Port-au-Prince, le 04 février 2026 – La problématique de l’eau potable en Haïti atteint un seuil critique, menaçant directement la santé publique et la sécurité nationale. Entre pollution systémique des ressources hydriques et faillite de la régulation étatique, l’organisation Ecovert-Haiti exprime ses vives préoccupations et dénonce l’échec manifeste du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) dans sa mission de protection des consommateurs.
Un constat alarmant de pollution généralisée
En l’absence de politiques d’évaluation environnementale et de protection des zones de recharge, les ressources hydriques du pays, des sources jusqu’aux nappes phréatiques, subissent une contamination massive. La dégradation des bassins versants par les pratiques agricoles non régulées, les constructions anarchiques et l’absence de systèmes d’assainissement adéquats (latrines et fosses septiques non étanches) favorisent l’infiltration de matières fécales et de résidus chimiques dans les nappes souterraines.
À cette crise sanitaire s’ajoute une catastrophe écologique : le développement incontrôlé des industries d’eau en sachet et en bidon depuis les années 2000. Sans encadrement ni recyclage, ce secteur est devenu le principal responsable de la pollution plastique qui obstrue aujourd’hui nos rues, nos égouts et nos littoraux, aggravant les risques d’inondations et de maladies hydriques.
L’échec de la régulation et des services publics
Ecovert-Haiti souligne l’incapacité chronique de la DINEPA à desservir une population de plus de 12 millions de citoyens. Ce vide institutionnel a laissé le champ libre à un secteur privé informel et à des entreprises de production dont la technologie est souvent insuffisante pour garantir la potabilité de l’eau.
Dans la zone métropolitaine, la DINEPA ne couvre que 20 % des besoins en eau potable, obligeant les ménages et même les plus hautes sphères de l’État, dont le Palais National (Villa d’Accueil) à s’approvisionner via des camions-citernes. Ces derniers prélèvent une eau saumâtre, non contrôlée, parfois contaminée par des résidus chimiques tels que les acides de batteries.
L’inaction du MCI : un « mea culpa » tardif et peu crédible
Ecovert-Haiti s’étonne des récentes déclarations du Ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazar, dénonçant la consommation d’eau contaminée. Comment expliquer que les deux institutions sous sa tutelle, la Direction du Contrôle de Qualité (DCQ) et le Bureau Haïtien de Normalisation (BHN) – soient restées inactives pendant plus de 20 ans ?
« La Direction du Contrôle de Qualité vient-elle de naître en 2025 ou 2026 ? », s’interroge Ecovert-Haiti. Depuis 2023, l’organisation travaille volontairement aux côtés du MCI et du MDE au sein de la Commission Assainissement et Environnement du BHN pour l’adoption de normes nationales. Malheureusement, ces normes restent confinées dans des tiroirs, alors que le marché haïtien est devenu une véritable savane où circulent sans contrôle des produits alimentaires, constructions cosmétiques et pharmaceutiques périlleux.
Les recommandations d’Ecovert-Haiti
Face à ce danger de santé publique et à cette menace écologique, Ecovert-Haiti préconise :
1. L’application immédiate des normes adoptées par le BHN et la mise en œuvre effective des protocoles de régulation, afin de sortir de l’inertie administrative.
2. Une politique rigoureuse d’aménagement du territoire, visant à protéger les zones de recharge et les nappes phréatiques contre la contamination fécale et chimique.
3. Le renforcement du contrôle technique des entreprises de traitement d’eau et des camions-citernes, avec des inspections régulières et des sanctions en cas de non-conformité.
4. Une transition vers une gestion restauratrice des écosystèmes aquatiques, à l’échelle nationale, incluant les villes de province où la situation est tout aussi alarmante.
5. La reconnaissance de l’eau potable comme un droit fondamental, nécessitant une gouvernance transparente, participative et durable.
Un appel à la responsabilité et à l’action
Haïti ne peut plus se contenter de dirigeants qui dénoncent sans agir. La population exige des responsables qui prévoient, protègent et mettent en œuvre des solutions durables. L’eau potable est un bien vital, et son accès universel doit devenir une priorité nationale.
Ensemble pour un environnement et une population en santé.
Anel Dorlean
Écologiste et Ingénieur en Développement
Coordonnateur de Recherche – Ecocert-Haiti
ecoverthaiti02@gmail.com
