La repentance ne concerne ni la contrition ni le renoncement, mais le retour au bon sens, équivalent au réveil de la conscience endormie ou engourdie.
Retrouver le bon sens, par extension revenir à la vie, est non seulement le sens étymologique de repentance" (du latin "repentere"), mais également l'acception dans laquelle ce mot est pris dans le chapitre 2 de la deuxième Lettre à Timothée. Là, se repentir est associé avec "revenir au bon sens" et "connaître la vérité".
Le non-repenti est comme perdu, comme mort. Il est désigné "d'homme naturel" ou de "vieil homme" par certains auteurs bibliques. À l'opposé, ils parlent "d'homme spirituel" ou "d'homme nouveau" pour le repenti ou le converti. Les deux vocables sont interchangeables.
Dans plusieurs littératures religieuses, y compris dans les écrits bibliques, cette inconscience est considérée comme l'état ordinaire de la majorité ("la foule", "la multitude"). Selon les auteurs de ces textes, l'homme est comme un mort ayant la possibilité de revenir à la vie. Dans ce contexte, le sommeil ou la mort est spirituel et fait référence à un état de conscience réduit.
L'inconscience est le péché mortel. Le mot « péché » est la traduction du latin peccatum, qui signifie faute. Il est lui-même la traduction du grec biblique hamartia, qui signifie déficience ou erreur. Le mot péché est à son tour la transcription du mot hébraïque hatta’t, qu'il faudrait traduire au plus juste par l'expression « manquer la cible ». Voir la page 248 du livre Socrate, Jésus, Bouddha, par Frédéric Lenoir.
La notion de péché évoque traditionnellement la désobéissance de préceptes reçus d'en-haut à travers des médiateurs. Toutefois, selon Osho, "l'inconscience ou l'oubli de soi constitue le péché originel". Selon l'auteur du Livre de la Genèse, relayant des enseignements antérieurs, la vocation de l'homo sapiens est de croître spirituellement, de faire fructifier son potentiel, de vivre en plénitude et de maîtriser les éléments. Cette mission est ainsi formulée : "Croissez, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la". Or, pratiquement, le commun des mortels naît, vit et meurt dans l'inconscience. La plupart des adultes grandissent à peine en conscience.
Le mot anglais "sin", qui traduit "péché", est très significatif ; non pas dans le sens traditionnel de transgression, non pas selon les dictionnaires, souvent influencés par les religions, mais selon la racine étymologique du mot. "Sin" signifie simplement manquement ou oubli. Le péché n'est pas une action ou un comportement pour lequel on doit être racheté ou pour lequel on peut être damné pour l'éternité. Il s'agit plutôt d'un état caractérisé par l'absence d'esprit ou le déficit de conscience. Être présent d'esprit, vivre en pleine conscience est la seule vertu. Rester dans l'inconscience est le seul vice ou le seul péché."
L'homme accablé par l'inconscience ou le sommeil spirituel est comme captif, possédé. Le niveau d'inconscience varie selon les individus et les circonstances, mais le fruit est constant, à savoir l'inexistence ou la mort spirituelle, l'ignorance, l'impotence ou la stérilité, l'incohérence, l'impuissance, l'intransparence ou le mensonge, comme illustré dans les quelques passages suivants :
"Tu as la réputation d'être vivant, mais tu es mort."
"Mon peuple périt faute de connaissance."
"Les hommes ne sont qu’un souffle, ils ne sont que mensonge. S’ils montaient sur une balance, tous ensemble ils seraient plus légers qu’un souffle."
"... Nous avons conçu, nous avons éprouvé des douleurs et, quand nous enfantons, ce n'est que du vent..."
"Je ne fais pas le bien que je veux, je fais le mal que je ne veux pas."
Voir respectivement chapitre 3 du Livre de l'Apocalypse, chapitre 4 du Livre d'Osée, Psaumes 62, chapitre 26 du Livre d'Ésaïe, chapitre 7 de l'Épître aux Romains.
Le pécheur n'a pas la conscience d'être, il ne se connaît pas lui-même, il n'est pas maître de lui-même. Il n'agit pas délibérément et en connaissance de cause. Il est le jouet des événements. L'inconscience dans laquelle baigne le genre humain explique des expressions du langage courant telles que "je ne sais pas ce qui m'a pris", "j'ai fait ça malgré moi", "c'était plus fort que moi"... Autrement dit, à ces moments, l'homme était absent. Un tel homme n'est pas digne de confiance.
"Malheur à l'homme qui se confie en l'homme."
Voir chapitre 17 du Livre de Jérémie.
Dans l'inconscience, l'homme a des yeux, mais il ne voit pas ; il a des oreilles, mais il n'entend pas ; il a des pieds, mais il ne marche pas ; il opère en mort-vivant. C'est là l'objet des interventions miraculeuses du Jésus biblique : "Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les morts ressuscitent, les captifs sont libérés". À cette liste on pourrait ajouter "les stériles conçoivent et enfantent". Tout ceci symbolise le rétablissement des fonctions sensorielles et motrices, caractérisant le réveil spirituel. Effectivement, échapper à la mort spirituelle ("être sauvé du péché") relève du miracle. Le commun des mortels semble condamné à vivre dans l'inconscience abjecte. Même s'il a des sursauts d'éveil, ils durent rarement. Pour certains, il est comparable à un somnambule. D'autres l'assimilent à un drogué ; la nature de son sommeil est hypnotique.
Malheureusement, l'un des plus grands écueils du littéralisme biblique est de prendre les mots "mort" et "mourir" exclusivement dans le sens de "décédé". Or, généralement, "être mort" c'est être spirituellement endormi ; et "mourir", c'est se métamorphoser ou se transformer, à l'image du grain semé en terre qui se développe en arbre fructifiant, ou de la chrysalide qui se transforme en papillon.
Selon les auteurs des Livres respectivement attribués à l'Écclesiaste au chapitre 9 et à Job au chapitre 14, les décédés ne reviennent pas à la vie.
"... Les morts ne savent rien. Ils n’ont plus rien à gagner, ils sombrent dans l’oubli. Et leur amour, et leur haine, et leur envie, ont déjà péri; et ils n’auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil."
"Un arbre, du moins, conserve une espérance : S’il est coupé, il peut renaître encore... Mais lorsque l’homme meurt, il reste inanimé... Comme l’eau disparaît des mers, comme les rivières tarissent et restent desséchées, l’homme, quand il meurt, ne se relève plus..."
Ainsi, toutes les histoires de résurrection dans la Bible symbolisent le réveil spirituel. Dans les versions bibliques modernes, comme la Nouvelle Traduction et la Bible de Chouraqui, "résurrection" et "ressusciter" sont remplacés par réveil et se réveiller. Même l'expression "se lever" est souvent traduite par se réveiller.
Au moins une fois, dans les évangiles respectivement attribués à Matthieu au chapitre 8 et à Luc au chapitre 9, le mot "mort" prend les deux sens ici évoqués, en l'occurrence ensommeillé (absent) et décédé.
"Laissez les morts ensevelir leurs morts."
Celui qui se repent ou qui rentre dans son bon sens réalise que tout est à lui. Il se retourne sur lui-même pour en prendre jouissance. Tel est le message de la parabole du fils perdu dans l'évangile attribué à Luc au chapitre 15.
"... Étant rentré en lui-même, il dit: Combien d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim! Je me lèverai, j’irai vers mon père...
Il se leva (se réveilla), et alla vers son père...
Le père dit à ses serviteurs: Apportez vite la plus belle robe, et revêtez-le; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé..."
Celui qui se repent ou qui rentre dans son bon sens réalise que tout est en lui.
"Repentez-vous. Le royaume est proche...", dit Jésus, selon l'auteur de l'évangile attribué à Matthieu au chapitre 3. Le royaume est si proche qu'il est "au-dedans de vous". C'est ce qui ressort de ce passage tiré de l'évangile attribué Luc au chapitre 17 dans la Bible Louis Segond, version À la Colombe.
"Le royaume de Elohim ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point: 'Il est ici' ou 'Il est là'. Car voici, le royaume de Elohim est au-dedans de vous."
La même idée est reprise dans l'évangile attribué à Thomas au logion 3.
"Si ceux qui vous guident vous disent : 'Voici, le royaume est dans le ciel', alors les oiseaux du ciel vous devanceront.
S’ils vous disent : le royaume est dans la mer, alors les poissons vous précéderont.
Mais le royaume est au-dedans de vous et il est au-dehors de vous."
L'intériorité s'étend à tous les grands thèmes bibliques.
"Élohim le père est au-dessus de tous, parmi tous et en tous."
"La parole n’est pas dans le ciel, pour que tu dises: 'Qui montera pour nous au ciel et ira nous le chercher'? 'Qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique'? Il n’est pas de l’autre côté de la mer, pour que tu dises: 'Qui passera pour nous de l’autre côté de la mer et ira nous le chercher?' 'Qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique?' Au contraire, la parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur ..."
"Le messie (du grec christ) est en vous... Il est tout en tous..."
"Vous êtes le temple de Élohim... Son esprit habite en vous."
En somme, le fruit de la repentance ("le fruit de l'esprit") est la vie intérieure, la pleine conscience ou la présence à la vie , la présence à soi-même ou la connaissance de soi, habilitant la maîtrise de soi. Toutefois, selon l'auteur de la première Épître de Jean au chapitre 3, l'amour (don inconditionnel, indépendant, inclusif, impersonnel, invariable et infini de soi) est la preuve ultime de repentance.
"Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce nous aimons le prochain. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort."
Paul Jérémie
