L'année 2025 restera gravée dans la mémoire collective comme l’une des plus mouvementées sur le plan politique, avec une multitude de promesses des autorités responsables, des initiatives peu concluantes et presque aucun résultat concret.
L'actualité politique haïtienne a été marquée par des voyages des membres du Conseil présidentiel de transition, des promesses non tenues, des changements au sein de l'administration publique, du gouvernement, ainsi que par des membres du gouvernement indexés dans des rapports de corruption de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), tandis que les cinq grands chantiers préalablement définis dans l’accord du 3 avril 2024 restent mort-nés.
L’année 2025 a démarré avec la commémoration du 221e anniversaire de l’indépendance d’Haïti, sous la direction du représentant de Fanmi Lavalas, Leslie Voltaire, à la tête du Conseil présidentiel de transition. Lors de cette célébration, l’ex-coordonnateur du CPT avait fait savoir que l’année 2025 serait consacrée à la lutte contre les gangs armés afin de restaurer la sécurité et permettre la reprise des territoires perdus.
« Nous sommes en guerre. Cette année, nous poursuivons cette guerre contre les gangsters qui terrorisent la population », disait-il, indiquant que les responsables mettraient tout en œuvre pour éradiquer le banditisme et restaurer l’autorité de l’État. Cependant, les bandits ont passé l’année entière à déclarer la guerre au gouvernement et à terroriser les citoyens.
En quête d'une meilleure communication entre les représentants de l'État et la population, la Primature, la Présidence et le ministère de la Culture et de la Communication, sous l’impulsion du président du Conseil présidentiel de transition, Leslie Voltaire, ont inauguré, le 14 janvier 2025, les « Mardis de la Nation ». Une plateforme dédiée à la communication et à l’information sur les activités de l’Exécutif, en vue de renforcer les échanges entre les autorités gouvernementales et la population, tout en promouvant la transparence et l’engagement public.
Dans l’initiative d’une meilleure collaboration avec la communauté internationale, le président colombien Gustavo Petro a visité le pays le 22 janvier à Jacmel. À cette occasion, les chefs d’État des deux pays ont présidé un conseil des ministres binational et ont abordé la signature d’un protocole de coopération entre Haïti et la Colombie, couvrant les domaines du commerce, de l’éducation, de la sécurité et de l’assistance humanitaire.
Le 7 mars 2025, la période de gouvernance de Leslie Voltaire a pris fin dans le cadre de la présidence tournante. Le conseiller-président Fritz Alphonse Jean est devenu officiellement coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT). Le règne de M. Jean a été marqué par des luttes intestines ; il n’a présidé que trois conseils des ministres.
Néanmoins, le représentant de l’Accord de Montana a pu commémorer le premier anniversaire de l’Accord du 3 avril 2024. À cette occasion, Fritz Alphonse Jean a tenu un point de presse au cours duquel il a appelé la population à la vigilance et annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre l’insécurité.
Parallèlement, de nombreuses structures, dont le Bureau de suivi de l’Accord Montana (BSA), ont appelé à la démission immédiate du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement en place, qu’elles accusent de trahison envers l’Accord du 3 avril 2024. Elles demandent au CPT d’organiser une sortie ordonnée et d’engager des consultations pour établir une nouvelle gouvernance.
En dépit des nombreuses voix réclamant le départ du CPT et du gouvernement, les responsables se disent prêts à redresser la situation et à réaliser les élections et la conférence nationale, malgré des conditions sécuritaires incertaines. Le 20 mai, le Comité de pilotage de la Conférence nationale a soumis officiellement l’avant-projet de la nouvelle Constitution au Conseil présidentiel de transition (CPT) et au gouvernement.
Ce document a fait l’objet de nombreuses critiques et contestations. Le 9 octobre 2025, le Conseil des ministres a annulé sa décision du 24 juin 2024 portant sur l’organisation d’un référendum, ainsi que celle du 17 juillet 2024 relative à la mise en place de la « Conférence nationale », environ cinq jours après que le chargé d’affaires américain, Henry Wooster, eut exhorté les responsables à mettre en place la machine. Une décision qui contredit les promesses faites par l’équipe de transition depuis fin avril 2024.
À l’approche de l’échéance du mandat du CPT, de plus en plus de voix se sont prononcées en faveur de son départ. Toutefois, les propositions divergent. Une fois de plus, les éminentes personnalités de la CARICOM sont entrées en ligne de mire et ont entamé des discussions séparées avec les acteurs politiques et le pouvoir en place, dans le but de faciliter un consensus national sur la suite du processus de transition, à l’approche de la fin du mandat du CPT, prévue le 7 février 2026.
Ces revendications n’inquiètent guère le CPT, qui poursuit son mandat. Le 7 août 2025, Laurent Saint-Cyr a pris la présidence du Conseil présidentiel de transition (CPT) en remplacement de Fritz Alphonse Jean, dans un contexte de critiques croissantes. Dans son discours d’investiture, M. Saint-Cyr a promis de rétablir la sécurité et d’organiser des élections, malgré le non-respect de ces promesses par ses prédécesseurs depuis plus de quinze mois.
Au lendemain de son accession au pouvoir, il a évincé, lors de son premier Conseil des ministres, l’ancien directeur général de la Police nationale, Rameau Normil, en le remplaçant par André Jonas Vladimir Paraison.
Après l’annulation du référendum, le Conseil électoral provisoire (CEP) a transmis le projet de décret électoral au CPT le 30 octobre 2025. Dès lors, les autorités ont multiplié les discussions avec les partis politiques et les organisations. Le mardi 11 novembre 2025, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présidé, à la Primature, une importante rencontre avec l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux impliqués dans le processus électoral, en vue de renforcer la concertation et d’assurer une coordination efficace et harmonieuse entre toutes les parties prenantes.
Parallèlement, le gouvernement a lancé un programme de renforcement des capacités des partis politiques. À ce jour, plus de 225 formations politiques ont été régularisées auprès du ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP). Le CEP a, pour sa part, publié le projet de décret électoral.
Le 25 novembre, à la suite de l’annonce des sanctions américaines à l’encontre du conseiller-président Fritz Alphonse Jean, ce dernier a dénoncé, lors d’un point de presse, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, affirmant que celui-ci a failli dans les trois domaines cruciaux confiés par le CPT : la sécurité, la gouvernance et la préparation des élections.
Malgré les sanctions internationales et les différends au sein du gouvernement, les responsables se disent déterminés à organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques. Le 1er décembre, lors d’un Conseil des ministres, le projet de décret électoral a été examiné avec rigueur et adopté à l’unanimité.
À la suite de son adoption, le Conseil électoral provisoire (CEP), dans le cadre de sa mission, a procédé, le mardi 23 décembre 2025, à la publication du calendrier électoral et des préalables à la réalisation des élections dans le journal officiel Le Moniteur.
L’année 2025 se termine ainsi avec une multitude d’incertitudes. Sur le plan politique, des interrogations persistent quant au 7 février 2026. Les propositions sont nombreuses, mais aucune disposition claire n’a encore été portée à la connaissance du public.
Sheelove Semexant
