Kay Jèn Yo : Bernard Richardson revient sur les ateliers de langue des signes
Kay Jèn Yo, espace d’animation socioculturelle, situé Carrefour, Mahotière 79, clôturé sa première cohorte d’ateliers de langue des signes, le 1er août dernier. À travers cette initiative, l’institution entend promouvoir la culture sourde et contribuer à la construction d’une communauté inclusive.
Durant plus de huit mois, les participants ont été initiés aux bases de la langue des signes ainsi qu’à certains aspects de la culture sourde.
Pour Bernard Richardson, animateur principal de ces ateliers, cette expérience représente bien plus qu’un simple apprentissage: elle constitue une démarche en faveur de la communication, de la participation et de l’inclusion.
Bernard Richardson: Une passion devenue un engagement
Formateur et interprète en langue des signes américaine (ASL), Bernard Richardson étudie également le service social à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haïti (UEH).
Sa passion pour la langue des signes est née en 2020, après avoir assisté à l’interprétation d’un sermon dans une église. Fasciné par les gestes, les mouvements et les expressions de l’interprète, il décide alors de s’engager dans cette voie.
Après avoir fréquenté plusieurs centres de formation et bénéficié de l’accompagnement de différents formateurs, dont Joanis Sinaud, Jean Richard Dorismé et James Pierre, l'animateur a progressivement développé ses compétences avant de commencer, à son tour, à transmettre ses connaissances.
Il a déjà animé plusieurs ateliers, notamment à Fontamara, à Carrefour, à Babiole, ainsi que dans le département du Nord, particulièrement au Cap-Haïtien et à Limonade.
"La langue des signes m’a permis de découvrir un autre monde, d’approcher et de comprendre la vie sous un autre angle : écouter avec les yeux et parler avec les mains", témoigne-t-il.
Former pour promouvoir
L’objectif principal des ateliers de langue des signes organisés à Kay Jèn Yo est d’initier les participants à la langue des signes et à la culture sourde.
Selon l'animateur, les participants sont également appelés à devenir des ambassadeurs au sein de leur communauté.
"L’idée n’est pas seulement qu’ils apprennent à signer, mais qu’ils deviennent également des promoteurs de l’inclusion ", souligne Bernard Richardson.
À l’issue de cette première cohorte, le bilan dressé par l'animateur est positif. Il insiste particulièrement sur la qualité de l’apprentissage, la motivation des participants ainsi que leur volonté de poursuivre leur formation.
"C’était une belle expérience, le genre qui vous donne envie de continuer", dit-il.
Bernard Richardson dit également avoir été marqué par la patience, l’engagement et la détermination manifestés par les participants tout au long du processus.
La langue des signes comme pont entre les personnes
Pour l'animateur, la langue des signes constitue un outil essentiel pour favoriser l’inclusion au sein de la communauté. Il identifie trois dimensions importantes : la communication, la participation et le changement de regard sur la surdité.
D’abord, l’apprentissage de la langue des signes permet de réduire les barrières de communication entre les personnes sourdes et entendantes. Il favorise ensuite une participation plus active des personnes sourdes dans les espaces familiaux, scolaires, professionnels et communautaires. Enfin, il contribue à faire évoluer la perception de la société sur la surdité et la communauté sourde.
"L’inclusion ne signifie pas simplement être présent quelque part, mais pouvoir comprendre, s’exprimer, participer et être entendu", rappelle Bernard Richardson.
Pour lui, apprendre la langue des signes ne doit donc pas être considéré comme une activité réservée aux personnes sourdes. Il s’agit d’un engagement collectif susceptible de créer davantage d’espaces de participation et de compréhension mutuelle.
"La langue des signes devient ainsi un pont entre les personnes plutôt qu’une barrière entre elles", estime-t-il.
Un appel à découvrir la culture sourde
À l’occasion de la clôture de cette première cohorte, Bernard Richardson invite la communauté à s’intéresser davantage à la langue des signes et à la culture sourde.
Selon lui, cette langue représente non seulement un vecteur de communication, mais également un outil de cohésion sociale.
"On ne peut pas bâtir une communauté forte sur l’exclusion. Si nous voulons une communauté où la participation de tous compte réellement, nous devons apprendre à communiquer avec chacun ", affirme-t-il.
À travers cette première expérience, Kay Jèn Yo ouvre ainsi une voie vers une meilleure compréhension de la communauté sourde et vers la promotion d’une société où chaque personne peut pleinement participer.
La clôture de cette cohorte ne marque donc pas une fin, mais plutôt le début d’une dynamique que les participants et les responsables espèrent voir se poursuivre au sein de la communauté.
Godson Moulite
