L’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro, survenue le 3 janvier 2026 par les forces armées américaines, lorsqu’elles bombardaient plusieurs sites du nord du Venezuela, y compris la capitale Caracas financier significatif, a suscité de vives réactions sur la scène internationale. Accusé notamment de complicité dans un vaste réseau de trafic de drogue, le chef d’État sud-américain est désormais détenu par les autorités américaines. Face à cette situation, le politologue et économiste haïtien Joseph Arold Pierre appelle les autorités haïtiennes à adopter une position de neutralité stratégique sur cette affaire.
Dans une interview accordée au journal Le National, Joseph Arold Pierre analyse cette arrestation à travers le prisme des rapports de force géopolitiques. Il évoque le rôle prépondérant des États-Unis en tant que puissance hégémonique et « gendarme du monde », notamment dans le contexte de la crise politique vénézuélienne. Selon lui, l’intervention américaine s’inscrit dans la continuité de la doctrine Monroe, qui depuis le XIXe siècle, érige l’Amérique latine en zone d’influence exclusive des États-Unis.
Le politologue souligne également l’asymétrie des moyens militaires entre les grandes puissances, rappelant que le budget de défense américain avoisine les 1 000 milliards de dollars, contre environ 250 milliards pour la Chine et 100 milliards pour la Russie. Ce déséquilibre, selon lui, confère aux États-Unis une capacité d’intervention sans équivalent, souvent au détriment des mécanismes multilatéraux comme ceux des Nations Unies, qu’il juge dépourvus de moyens coercitifs efficaces.
Ce dernier estime que l’arrestation de Nicolás Maduro relève d’un jeu d’intérêts géopolitiques, dans lequel Washington chercherait à imposer un gouvernement de transition favorable à ses vues. Il rappelle que la doctrine Monroe, renforcée par le corollaire Roosevelt en 1904, autorise les États-Unis à intervenir dans tout pays latino-américain jugé instable ou menaçant pour l’ordre régional. Dans cette logique, l’arrestation de Maduro s’inscrirait dans une stratégie visant à maintenir le Venezuela dans l’orbite américaine.
Face à cette dynamique, le politologue recommande aux dirigeants haïtiens d’adopter une posture de neutralité stratégique. Il met en garde contre toute prise de position précipitée qui pourrait compromettre les intérêts nationaux d’Haïti, notamment ses relations historiques avec le Venezuela.
Selon lui, Haïti doit faire preuve d’intelligence géopolitique et éviter une lecture simpliste des événements. Il plaide pour l’élaboration d’une politique étrangère cohérente, fondée sur une compréhension fine des rapports de force internationaux et pilotée par des experts capables de naviguer entre les intérêts divergents des grandes puissances.
Dans un contexte où les États-Unis s’érigent en arbitre international, imposant leur propre conception de la justice et de l’ordre, Joseph Arold Pierre considère que la neutralité constitue une approche pragmatique pour un petit État comme Haïti. Cette hégémonie impose aux pays plus petits, comme Haïti, de naviguer prudemment. Le politologue suggère qu'Haïti devrait adopter une position de neutralité stratégique face aux tensions géopolitiques, notamment en raison de ses liens historiques avec le Venezuela tout en étant sous l'influence directe des États-Unis.
Selon le politologue haïtien, Joseph Arold Pierre, le Venezuela a joué un rôle de soutien unique pour Haïti, à travers une relation historique de bon voisinage et de solidarité, illustrée notamment par le fonds PetroCaribe. Le Venezuela est le seul pays, ou du moins l'un des rares, à avoir manifesté une réelle volonté de supporter Haïti par ce biais. Prendre position contre le Venezuela serait donc en contradiction avec ces intérêts historiques et financiers.
En définitive, le politologue appelle à une diplomatie haïtienne lucide et équilibrée, capable de défendre les intérêts du pays sans s’aliéner ses partenaires stratégiques. Une neutralité assumée, selon lui, garantirait à Haïti une marge de manœuvre indispensable dans un environnement international de plus en plus polarisé.
Likenton Joseph
