Haïti est confrontée à une crise environnementale majeure, longtemps ignorée mais désormais impossible à cacher. Déchets envahissant les rues, montagnes déboisées, cours d’eau pollués et inondations à répétition : de l’est à l’ouest, du nord au sud, la dégradation de l’environnement affecte le quotidien des populations. Mais cette crise ne se limite pas à l’écologie : elle menace la santé publique, fragilise l’économie et compromet l’avenir du pays, rendant urgente la recherche de solutions durables.
Dans ce contexte, la transition vers une économie circulaire apparaît comme une urgence stratégique. Elle offre non seulement une réponse concrète à la crise environnementale, mais ouvre également des perspectives en matière d’emplois et de justice sociale. L’économie circulaire repose sur un principe simple : limiter le gaspillage en donnant plusieurs vies aux ressources. Contrairement au modèle linéaire « produire, consommer, jeter », elle privilégie la réduction des déchets à la source, la réutilisation, la réparation et le recyclage.
Pour Haïti, ce changement de cap pourrait avoir des effets immédiats. Il permettrait de réduire la pollution de l’air, de l’eau et des sols, d’alléger les coûts liés à la gestion des déchets et de dynamiser l’économie locale. Surtout, il pourrait générer des milliers d’emplois verts dans la collecte, le tri et la valorisation des déchets. Loin d’être une utopie, l’économie circulaire s’impose aujourd’hui comme une piste crédible pour un développement plus sain, résilient et adapté aux réalités haïtiennes.
Mais la transition écologique ne peut réussir sans action concertée. L’État doit assumer son rôle de chef d’orchestre : appliquer et faire respecter les lois environnementales, moderniser la gestion des déchets, investir dans le recyclage et le compostage, intégrer l’éducation environnementale et soutenir les initiatives vertes. L’environnement doit devenir une priorité nationale, au même titre que la sécurité. Sans cadre légal fort ni volonté politique réelle, toute transition écologique restera un vœu pieux.
Parallèlement, les entreprises haïtiennes, grandes comme petites, ont un rôle clé. Elles peuvent être à la fois productrices de déchets et actrices de solutions innovantes. Adopter l’économie circulaire, pour elles, c’est réduire le plastique et les emballages superflus, privilégier les matières recyclées et locales, optimiser l’eau et l’énergie, valoriser les déchets et sensibiliser employés et partenaires. Au-delà de la responsabilité morale, c’est un choix stratégique : moins de gaspillage, plus d’efficacité, meilleure image de marque et compétitivité renforcée.
Enfin, aucun pays ne peut réussir sa transition écologique sans mobilisation citoyenne. Chaque Haïtien, par ses gestes quotidiens, peut devenir acteur du changement : trier ses déchets, composter, ne rien jeter dans les ravines ou rivières, planter et protéger les arbres, promouvoir la propreté dans son quartier et son école. Multipliés par des millions, ces gestes simples constituent une révolution silencieuse, essentielle pour transformer le pays.
Ainsi, la responsabilité est partagée. L’État fixe les règles et les infrastructures, les entreprises innovent et transforment leurs pratiques, et les citoyens s’engagent dans leur quotidien. Ensemble, ils peuvent transformer les déchets en opportunités, protéger la santé publique et bâtir un pays plus juste, plus prospère et plus résilient.
Haïti est à la croisée des chemins. Continuer dans l’inaction, c’est accepter la dégradation continue de notre cadre de vie. S’engager dans la protection de l’environnement et l’économie circulaire, c’est choisir un développement souverain, inclusif et durable. Agir aujourd’hui, c’est sauver Haïti demain.
Dr. Dol Abdias
Psychologue
Gestionnaire en service de santé et des services sociaux
