À travers sa candidature aux élections municipales françaises, Nelson Belizaire illustre l’engagement politique d’une partie de la diaspora haïtienne en Europe. Entre un parcours personnel marqué par l’histoire récente d’Haïti et un ancrage local affirmé à Douai, il entend porter un projet municipal fondé sur le rassemblement, la cohésion sociale et le développement économique.
Né à Jacmel, en Haïti, Nelson Belizaire s’est installé en France au début des années 2010. Depuis 2011, il vit à Douai, dans le nord du pays, où il s’est progressivement engagé dans la vie associative, économique et politique locale. À 40 ans, cet entrepreneur et fonctionnaire territorial, qui revendique pleinement sa double appartenance franco-haïtienne, est aujourd’hui candidat aux élections municipales. Un parcours singulier, marqué par l’exil, l’engagement citoyen et la volonté affichée de participer à la gestion d’une ville qu’il dit avoir adoptée.
Arrivé à Douai en décembre 2011, Nelson Belizaire affirme avoir fait le choix de s’y installer durablement. « Douai m’a adopté, et moi aussi j’ai choisi d’adopter cette ville », explique-t-il. Marié puis divorcé, père de deux enfants aujourd’hui scolarisés dans la commune, il y a également développé une activité professionnelle et associative. « J’aurais pu vivre ailleurs, mais j’ai décidé de rester ici. Toute ma vie est désormais à Douai », précise-t-il.
Né et élevé en Haïti, Nelson Belizaire a grandi dans un pays profondément marqué par l’après-dictature de Jean-Claude Duvalier, une période d’instabilité politique, de violences et de fragilités sociales. « J’ai grandi dans un contexte difficile, avec des disparitions, des blessures familiales et sociales. Ce sont des expériences qui forgent une conscience et un regard sur le monde », confie-t-il.
Scolarisé à Jacmel, à l’école Exina-Gilles, puis au lycée Pinchinat, il s’engage très tôt dans la vie associative et développe un intérêt marqué pour les questions politiques et citoyennes. Il cite notamment l’influence de figures comme Leslie François Manigat, Nelson Mandela ou Martin Luther King, qui ont nourri sa réflexion sur l’engagement public et la responsabilité collective.
Son identité haïtienne, il la revendique comme un élément structurant de son parcours. « Être Haïtien, c’est porter une histoire de luttes, de résilience et de dignité », estime-t-il, soulignant l’importance du sens du collectif et de la transmission.
Après ses études secondaires, Nelson Belizaire entre au séminaire, au sein d’une communauté religieuse reconnue pour son exigence intellectuelle. Très jeune, il devient directeur de deux établissements scolaires aux Gonaïves, une expérience qu’il considère déterminante. « Cette période m’a appris la rigueur, l’écoute et le sens des responsabilités », explique-t-il.
Installé ensuite en France, il fait le choix de ne pas poursuivre la voie religieuse et se réoriente vers des formations techniques et environnementales. Il obtient un BTS en horticulture, puis une licence en protection de l’environnement, avec une spécialisation en gestion des déchets. Son objectif initial était de retourner en Haïti afin d’y développer un projet écologique. « Je voulais contribuer, à ma manière, à une amélioration concrète des conditions de vie dans mon pays », indique-t-il.
Face aux difficultés économiques et sécuritaires persistantes en Haïti, ce projet ne se concrétise pas. Il intègre alors la fonction publique territoriale française, où il exerce toujours aujourd’hui. Parallèlement, il s’engage dans l’armée française en tant que militaire de la réserve opérationnelle, au sein du 40ᵉ régiment d’artillerie, évoquant un besoin de discipline, de formation civique et de service à la collectivité.
En parallèle de son parcours professionnel, Nelson Belizaire se lance dans l’entrepreneuriat. Il est aujourd’hui propriétaire d’un magasin de fleurs, en cohérence avec sa formation initiale, et annonce l’ouverture prochaine d’un second établissement à Paris. « Créer une entreprise, c’est aussi participer à la vie économique locale », souligne-t-il.
Son engagement associatif est également marqué. Il fonde Génération Noire de France, une association visant à créer du lien entre différentes communautés noires et à porter des projets citoyens. À Douai, il préside l’association Douai Demain, qui se veut un espace de réflexion et de propositions autour des enjeux locaux. « Il ne suffit pas d’aimer une ville, il faut aussi s’y investir », affirme-t-il.
Sur le plan politique, Nelson Belizaire s’est engagé en 2016 au sein du mouvement En Marche, devenu Renaissance, aux côtés du président Emmanuel Macron. Pour les élections municipales, il se présente toutefois comme un candidat sans étiquette partisane, revendiquant une démarche citoyenne et transpartisane. « Ma liste n’est ni de gauche ni de droite. Elle est ouverte à toutes celles et ceux qui considèrent qu’il est temps de proposer une autre vision pour Douai », explique-t-il. Il porte un regard critique sur la municipalité sortante, dirigée depuis plus d’une décennie par une majorité socialiste, estimant que la ville a perdu en attractivité et en cohésion sociale, une analyse qui alimente le débat local à l’approche du scrutin.
Parmi les axes centraux de son projet figurent la sécurité, la jeunesse, l’attractivité économique et la cohésion sociale. Il plaide pour un renforcement des moyens de la police municipale, tout en soulignant que « la sécurité ne peut être dissociée du lien social ». La jeunesse occupe une place importante dans sa réflexion. « Une ville universitaire ne peut pas être une ville qui s’éteint le soir », estime-t-il, évoquant le développement d’équipements sportifs, culturels et de lieux de vie adaptés. Les personnes âgées constituent également un axe prioritaire, avec une attention portée au maintien de l’autonomie et à la transmission intergénérationnelle.
Se définissant comme un « écologiste libéral », Nelson Belizaire défend une approche pragmatique de l’écologie. Il souhaite concilier protection de l’environnement et développement économique, tout en regrettant l’absence, selon lui, d’une vision écologique de long terme à l’échelle municipale.
Conscient des difficultés, Nelson Belizaire reconnaît que la tâche est complexe. « Réparer une ville après plusieurs années de difficultés est un défi important », admet-il. Sa candidature est suivie avec attention, tant au niveau local qu’au sein d’une partie de la diaspora haïtienne, pour qui elle illustre une forme d’engagement civique et institutionnel dans le pays d’accueil. À quelques mois du scrutin, il poursuit sa campagne de terrain, convaincu que « l’engagement citoyen et le dialogue » peuvent constituer les leviers d’un renouveau local. Il résume ainsi l’esprit de sa démarche : « Je veux mettre l’humain au cœur de ma politique communale. Réparer Douai et, à terme, transformer la ville en un pôle d’innovation et d’attractivité économique, une “Silicon Valley du Nord” à l’échelle du territoire. »
Emerson Vilbrun
Journaliste – écrivain
Massachusetts, 27 décembre 2025
