Nous avons laissé les choses aller trop loin dans nos quêtes absurdes de confort et de privilèges dans la peur de la précarité. Nous avions une nation à bâtir, mais nous avons constamment favorisé nos instincts primaires, abandonnant les quartiers défavorisés à leur désespoir et permettant à une clique de riches de poursuivre leurs méfaits éternels contre notre pays.
Le pays est devenu un espace infecté par la corruption. Les gouvernements ne sont que la partie visible de l’iceberg. Aujourd’hui chaque jour révèle l’étendue de la pourriture dans tous les secteurs de la société civile et dans la presse en particulier. Dans notre nation, les médias ne peuvent se défendre que par l’affirmation que, même dans les pays dits démocratiques, une grande partie des journalistes sont soumis au pouvoir politique et aux personnes qui peuvent distribuer des paquets de billets verts.
Comment avancer alors pour sortir de ce chaos nourri par les âmes vendues ? Comment repartir du bon pied et remettre les institutions sur pieds quand la criminalité et le racket se sont installés en profondeur dans notre société. Chaque jour on entend des rafales d’armes, l’explosion de drones. La Police nationale annonce des progressions dans le centre-ville. Mais jusqu’à présent, dans les faits, on ne semble pas avoir des résultats concrets qui ne peuvent être que la neutralisation des chefs de gangs, l’ouverture des voies de communication et le retour des populations dans les quartiers affectés pour envisager un nettoyage et une reconstruction.
Il y a maintenant une incrustation de l’économie criminelle qui rend difficile l’ouverture des voies de communication. Le chaos rapporte des millions et dans l’appareil gouvernemental comme dans l’appareil sécuritaire, beaucoup de personnes haut placées profitent de la situation. On comprend donc comment l’organisation des élections en Haïti sera extrêmement difficile, car ces élections peuvent être en péril le fonctionnement des groupes maffieux. Le système peut s’accrocher comme on l’a claironné plusieurs fois à une transition perpétuelle ou accepter des élections qui porteront au pouvoir un candidat qui donne des garanties à ces groupes maffieux dont la plupart plongent leurs tentacules dans les méandres de la corruption de la communauté internationale.
Nous avons affaire à l’essence même de la pourriture. C’est l’effort dans le mal jusqu’à sa dégénérescence. Un état que l’historien Roger Gaillard avait peut-être entrevu.
Gary Victor
