Couronné, en France, par la 69ᵉ édition du prestigieux Prix Amélie Murat en 2022 pour la poésie incandescente d’Un printemps qui finit à mes pieds, le poète haïtien Selmy Accilien revient sur la scène littéraire avec un nouvel opus précieux. Intitulé J'ai tout de toi sauf l'errance de tes mains, cet ouvrage au genre épistolaire, paru aux Éditions de La Rosée, confirme la hauteur d'une plume habitée par le chant de l'absence et la mémoire des amours révolues. Le public est attendu, le 15 août 2026, à l’Alliance française des Gonaïves.
De la force d’un prix à la maturité de la lettre
Lorsque le jury du Prix Amélie Murat — fondé en 1953 par Hélène Angeletti — décernait à Selmy Accilien sa plus haute distinction, il saluait une « œuvre intense avec une inspiration très différente ». Accueillie avec la modestie de grands artisans des mots, cette reconnaissance internationale venait consacrer une parole poétique haïtienne à la fois singulière et vibrante.
Loin de s'assoupir dans le berceau des éloges, l'auteur choisit aujourd'hui de poursuivre son itinérance intime. Avec J'ai tout de toi sauf l'errance de tes mains, Selmy Accilien, délaisse un temps le pur vers libre pour embrasser l'art délicat de l'épistolaire, offrant au lecteur la confidence à nu, le cri feutré des désirs inaccomplis et la noblesse du chagrin.
La symphonie intime de l'abandon
Dans cet élégant volume parrainé par la devise « Épatons les générations ! » des Éditions de La Rosée, le poète dresse le monument poétique d'un dialogue à des voix. Depuis Gonaïves, Marmelade, Port-au-Prince ou Lyon, les lettres s'égrènent comme autant de brassées de lumière jetées dans l'ombre de la mémoire. Une des destinataires, prénommée Esther, devient le phare silencieux des Gonaïves vers lequel converge toute la passion de l'auteur.
« Je t'écris depuis ma chambre où mes larmes sont en train de tendre la main à une des plus belles de tes photos... Aujourd'hui, nous sommes deux silences âgés qui s'oublient. » —
À travers des lignes gorgées de nostalgie et de gravité héroïque, l'auteur dépeint la rupture non comme une déchéance, mais comme un adieu solennel : celui d'un « soldat qui dit adieu à sa famille pour aller à la guerre ». L'écriture s'y fait demeure, berceau et tombeau d'une passion gravée dans le paysage natal, des champs de bambous de Préval jusqu'aux sombres bruissements des nuits perdues.
Une œuvre d'une grande densité lyrique
Dans cette nouvelle parution, Selmy Accilien démontre que la poésie n'est pas seulement l'alignement des strophes, mais un état du cœur. En capturant la mémoire des corps et le poids des absences, le poète haïtien offre un texte à la fois charnel et métaphysique.
J'ai tout de toi sauf l'errance de tes mains s'impose d'ores et déjà comme une étape majeure dans le parcours de cet auteur incontournable, une invitation à relire nos propres manques à la clarté d'une encre lumineuse. Selmy invite les lecteurs, les lectrices de la Cité d’Indépendance à ce grand rendez-vous littéraire à nul autre pareil… Je te rappelle : J'ai tout de toi sauf l'errance de tes mains. Viens voir, alors !
Elmano Endara JOSEPH
