L’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) a organisé, ce vendredi 27 février 2026, dans ses locaux, une journée portes ouvertes à l’occasion de ses 25 ans d’existence. L’événement a débuté par une messe d’action de grâce, au cours de laquelle un appel solennel a été lancé à la solidarité nationale et à l’engagement pour le développement durable, afin que chaque Haïtien contribue au bien commun.
Dans son allocution, le directeur général de l’UCREF, Michelin Justable, a souligné que cette initiative se voulait un moment de dialogue, de pédagogie et de rapprochement entre l’institution et les acteurs impliqués dans la lutte contre les crimes financiers. Il a rappelé que cette célébration revêt une dimension symbolique particulière, puisqu’elle s’inscrit dans le cadre des 25 années d’engagement de l’UCREF au service de l’intégrité du système financier haïtien et de la protection de l’économie nationale.
Créée par la loi du 21 février 2001, l’UCREF a posé les bases de la lutte contre le blanchiment des avoirs, le trafic de stupéfiants et d’autres infractions graves. L’effectivité de l’institution en 2004 a marqué une étape décisive, dotant le pays d’un organe spécialisé dans la production de renseignements financiers et la détection des flux illicites.
Au fil des années, son mandat s’est élargi pour répondre aux nouvelles menaces et aux exigences internationales : intégration de la lutte contre le financement du terrorisme en 2013, requalification du blanchiment des capitaux en crime par la loi du 28 septembre 2016, et inclusion du financement de la prolifération des armes de destruction massive par le décret du 30 avril 2023. Ces évolutions traduisent la volonté d’Haïti de s’aligner sur les standards du Groupe d’action financière (GAFI).
La mission de l’UCREF demeure claire : recevoir, analyser et traiter les déclarations et informations pertinentes afin de produire un renseignement stratégique destiné aux autorités compétentes dans la prévention et la répression des infractions financières. Mais cette mission dépasse le cadre technique, elle vise à promouvoir la transparence, renforcer la confiance dans les institutions et contribuer à la bonne gouvernance.
De surcroît, le directeur général Michelin Justable a rappelé que la criminalité financière fragilise l’État, alimente la corruption, perturbe l’économie légitime et compromet les perspectives de développement. Selon lui, l’évaluation mutuelle de 2019 avait d’ailleurs mis en lumière des insuffisances dans le dispositif national, entraînant l’inscription d’Haïti sur une liste internationale, un défi majeur mais aussi une opportunité de réforme.
Avec ses partenaires institutionnels, l’UCREF poursuit ses efforts pour améliorer la coordination interinstitutionnelle, renforcer ses capacités et répondre aux recommandations formulées. La journée porte ouverte visait ainsi à sensibiliser les parties prenantes aux enjeux liés au blanchiment des capitaux, au financement du terrorisme et à la prolifération des armes de destruction massive.
Parallèlement, Jean Fallières Bazelais, directeur général du ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) et président du Comité national de lutte contre le blanchiment des avoirs (CNLBA), a salué l’initiative et félicité les organisateurs. Il a rappelé que la criminalité financière nourrit le trafic de drogue, la traite des êtres humains et la corruption, minant profondément la sécurité nationale. Selon lui, le MJSP s’engage à renforcer les mécanismes juridiques fondamentaux, la responsabilité et la solidarité citoyenne.
De l’autre côté, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, a pour sa part affirmé que ces 25 ans représentent autant d’années de lutte et de sensibilisation sur des enjeux cruciaux. Il a salué le travail remarquable de l’UCREF, qui contribue à protéger l’intégrité du système financier haïtien, à renforcer la gouvernance publique et à soutenir les autorités de contrôle telles que la BRH, l’ULCC et la Cour des comptes.
In fine, un protocole d’accord a été signé entre l’UCREF et l’Office national d’identification (ONI). Ce partenariat permettra à l’UCREF d’accéder directement aux données de l’ONI, réduisant considérablement les délais de recherche d’informations sur des individus. Un processus qui prenait auparavant plus de 48 heures pourra désormais être réalisé instantanément.
Likenton Joseph
