La fin approche pour le Conseil présidentiel de transition (CPT). Cette instance collégiale de neuf membres n’a pas su conduire le pays vers une transition aboutie. Ses initiatives les plus marquantes se résument à la révocation du Premier ministre Gary Conille, sur fond de crise aggravée par l’omniprésence des gangs — qui en ont profité pour gagner du terrain jusqu’à contrôler près de 80 % du territoire — puis, à l’approche de la fin de mandat, à la tentative de révoquer l’actuel chef de la Primature, Didier Fils-Aimé. Une tentative avortée sous la pression des États-Unis et du Canada.
Par la suite, les membres ont tenté d’écarter le président en exercice de l’instance. Sans succès : l’initiative a tourné court.
L’opinion retient, en outre, les scandales financiers et les controverses politiques qui ont jalonné cette énième transition, ainsi que l’échec des grands chantiers annoncés — réforme constitutionnelle et conférence nationale censée ouvrir la voie à un nouveau projet de société. Au final, le principal acquis demeure la mise en place du Conseil électoral provisoire.
Au vu de la tournure que prennent les choses, le Premier ministre Fils-Aimé est donc celui qui, au matin du 7 février, sera de facto en charge. On estime que, d’ici là, un accord politique sera mis en œuvre. Beaucoup pensent que sa présence contribuera à la stabilité, même si certains le perçoivent aussi comme un acteur clé du dispositif de sortie de crise. Dans ce climat de confusion totale, les analystes se perdent en conjectures.
Toujours est-il que, dans un pays où les règles peinent à s’imposer, la réponse n’est jamais strictement juridique. Elle demeure, une fois encore, entre les mains des grands secteurs de la vie nationale - politiques, économiques et sociaux - qui doivent permettre à Haïti de sortir de la spirale d’instabilité et de violence avilissante.
En attendant, malgré un calme relatif et une forte présence policière, rien ne garantit que les forces du chaos ne chercheront pas à exploiter une nouvelle crise au sommet de l’État pour semer le trouble. D’où l’urgence d’en appeler à la responsabilité de chacun, dans l’épreuve que nous traversons, afin de franchir ce nouveau cap. Cette fois, il ne faudra pas manquer le rendez-vous : le pays est au bord du point de rupture.
Roody Edmé
