Partie I
Liminaire
« Ici, la vie d'un des nôtres vaut moins qu'une balle. La vie des nôtres vaut moins qu' un pets ! La vie des nôtres a moins de valeur, d'importance qu' un chien ».
L'abstract
L'île, à la fin de la troisième décennie de l' année 2000, est rentrée définitivement dans le cycle de la désolation, de la violence, du kidnapping, du grand banditisme amorcée depuis la chute de Duvalier Fils (1986). La région métropolitaine de Port-au-Prince -mise sous coupe réglée- est soumise à la loi du puissant chef de gang, THE BLOOD. Les corps armés, défaits. La cité des riches brûle. Corps démembrés, volutes de fumées, grasses des expéditions punitives. À défaut de l'eau des pluies, le sang coule dans les caniveaux et les égouts de la ville. Chaque quartier de la ville répond de l'obéissance à un truand, lequel a droit de vie et de mort sur tous - les humains et les animaux. Une mère pleure son fils lâchement assassiné. The Blood fait la leçon à un certain homme, ministre. Des vox / voix solitaires se succèdent comme dans une litanie de plaintes obscures. Chute des croyances et des certitudes. La ville et l'île s'enfoncent dans la nuit féroce, riche de violences. 2037 : « La ville est à terre » , La nuit règne sur l'île, l'État n'est plus.
LES VOIX ET PERSONNAGES SUR SCÈNE
L’abstract
*Voix 1 ( Le récitant/ un homme)
-Une mère orpheline
*Voix 2 ( Le récitant / une femme)
Chant
*Voix 3 ( Le récitant)
avec trois modulations différentes
- Gangster 1
- Gangster 2
- Gangster 3
*Voix 4 ( Le récitant / une femme)
Chant
-The Blood
°Vox Solitaire 1
°Vox Solitaire 2
°Vox Solitaire 3
°Vox Solitaire 4
°Vox Solitaire 5
Rideau
La Scène
( Atmosphère nocturne, des voix étouffées râlent, des rafales d'armes, soudain l'orage se mêle, fine pluie)
Voix 1
Ce n'était plus la guerre, ce n'était plus la peste, pas plus cette pandémie, lançant sa tranchante faucille dans les rues de la ville, et fait sa pleine moisson d'âmes. Ce n'était plus le jour. Le jour pas plus amer. Tel un orage soudain sous le ciel de la ville, ainsi bruissait le tonnerre, éclatait le Premier Jour . Le temps coulait tel un fleuve insipide, et les secondes blêmes suivirent leur cours. Nues. Blafardes. Ternes. Interrogèrent-elles dans la fuite, l'urgence d'arrêter le temps. ? Mais le temps ne valut plus rien.
Le ciel grisâtre sur la ville. Un ciel trop ficelé, brodé de nuages aux humeurs chagrines. Au milieu, des rues traversées de larges entailles, la ville, et ce qui lui restait pour être un lieu de vie, coulait sous d'interminables montagnes de détritus. Des carcasses de voitures calcinées, véritables ossements de fer, gisaient à maints carrefours. Les rues ne gardaient plus leur souffle dans la désolation. La vraie vie mourait dans l'absence et avait fui. Dans les maisons, aux fenêtres éventrées, et aux portes arrachées dans le désastre, sortaient quelques volutes du pillage encore frais de la dernière incendie.
( Sur la scène, un léger éclairage de teinte grise illumine faiblement l' espace)
(Au loin, des rafales d'armes automatiques peuplent les environs, bruitage ! )
(Silence)
( Les rafales reprennent, bruitage ou voix imitant les cris sourds ou secs des détonations)
(Silence à nouveau)
( Des cris lugubres montent dans les rues d'alentours)
Grrrr.... Grrrrr.... Grrrr.... Grrrr
Grrrr.... Grrrr .... Grrrr.... Grrrr
MÈRE ORPPHELINE ( la ceinture nouée d' une corde)
- Woyy ! Ah ! ( Elle avance, courbée sous le chap lourd de la douleur qui la démange, les mains nouées sur la tête). Ils ont brisé mon avenir, ils ont tué mon fils, mon unique, " tèt sèkèy mwen" ! Ah ! Qu'est- ce qu'il les avait fait, pour lui donner une mort atroce ! Ils l' ont tranché la gorge ! L'un d'eux a affirmé qu'ils lui feront pas cette honneur, de lui coller une balle. Ce serait lui faire trop d' honneur ! Vous devez plutôt, au contraire m' abréger.... Moi, moi, cette vieille dont la vie ne veut plus. Au lieu d' attenter à la vie de mon petit ! Ah ! Qu'est- ce qu' il vous a cherché pour lui faire ce sort atroce ! ( Le visage perlée de gouttes, la voix enrouée par la douleur) Ah ! Qu'est- ce qu'il vous a cherché ? Parce qu'il vous a répondu : Non ! Un de ces Non que vous n'avez jamais voulu entendre ! Puisque vous croyez être, sous ce bout de ciel accroché sur nos têtes, Seigneurs et maîtres de ce souffle qui retient encore ici dans ce bas-monde ! Non ! Mon petit méritait pas cette mort ! Ah ! Non ! ( Elle relève un peu la tête, les yeux écarquillés, prêts à tomber de leurs orbitres). Parce qu'il ne voulait point intégrer votre bande ! Ah ! La douleur me fend, me scie, m' emporte... Vous l'avez proclamé " éclaireur de la police", "toutè" pour faire plus court ! Tous, vous savez que ce n'est pas vrai. Vous n' avez point connu mon p'tit pour lui coller cette rumeur d'éclaireur. Non ! Non ! Vous ne l' avez point connu ! Non ! Non ! Non ! Mon p'tit ! Pourquoi, mains cruelles, vous l' avez arraché à mon affection ! L'on ne me dira pas malgré vos cœurs noircis à l' encre forte, malgré vos regards rouges de crimes qu' une femme ne vous a - t- elle nourris de sa serve blanche, de son amour, de son lait maternel ? Cruelles ! Formes amères ! Mains sanglantes ! Non ! Non ! ( Elle s’affaisse sur le sol)
( Lumière sombre sur la scène)
Voix 2
Là-bas, crépitent des braises consumant la dernière goutte d'espérance de l'enfance ici. Ce n'était plus la guerre, ce n'était plus la peste, ce n'était plus la haine. Mais le concert ininterrompu des armes qui déchirent le silence quelque part dans la ville. À Cité Poubelle ou au Village Du Peuple Abandonné! L'espérance avait fui.
( Silence ! Une voix dans une arrière- cours déserte laisse éclater ce chant du patrimoine vaudou)
"Èzili wo
Achade lwa mwen
Danbala wèdo
Sa rèd o
M pa manje zannana
M pa fimen sigarèt
M pa manje kokoye
Kouman lajan m fè manke (bis) "[1]
( La voix 2 poursuit le récit d' une voix intérieure)
A suivre
