À moins de deux semaines de l’échéance du 7 février 2026, l’incertitude demeure quant à l’avenir politique d’Haïti. Le conseiller présidentiel Leslie Voltaire a confirmé que le Conseil présidentiel de transition (CPT) quittera le pouvoir le 7 février 2026, comme prévu. Initialement investi pour une durée de deux ans, le CPT avait pour mission d’organiser une conférence nationale, organiser les élections présidentielles et relancer l’économie nationale ainsi que le référendum. Une mission qui, selon plusieurs observateurs, n’a pas atteint ses objectifs.
Malgré les nombreuses discussions engagées depuis plusieurs mois, aucune solution définitive n’a encore émergé quant à l’instance qui prendra le relais. Des dizaines d’organisations politiques et de figures influentes de la société civile tentent de proposer des alternatives viables, mais le consensus tarde à se concrétiser.
Parmi les voix qui s’élèvent, celle de l’homme politique Jonas Legerme plaide pour un nouveau compromis politique, porté par un large bloc unifié de la société civile et des secteurs politiques. Il propose la mise en place d’une nouvelle administration, composée de ministres compétents, afin de combler le vide institutionnel et stabiliser le pays. Son objectif principal est d’organiser des élections crédibles, en amorçant une réforme du système partisan pour freiner la prolifération des partis politiques, aujourd’hui estimés à près de 400.
Jonas Legerme membre du parti politique MORN évoque également la Cour de Cassation comme une solution transitoire légitime, capable d’assurer une gouvernance ordonnée en l’absence d’un accord politique clair.
À l’approche du 7 février, les défis s’accumulent. Le pays risque de plonger dans un vide institutionnel, accentué par l’échec du CPT à remplir ses engagements notamment la relance économique, référendum constitutionnel, dialogue national et élections générales.
Par ailleurs, le politologue Serge Pierre Louis, également président du parti Haïti Solidaire, partage ce constat. Selon lui, depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti vit dans une instabilité institutionnelle chronique. Il propose un modèle de gouvernance à deux têtes, un président issu de la Cour de Cassation et un Premier ministre pour succéder au CPT. Il estime que cette formule est la plus viable pour garantir une transition apaisée.
Concernant la désignation du futur chef du gouvernement, Serge Pierre Louis, expert en protocole de diplomatie, suggère l’implication de cinq secteurs clés à savoir les milieux protestant, vodou, universitaire, politique et de la société civile. Ces derniers devraient constituer un organe de contrôle chargé de choisir un Premier ministre. Il avance même les noms de cinq personnalités susceptibles de composer cet organe notamment Michel Soukar, Daniel Supplice, Pierre Antoine Louis, Junette Chérubin et Evans Paul. Ces personnalités devraient participer au choix d’un nouveau chef de la primature
En attendant la mise en place d’un nouveau gouvernement, le Premier ministre actuel, Alix Didier Fils-Aimé, devrait assurer la gestion des affaires courantes, selon Serge Pierre Louis.
En somme, si la Cour de Cassation est de plus en plus évoquée comme une option de sortie de crise, elle ne fait pas l’unanimité. Certains acteurs politiques y voient une solution légitime, tandis que d’autres s’y opposent, redoutant une concentration du pouvoir ou une remise en cause du processus démocratique. Le compte à rebours est lancé. Le 7 février marquera un tournant décisif pour l’avenir institutionnel d’Haïti.
Likenton Joseph
