Cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 dans sa résidence privée située à Pèlerin 5, à Pétion-Ville, l’ancienne Première dame Martine Moïse, dans un message enregistré, est revenue sur cette tragédie nationale. Dans un mesage marqué par l’émotion et la dénonciation, elle a évoqué les circonstances du drame, défendu l’héritage politique du défunt et renouvelé son appel à la justice pour sa famille ainsi que pour le peuple haïtien.
À l’occasion des cinq ans de la disparition tragique de Jovenel Moïse, Martine Moïse s’est adressée aux Haïtiens vivant dans le pays et dans la diaspora. Dans son allocution, elle a revisité les événements qui ont marqué cette nuit du 6 au 7 juillet 2021, lorsque des hommes armés ont attaqué la résidence privée du président de la République à Pèlerin 5.
Selon ses déclarations, un groupe de mercenaires colombiens aurait pénétré dans la résidence présidentielle, provoquant la mort du chef de l’État et la blessant elle-même par balles. Cinq ans après cette attaque, elle affirme continuer à vivre avec les conséquences physiques et morales de cette tragédie.
Pour l’ancienne Première dame, l’assassinat de Jovenel Moïse ne constitue pas seulement une épreuve familiale, mais représente également une blessure profonde pour l’ensemble de la nation haïtienne.
Le parcours politique de Jovenel Moïse au cœur du discours
Martine Moïse a consacré une partie importante de son discours au parcours politique de son époux, depuis son entrée dans la vie publique jusqu’à son accession à la présidence de la République.
Elle a affirmé que Jovenel Moïse aurait été confronté, dès le début de son parcours, à une opposition venant de certains secteurs politiques et économiques qui auraient cherché à empêcher son arrivée au pouvoir.
Revenant sur le processus électoral, elle a évoqué les contestations qui ont entouré l’élection présidentielle de 2015 ainsi que la reprise du scrutin en 2016. Elle a rappelé que Jovenel Moïse avait finalement remporté l’élection présidentielle du 20 novembre 2016 avant de prêter serment le 7 février 2017 comme 58e président de la République d’Haïti.
Selon elle, son accession au pouvoir n’aurait pas été un privilège accordé par ses adversaires, mais l’aboutissement d’un long combat politique.
Un bilan défendu par l’ancienne Première dame
Poursuivant son discours, Martine Moïse a mis en avant plusieurs actions qu’elle attribue au mandat présidentiel de Jovenel Moïse.
Elle a cité notamment des initiatives dans les domaines de l’éducation, de l’énergie, des infrastructures et de la santé. Selon elle, l’administration de Jovenel Moïse aurait permis la construction de plusieurs établissements scolaires et la rénovation de nombreux autres à travers le pays.
Elle a également évoqué la réhabilitation de centres de santé, particulièrement dans certaines régions éloignées, ainsi que la mise en place de projets destinés à améliorer l’accès aux services essentiels.
Dans le domaine énergétique, elle a mentionné la construction d’une centrale électrique de 60 mégawatts à Carrefour ainsi que des efforts visant à renforcer l’accès à l’électricité.
L’ancienne Première dame a aussi rappelé les programmes d’accompagnement destinés aux jeunes entrepreneurs, notamment à travers le Programme (PAPEJ), ainsi que les projets éducatifs destinés aux enfants issus de familles à faibles revenus.
Des accusations contre certains acteurs politiques et économiques
Dans la suite de son allocution, Martine Moïse a formulé de graves accusations contre certains acteurs économiques et politiques qu’elle considère comme opposés aux orientations prises par son époux.
Elle a affirmé que des secteurs influents auraient mené une campagne de dénigrement contre le président Jovenel Moïse et contre elle-même afin de fragiliser leur image auprès de la population.
Elle a également soutenu que certaines décisions prises par l’administration de son mari, notamment concernant des contrats publics et la gestion de ressources nationales, auraient provoqué des résistances.
Évoquant « l’Opération Bolivie », Martine Moïse a affirmé que des témoignages présentés devant une juridiction fédérale américaine auraient révélé l’existence d’un projet visant à renverser le pouvoir et à éliminer le couple présidentiel ainsi que certains membres de leur famille.
Ces déclarations s’inscrivent dans le cadre des accusations formulées par Martine Moïse et demeurent liées aux procédures judiciaires en cours concernant l’assassinat du président Jovenel Moïse.
Une situation nationale jugée préoccupante cinq ans après
Dans son discours, Martine Moïse a également dressé un tableau alarmant de la situation actuelle d’Haïti 60 mois après la disparition de son époux.
Elle a dénoncé la progression de la violence armée, l’insécurité généralisée, les violences sexuelles contre les femmes et les enfants ainsi que les déplacements massifs de populations contraintes de quitter leurs quartiers.
Selon elle, le pays traverse une crise profonde marquée par l’affaiblissement des institutions, la perte d’autorité de l’État et l’aggravation des difficultés économiques et sociales.
Elle a estimé que la disparition du président Jovenel Moïse avait ouvert une période de grande instabilité politique et institutionnelle.
Un appel à la justice et à la reconstruction nationale
Soixante mois après l’assassinat du Président Jovenel Moïse, l'ancienne première dame Martine Moïse, affirme que la quête de justice demeure au centre de son combat.
Elle a remercié le peuple haïtien et la diaspora pour leur soutien moral durant ces cinq années de douleur et a réitéré sa détermination à poursuivre les démarches judiciaires afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Dans un message d’espoir, elle a appelé les Haïtiens à continuer de défendre la dignité nationale, la démocratie et la souveraineté du pays.
« La justice est la condition pour reconstruire notre nation », a-t-elle déclaré, estimant que l’avenir d’Haïti dépend de la capacité du peuple à se rassembler autour des valeurs de vérité, de liberté et de responsabilité.
Modeline Youte
