Il y avait longtemps que je n’avais pas assisté à un spectacle d’un tel niveau. Ce samedi 15 août 2026, à l’Adrienne Arsht Center de Miami, Ayiti Bèl Nanm nous a offert bien davantage qu’une représentation : un véritable moment de grâce, une célébration d’Haïti par ce qu’elle possède de plus fort, son âme créatrice.
À plusieurs moments de la soirée, je me suis souvenu de Nuit Vorace, cette magnifique aventure théâtrale d’Hervé Denis, qui avait mis en espace trois œuvres de Jacques Stephen Alexis : Romancero aux étoiles, Compère Général Soleil et Les Arbres musiciens. Mais Ayiti Bèl Nanm allait encore ailleurs. Le spectacle abolissait les frontières entre les disciplines : le texte rencontrait la chanson, le théâtre épousait la danse, les corps répondaient aux voix, les lumières prolongeaient la musique. De cette fusion est née, sur scène, une véritable apothéose.
Pour raconter cette possible renaissance d’Haïti, une véritable mosaïque d’artistes de générations différentes s’est retrouvée sur scène : Danielle Thermidor, Farah Juste, Paula Clermont Péan, Erol Josué, Florence Jean-Louis Dupuy, Wood Hyppolite, Jimmy Jean-Louis, Élisabeth Guérin, Tafa Mi-Soleil, Riva Nyri Précil, Linda Isabelle François Obas, Béatrice Kebreau, Lindsay Lederer, sans oublier Katile Fuertes, véritable découverte de la soirée, portant dans sa présence une Haïti jeune, vibrante et pleine d’espoir.
Chacun donnait chair à une figure, une mémoire, une énergie. Danielle Thermidor, Farah Juste et Paula Clermont Péan dans les rôles de Danti ; Erol Josué en Hatuey ; Florence Jean-Louis Dupuy en Toya ; Wood Hyppolite en Makaya ; Jimmy Jean-Louis en Jean-Jacques Dessalines ; Élisabeth Guérin en Cécile Fatiman ; Tafa Mi-Soleil en Divinité Terre ; Riva Nyri Précil en Divinité Eau ; Linda Isabelle François Obas en Divinité Feu ; Béatrice Kebreau en Arc-en-ciel ; Lindsay Lederer en Divinité Air. Une galerie de présences qui faisait dialoguer histoire, mémoire, spiritualité et avenir.
Tout y était : la musique, les voix, les corps, les lumières, la scénographie, la puissance des textes et surtout cette émotion portée par une exigence artistique remarquable. Et il faut ici saluer tout particulièrement Maëlle Figaro David, dont les costumes exceptionnels ont constitué à eux seuls une véritable œuvre plastique. Par les matières, les formes, les couleurs et les symboles, elle n’a pas simplement habillé les personnages : elle leur a donné une identité, une profondeur et une présence. Son travail mérite incontestablement d’être cité aux côtés des grandes forces créatrices de cette production.
Pendant une heure trente, Haïti s’est racontée autrement. Non pas seulement à travers ses blessures, mais belle, profonde, mystique, créative, digne et universelle. C’était tout simplement du grand art.
Et derrière cette réussite, il y avait aussi cette mécanique invisible sans laquelle aucune scène ne peut véritablement respirer : un véritable banc de musiciens et David Charlier, maître du backstage, veillant à cette harmonie secrète entre les coulisses et la scène.
La salle était pleine, au cœur de Miami. Le public répondait aux artistes dans cette communion rare qui transforme un spectacle en événement. Le fond de scène, moderne et magistralement travaillé par Maxence Denis, donnait aux tableaux une profondeur saisissante, tandis que la musique de Raoul Denis enveloppait l’ensemble avec intelligence et sensibilité. À cette architecture visuelle s’ajoutait donc le remarquable travail de Maëlle Figaro David, dont les costumes participaient pleinement au langage et à la puissance évocatrice du spectacle.
Alors, bravo Carole Demesmin. Bravo Florence Jean-Louis Dupuy. Bravo Maëlle Figaro David pour les costumes. Bravo à tous les artistes, musiciens, techniciens, danseurs, comédiens et artisans de cette soirée. Et puissent ces grains de maïs semés participer véritablement à cette renaissance rêvée par Carole Demesmin, grandir dans notre imaginaire collectif et se mêler à cette parole que Jean, lui, avait préféré avaler.
Car ce samedi soir à Miami, quelque chose a été semé.
Une autre image d’Haïti.
Une Haïti qui, malgré tout, continue de chanter, de danser, de créer, de se tenir debout et de nous rappeler que derrière les blessures d’un pays demeure une âme que personne ne peut détruire.
Il nous aura peut-être manqué, dans les coulisses, les pleurs de joie de Quincy Auguste… mais Laurence Beauvoir et surtout Tanisha Pluviose-Ade nous ont offert la grâce.
Merci Carole. Merci Florence. Merci Maëlle. Merci Miami.
Et surtout, merci à toutes les belles âmes haïtiennes.
Akbolisabadya !
Yves Lafortune, Ph.D. (C)
Spécialiste en politique culturelle et administration
