On a été profondément choqués de voir ce jeune homme, en costume-cravate, vilipender un ministre puis, quelques jours plus tard, le louanger. Comme si de rien n’était. L’abolotchism est devenu une compétence dans le paysage politique haïtien. On s’affiche sans honte comme un abolotcho. On est même fier de l’être.
Mais il est vraiment temps qu’on cesse de se leurrer, qu’on cesse de brasser du vent pour se poser les vraies questions.
Le fond du problème ne se trouve-t-il pas dans notre système éducatif, qui a formé une génération de cancres intelligents, capables de mémorisation et d’application mécanique de procédures, mais incapables de toute réflexion critique ? D’ailleurs la formation est basée même sur l’occultation du réel, le mépris de l’autre, et le formatage à partir d’un récit national qui insuffle à l’individu une fierté liée au passé et qui semble lui suffire même dans une boue au quotidien qu’il ne voit pas.
Tous ceux qui ont pensé ce qu’on a appelé une transition ont été totalement hors sujet, chose courante chez les produits de notre système. Une transition, une rupture, ne peuvent être pensées, implémentées que par un groupe, des dirigeants disposant d’une légitimité, légitimité qui ne peut être acquise que par les élections, une révolution ou une grande concertation nationale mettant sur la table des groupes effectivement représentatifs de la société. Rien de cela chez nous. Des groupuscules disparates se donnant le nom de partis politiques ne pouvant amener mille personnes dans des bureaux de vote, de faux représentants de secteurs, la plupart des abolotcho en quête de pouvoir et de privilège.
Si nous étions sérieux, il fallait aller, quelles que fussent les conditions, aux élections, au plus tard les douze mois ayant suivi la mort de Jovenel Moise. Mais il fallait la transition pour que des politiciens sans audiences toujours avides de prébendes, des abolotcho de tous les secteurs viennent profiter de la manne de l’État.
Il faut en finir avec la transition et aller aux élections comme on ne peut imaginer une révolution en Haïti. Il faut redonner la voix au peuple ici et dans la diaspora.
Pas de transition à vie pour les abolotcho !
Gary Victor
