble Alpes et licencié
à Sorbonne en FLES.
Certifié en sport et cohésion sociale
Tél : 34 49 19 06
