La prolifération des partis politiques dans le pays sert-elle la démocratie ou finit-elle par égarer l’électeur-trice ?
À l’approche des prochaines élections, l’annonce de plus de 300 partis politiques enregistrés suscite à la fois l’étonnement, la perplexité et l’inquiétude, autant chez les observateurs avisés qu’auprès des électeurs.
Dans les cours de Sciences politiques et de Relations internationales, nous avons étudié les partis politiques, leur fonction de représentation, leur rôle dans la médiation, l’offre et la demande démocratiques, ainsi que leur capacité à structurer le débat public. En revanche, nous nous sommes peu attardés sur l’hypothèse d’une telle prolifération, aussi spectaculaire qu’inattendue.
Nous avons surtout appris que le pluralisme demeure l’un des signes distinctifs d’une vie démocratique ouverte ; sans pour autant nous pencher sur le fait que son émiettement excessif peut aussi brouiller la lisibilité de l’offre politique, compliquer l’organisation du scrutin et éloigner davantage encore les électeurs d’un choix éclairé.
Faut-il alors repenser les mécanismes d’encadrement du paysage lié aux partis politiques en Haïti ?
Voir autant de partis se déclarer en vue des prochaines échéances électorales peut, à première vue, être interprété comme un signe de vitalité démocratique. Mais il serait naïf de s’en tenir à cette seule lecture, car une telle multiplication peut aussi relever d’un phénomène circonstanciel de mode, d’une logique opportuniste, voire d’une fragmentation peu compatible avec l’exigence de clarté qu’impose toute démocratie sérieuse.
Pour les jeunes que nous sommes, déjà confrontés à l’incertitude et à la dictature d’un quotidien délétère, ce foisonnement devient un véritable casse-tête et une gageure pour choisir un parti, d’autant que le spectacle offert au quotidien par nombre d’acteurs politiques ne favorise pas la confiance, encore moins le discernement.
Dès lors, nous nous posons une question: l’État, par l’intermédiaire des institutions compétentes, notamment le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) et le Conseil électoral, qui ne cesse d’être provisoire, ne pourrait-il pas envisager un cadre de rationalisation de ce champ afin d’encourager des regroupements de formations et faire émerger 2 à 3 grandes tendances plus lisibles pour les électeurs ?
Et, vu qu’en démocratie l’ordre n’a de légitimité que lorsqu’il procède de la volonté du peuple, une telle proposition ne gagnerait-elle pas à être soumise au débat national et à la consultation populaire par référendum ?
Jovanie Solon
