Durant la journée du mercredi 20 août 2025, l’ancien ministre haïtien de la Culture et de la Communication, l’architecte Olsen Jean-Julien, le dernier ayant proposé un cadre stratégique de politique culturelle au pays, entre 2008 et 2009, a franchi un nouveau cap dans son parcours académique, avec la soutenance de son projet de recherche autour du thème : « Interprétations et mises en exposition de phénomènes de rupture : Le cas de la Révolution haïtienne », au département d'histoire de l'art, de cinéma et des médias audiovisuels – Arts et sciences, de l’université de Montréal.
Docteur Olsen Jean-Julien avait pris le soin de rappeler que : “Ce projet de recherche a l’ambition de proposer une méthodologie pour l’interprétation et la mise en exposition des phénomènes de rupture comme la Révolution haïtienne.”, tout en précisant: “Je me propose aussi de développer un musée virtuel de la Révolution haïtienne comme une version expérimentale du projet de recherche. La thèse devient ainsi un projet de recherche-création. Plus généralement, ce projet de recherche va contribuer au développement d’une méthodologie pour conceptualiser les révolutions industrielles, scientifiques…”.
Ancien ministre de la Culture et de la Communication en Haïti entre 2008 et 2009 !
Durant la séance de soutenance de doctorat de l’architecte Olsen Jean-Julien, le jury était composé des personnalités académiques suivantes : Directrice : Christine Bernier – UdeM ; Examinateur externe : Laurent Dubois – Université de Virginie ; Présidente : Abigail E. Celis – UdeM ; Membre du jury : Alice Ming Wai Jim – Université Concordia ; Membre du jury : Analays Alvarez Hernandez – UdeM.
Dans le Résumé du Projet de recherché: « Interprétations et mises en exposition des phénomènes de rupture :Le cas de la Révolution haïtienne » disponible sur le site de l'université, l’auteur aborde sa problématique en formulant plusieurs questions. « Qu’elles soient industrielles, scientifiques, sociales ou artistiques, les révolutions ont profondément bouleversé le cadre de notre vie quotidienne. Avec leurs capacités à générer des utopies multiples, de nouveaux paradigmes, des rituels, des cosmogonies et des rationalités alternatives, les révolutions ont aussi radicalement transformé l’imaginaire humain. Elles ont contribué à forger de nouveaux temps, de nouveaux Mondes et de nouveaux êtres humains ».
Après le séisme de 2010, Olsen Jean-Julien était au centre du sauvetage des biens culturels en Haïti ?
Dans son argumentaire formulé, il insiste : « Pour mieux comprendre le problème de l’interprétation et de la mise en exposition des phénomènes de rupture, je propose une recherche synthétique à travers l’étude des traditions d’interprétation et de mise en exposition de la Révolution haïtienne. Cette révolution représente l’unique exemple dans l’histoire de l’humanité où une insurrection d’esclaves aboutit à la formation d’un État-nation. Réalisée entre 1791 et 1820, elle constitue la première conquête de l’histoire moderne en matière de décolonisation et d’affirmation de l’égalité entre les humains. Les interprétations et mises en exposition déjà réalisées présentent un certain nombre de défis. Quelle est l’importance relative des personnalités ayant dirigé le processus de transformation ? Quel est le rôle des commémorations officielles et des traditions inventées de la culture populaire dans la formulation de ces interprétations et mises en exposition ? Comment les traces physiques laissées, en termes de sites historiques, d’architecture et de lieux de mémoire, contribuent-elles à problématiser ces interprétations ?”.
Des réalités qui interpellent. “Pour répondre à ces questions, je formule les hypothèses suivantes”, souligne le chercheur Olsen Jean-Julien, a travers : “Les différentes traditions d’interprétation et de mise en exposition de la Révolution haïtienne sont des formes complémentaires de représentation d’un phénomène de rupture de la rationalité créée par le développement du colonialisme dans le Monde atlantique.”.
D’autres éléments d’informations sont ajoutés, telles : « Les expressions et témoins du phénomène révolutionnaire comme les évènements, les rituels, les cosmogonies, les commémorations, les sites archéologiques, les arts visuels et les transculturations nous font découvrir de nouveaux sujets sociaux créatifs et de nouvelles connaissances. Ils constituent des constructions sociales et peuvent aussi devenir des objets de musée », tout en ajoutant : « Avec l’utilisation de la transculturation et de la réalité augmentée, nous pouvons représenter visuellement les modèles imaginaires de liminalité antistructurale retrouvés dans les multiples expressions et témoins des phénomènes de rupture ».
Autant d'atouts pour représenter Haïti au sommet des plus importantes institutions culturelles internationales ?
D'après l’expert culturel qui a déjà servi son pays plus d’une fois sur le plan technique et politique, et désormais qui s’impose parmi les ressources scientifiques en retrait, mais en réserve de la République : “Ces révolutions donnent lieu à des formes différentes de désobéissances épistémiques. Elles constituent des phénomènes de rupture au sens foucaldien du terme. Dans ce projet de recherche, j’explore le problème de l’interprétation et de la mise en exposition de ces phénomènes de rupture.”.
Dans l’exploration des différents angles de l’un des principaux concepts qui constitue le noyau de sa recherche, le chercheur rapporte: “Les philosophes, les acteurs sociaux et les scientifiques ont interprété les phénomènes de rupture de diverses manières. Ces nombreuses interprétations ne s’excluent pas mutuellement, elles reflètent plutôt la complexité des phénomènes étudiés. Maintenant, il s’agit de développer une méthodologie appropriée pour les mettre en exposition en exprimant toutes leurs richesses et toute leur complexité. C’est ce travail que j’entreprends dans le cadre de ce projet de recherche.”.
Des notes pertinentes offrent l’occasion d’explorer plusieurs repères et des sources de documentation utilisées par le doctorant à l'époque pour bâtir l’architecture de sa thèse de doctorat pendant plusieurs années. On peut lire : “Les données pour ce projet de recherche vont provenir des sites historiques et archéologiques, des objets d’art et des discours associés à deux commémorations, deux rituels et six fortifications de la Révolution haïtienne. Pour analyser ces données multiples, je m’appuierai sur trois ancrages théoriques issus d’une vaste littérature.”.
Du cadre théorique, on retiendra dans le même texte de présentation des travaux: “Les concepts foucaldiens de phénomènes de rupture et d’interruption constituent le premier ancrage théorique. Introduits par Michel Foucault, ces concepts permettent de réaliser une synthèse générale des quatre types de révolutions en facilitant leur interprétation et leur mise en exposition.”.
Dans : “La deuxième théorie est résumée dans l’axiome bien connu de la discipline de la muséologie : Toute mise en exposition suppose une appropriation. Cette théorie suggère que les expressions et les témoins des phénomènes de rupture ne seraient pas des objets de musée. Ils le deviennent à travers des opérations savantes de reconstruction de sens, de détachement, de fragmentation, de mutilation, de mimétisme et de réappropriation.”.
Différentes approches théoriques vont à la fois se croiser ou se compléter. L’auteur Olsen Jean Julien souligne dans : “Le troisième ancrage théorique est fourni par l’approche transculturelle en Histoire de l’art qui permet une articulation entre les théories postcoloniales (Edward Said, Gayatri Spivak) et les théories de la décolonialité (Anibal Quijano, Walter Mignolo, Arturo Escobar).”.
Autant de contributions qui complètent sa trajectoire académique, scientifique et politique…?
De la documentation a la contribution, on reticent plusieurs publications individuelles et collectives, soumises à des comités de lecture, parmi lesquelles on peut lire : Olsen Jean-Julien, « Post-Disaster Amnesia: Lack of Mitigation Planning and Heritage Rationality in a Port-au-Prince Megaproject », APT Bulletin: The Journal of Preservation Technology 52, no 2/3 (2021): 7‑14, https://www.jstor.org/stable/48626599.
D'autres publications scientifiques remontent entre 2018 et 2010: Olsen Jean-Julien, Gonzalo Lizarralde, Karine Bouchereau, et Anne-Marie Petter. « L’habitat dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince : principales représentations, défis, opportunités et perspectives ». In Perspectives de développement de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, Horizon 2030., édité par Jean Goulet, UQAM., 149‑91. Montréal, 2018.
Dans les deux langues, le fondateur du Centre de Sauvetage des Biens culturels persiste et signe dans ses recherches et publications scientifiques: Olsen Jean-Julien, « Digital Documentation in Architectural Conservation », in Architectural Conservation in Asia: National Experiences and Practice. Édité par John H Stubbs, New York: Routledge, 2017.
Dans les jours qui suivent le séisme du 12 janvier 2010, l’ancien ministre du gouvernement de madame Michèle Pierre-Louis s’est investi avec d’autres spécialistes venus de plusieurs institutions internationales de conservation des biens culturels, pour contribuer à la sauvegarde du patrimoine national. Plusieurs angles de ses contributions et ses expériences croisées sont traduits dans la plupart des publications scientifiques. Olsen Jean-Julien, « Managing and operating the Haiti Cultural Recovery Center ». In Saving Haiti’s Heritage: Cultural Recovery after the Earthquake, édité par Richard Kurin. Washington : Smithsonian Institution, 2011.
Architecte, chercheur et professeur d'université et promoteur d'un ambitieux projet culturel pour Haïti !
Des données sur les différentes étapes des interventions permettent à l'ensemble de la communauté scientifique et culturelle de renforcer la vision et les expertises dans la prévention et la protection des biens culturels. Olsen Jean-Julien, Sharing Common values. Managing the Center. In, Saving Haiti’s Heritage. Cultural recovery after the earthquake. Édité par Richard Kurin (Editor). Smithsonian Institution. Washington DC. 2011. http://haiti.si.edu/book.html
Dans le champ de la muséologie en Haïti et dans le monde, Olsen Jean-Julien figure désormais parmi les ressources haïtiennes qui devraient pouvoir servir au sommet des institutions tant publiques et internationales, avec ce doctorat qui complète son statut d’ancien ministre de la Culture et de la Communication, haut cadre international ayant collaboré avec la Smithsonian aux Etats-Unis, et plusieurs institutions universitaires et de recherche. Olsen Jean-Julien, Port-au-Prince: Historical Memory as a Fundamental Parameter in Town Planning, In, Museum International UNESCO, 2010.
Des rencontres ont été réalisées, notamment au Canada, autour de ce grand chantier : “un musée virtuel de la Révolution haïtienne”, qui porte les empreintes du docteur Olsen Jean-Julien, architecte scientifique.
Dominique Domerçant
