La possibilité de faire face à un tsunami dans le nord d’Haïti n’est pas une illusion. L’idée fait peur certes, mais il faut bien qu’on traite la question de façon à ce que ce phénomène ne reste plus dans l’ombre des connaissances des citoyens haïtiens. Que celui-ci soit vu tel qu’il est et non pas comme une punition divine afin de mieux se préparer.
Depuis 1963, les scientifiques ont cessé d’assimiler le terme tsunami à celui du raz de marée puisqu’ils n’expliquent pas dans tous les cas la même réalité.
Le raz de marée se réfère au phénomène de la montée extrêmement rapide du niveau de la mer, mais ne préjuge pas pour autant l’origine sismique du phénomène, car un ouragan peut bien également élever le niveau de la mer.
Le tsunami explique la même réalité, mais il s’agit dans la plupart des cas d’un phénomène induit du séisme et dans de rares cas de la chute d’une météorite, d’une éruption volcanique ou d’un glissement de terrain sous-marin (Slumping).
Est-il possible qu’un tsunami se produise sur les côtes d’Haïti ?
Il faut savoir qu’un séisme est une secousse brusque provenant de la libération d’énergie sous forme d’ondes (perturbation) sous l’effet d’une rupture due à un emmagasinement de contraintes. Cette libération d’énergie se fait au travers de failles tectoniques. Or, Haïti possède 2 grandes failles ; celle de la presqu’île du sud essentiellement sur la terre ferme, qui a une faible probabilité de produire un tsunami majeur, et celle du Nord (faille septentrionale) passant sous la mer entre l’île de la Tortue et Port de Paix qui a la capacité de produire un tsunami majeur tout comme cela s’est produit lors du tremblement de terre du 7 mai 1842.
L’Océanographe Mme Destyunder n’a pas fait mention de la faille septentrionale comme étant un élément pouvant causer des tsunamis dans la région du Cap-Haitien ; parmi tant d’autres menaces qu’elle a considérées telles que : la fosse de Puerto Rico, le volcan Cumbre Viejo aux Canaries et la fosse de subduction de l’Hispaniola Nord. Toutefois on ne peut ignorer la possibilité que cette faille pourrait aussi rentrer en jeu, puisqu’elle était à l’origine du séisme qui a induit le tsunami en 1842, si on se réfère à Prépetit (Ayibo Post 2008) ou encore à Manius (2013) qui a préféré utiliser le mot raz de- marée.
Voir :https://www.icihaiti.com/article-13837-icihaiti-social-seisme-de-1842-haiti-se-souvient.html
Lorsque la libération d’énergie (magnitude > 6,5) se fait au travers d’une faille sous marine (comme la faille septentrionale) et que l’hypocentre du séisme (point d’amorce du séisme en profondeur) se trouve à une distance inférieure à 50 km en partant de la surface de la croute océanique, l’occasion de déclenchement d’un tsunami est fort probable.
Le dernier grand séisme ayant frappé Haïti avant celui du 12 janvier 2010 remontait au XIXe siècle. C’était le 7 mai 1842, un séisme d’une magnitude de 8.1 sur l’échelle de Richter qui a frappé le nord de l’Ile. La moitié des 10,000 habitants du Cap-Haïtien a péri et 300 autres ont disparu dans un tsunami qui a suivi le séisme, sur la côte nord de l’île.
La faille septentrionale, qui serait à l’origine de ce séisme, accumule de l’énergie depuis 179 ans et son relâchement pourrait donner naissance à des séismes de magnitude supérieure à 7 sur l’échelle de Richter.
Le tsunami est une onde maritime qui se manifeste par le déplacement d’un grand volume d’eau généré par une aspersion ou une propulsion, suite à la provocation de l’abaissement ou le soulèvement brusque du plancher océanique due à la libération de l’énergie le long d’une faille, lorsque la contrainte devient énorme dans une zone de subduction (sub : sous ; ducere : conduire…une plaque qui plonge sous une autre).
Puisque les conditions requises pour qu’un tsunami se produise après un séisme sont :
Une faille en mer, un séisme avec une magnitude > 6.5 et un foyer < 50 km.
Alors, oui, il est probable qu’un tsunami se produise en Haïti.
N. B. Lors d’un fort tremblement de terre à hypocentre sous marin, les tsunamis sont généralement plus meurtriers et destructeurs que la secousse elle-même.
Le séisme et le tsunami sont des phénomènes de la nature. Qu’on le veuille ou non, ils ne cesseront pas de se manifester. Là n’est pas le dilemme, mais la question est : existe-t-il en Haïti des moyens pouvant permettre de gérer un tsunami soit par prévention, soit par prévision ?
Se procurer de moyens techniques et la mise en place de mesures de mitigation pour pouvoir être résilient face à ces phénomènes est d’une importance capitale. (Maregramme, carte d’évacuation, abris provisoires, campagne de formation et de sensibilisation, etc.).
La vulgarisation des documentations et informations concernant ces questions par les instances étatiques concernées serait très appréciée par la population.
L’idée d’avoir un tsunami en Haïti peut paraitre utopique pour certains et perplexe pour d’autres. La nature se moque de l’opinion de tout le monde, car lorsqu’elle aura réuni toutes les conditions pour avoir un tsunami ou un séisme, ni doute ni complexité d’idées ne l’empêcheront, que l’on soit préparé ou pas.
Nous, la population, devrions faire une plaidoirie et mener les instances concernées à la sensibilisation de doter le pays de structure pouvant répondre à un séisme, et de plus dangereux à un tsunami. Car les tsunamis peuvent causer des dégâts matériels, des pertes en vies humaines considérables, des pertes de végétation, la pollution de l’environnement par des matériaux de pétrole ou d’autres substances à la dérive.
Schneider MUNDER
Sources :
● http://www.insu.cnrs.fr/web/article/rub.php?rub=298
● http://wikipedia.fr
● http://serc.carleton.edu/NAGTWorkshops/
● http://wn7.enseeiht.fr/hmf/travaux/CD0001/travaux/optsee/hym/14/tsunami.htm.
● Centre international d’information sur les tsunamis (ciit) commission océanographique intergouvernementale (de l’UNESCO).
● P.Lognonné ; Institut de Physique du Globe de Paris Institut Universitaire de France.
● Risques naturels : les tsunamis ; Rachel Benoit & Monica Banaco.
● Cours en ligne également sur le site web du département « Géosciences » de l’Université de Poitiers dans le lien « Ressources pédagogiques ».
● Tout savoir ou presque sur : les Tsunamis ; Claude Prépetit.
