La crise humanitaire reste depuis des années une situation extrêmement difficile dans le pays. Durant toute l’année 2025, les conditions humanitaires des Haïtiens sont devenues quotidiennement plus chaotiques, avec des déplacements forcés de milliers de personnes dans plusieurs départements du pays, une situation qui a laissé plus de 3,5 millions de personnes dans un besoin urgent d’aide humanitaire.
En effet, l’année 2025 a débuté avec une augmentation significative du nombre de camps de déplacés internes, à la suite de la fuite de plusieurs milliers de personnes cherchant à échapper aux violences des groupes armés qui œuvraient dans plusieurs zones de la capitale, notamment à Solino, Nazon et Bas-Delmas, pour ne citer que celles-là. Ces personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers et se sont dispersées dans différents camps de déplacés, ce qui a entraîné une hausse alarmante du nombre de sites déjà existants.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en janvier 2025, 1 041 000 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, alors que celui-ci vivait dans un contexte de crise humanitaire croissante et de violence généralisée des gangs. L’organisation a affirmé que le nombre de personnes déplacées a ainsi triplé en un an. Dans la capitale, Port-au-Prince, les déplacements ont presque doublé, augmentant de 87 %. Parallèlement, 248 000 migrants ont été déportés en Haïti, dont beaucoup se trouvent dans des conditions de grande vulnérabilité.
Des groupes armés ont mené des attaques coordonnées dans le département du Centre, provoquant le déplacement de milliers de personnes rien qu’en février 42 538 personnes et portant le total des déplacés internes à plus d’un million, selon l’OIM.
En outre, en février 2025, la crise humanitaire en Haïti, surtout à Port-au-Prince, était extrêmement grave, caractérisée par une augmentation de la violence des caïds entraînant des déplacements massifs. Plus de 42 000 personnes ont été déplacées pour le seul mois de février. Les gangs ont attaqué des infrastructures vitales écoles, hôpitaux, tandis que les violences sexuelles se sont aggravées, avec un besoin urgent de nourriture, d’eau, de soins de santé et d’abris. Plus d’un million d’Haïtiens étaient déplacés.
Entre le 1er et le 31 mars 2025, la situation humanitaire en Haïti a continué de se dégrader, en lien avec l’intensification des violences armées, les déplacements internes, la reprise de la transmission du choléra, ainsi que les difficultés croissantes d’accès humanitaire.
Au mois d’avril, la situation humanitaire a été marquée par l’intensification de la violence dans les départements du Centre et de l’Artibonite, où plus de 67 000 personnes supplémentaires ont été déplacées par la violence, dans un contexte d’aggravation de l’insécurité alimentaire et d’accès limité aux services sociaux de base et éducatifs pour les enfants. Le département du Centre a enregistré à lui seul plus de 51 000 personnes nouvellement déplacées à la suite d’attaques menées par des groupes armés. Ces personnes ont été obligées de se réfugier dans des familles d’accueil et dans des sites de déplacés.
Dans le département de l’Artibonite, des attaques dans la commune de Petite-Rivière-de-l’Artibonite, dès le 28 avril, ont entraîné le déplacement de plus de 16 000 personnes. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de sites a presque doublé, passant de 119 en mars à 228 en avril, principalement à cause des déplacements provoqués par les attaques armées dans le département du Centre.
En novembre, des attaques de gangs ont déplacé environ 9 000 personnes dans les départements de l’Artibonite et de l’Ouest, accentuant la pression sur les sites surpeuplés et les communautés d’accueil.
Tout au long de l’année 2025, la crise humanitaire est restée critique en raison de l’escalade de la violence, provoquant le déplacement forcé des habitants dans divers départements du pays, notamment ceux de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre.
Ce n’est pas seulement le déplacement forcé qui a aggravé la crise humanitaire en Haïti. Il y a également les déportations massives de citoyens haïtiens, notamment en provenance de la République dominicaine, où ils subissent toutes sortes de mauvais traitements, en particulier les femmes enceintes et celles qui allaitent. Le pays voisin, qui avait annoncé un programme visant à rapatrier 10 000 Haïtiens par semaine, a expulsé 86 406 Haïtiens sans papiers au premier trimestre de 2025.
Plus loin, en novembre, près de 22 000 migrants ont été expulsés vers Haïti au cours de ce mois, en étroite coordination avec les autorités nationales et les partenaires locaux. Par ailleurs, la crise humanitaire a provoqué une insécurité alimentaire qui a continué à se détériorer. Environ 5,7 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë dans le pays.
L’ouragan Mélissa, qui a frappé le pays en octobre dernier, notamment le département du Sud, a aggravé la crise. Pour soutenir les personnes en difficulté, le gouvernement japonais a contribué à plus d’un million de dollars à travers le Programme alimentaire mondial afin de répondre aux besoins alimentaires urgents des populations touchées par le passage de l’ouragan Mélissa.
Pour une réponse large à l’ouragan Mélissa, en collaboration avec le gouvernement haïtien, le PAM a déjà atteint plus de 160 000 personnes affectées, combinant une assistance préventive, dont 3,5 millions d’alertes précoces, et une aide financière anticipée à près de 50 000 personnes afin de renforcer leur protection et celle de leurs biens.
Le gouvernement américain a également permis d’apporter une aide alimentaire d’urgence aux familles confrontées à une situation d’insécurité alimentaire en Haïti. Les États-Unis réaffirment leur engagement à travailler avec les partenaires de la région afin de soutenir les efforts de secours, renforcer la résilience et aider les communautés sur la voie du relèvement.
Yasmine Sanon
