Haïti, ce pays mal aimé qui, espérons-le, sera probablement bien aimé par le Premier ministre Alix Didier Fils-aimé, est politiquement instable depuis des années. C’est aussi le pays désaccordé par des accords mal accordés dans l’accordéon des chefs d’orchestre qui n’avaient pas su donner cohésion à la partition. Dans un processus de gouverner par le chaos, ce pays est non seulement divisé, il est beaucoup plus déstabilisé qu’avant le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986. Et en termes d’acquis démocratique, Haïti avait tout perdu dans les labyrinthes d’une transition qui n’en finit pas.
Cela avait commencé avec les élections avortées et le massacre de beaucoup d’électeurs dans les bureaux de votes à la ruelle Vaillant le dimanche 29 novembre 1987. Puis, les élections du 16 décembre 1990 qui n’étaient pas organisées pour cet emmerdeur. Celui qui, par sa présence au scrutin, avait tout dérangé de la grande fête électorale planifiée par les grands planificateurs de ce monde de confusion démocratique. Cet importun, une fois arrivé dans la cour des grands, en peu de temps, par son discours menaçant, il avait essayé de se comporter comme un grand maitre parmi les grands. Il avait aussi essayé de dicter, ou dans son style à lui, de jouer sa propre partition dans le concert des grands maitres musiciens. Ce qui en quelques sortes dérangeait l’ordre des choses. Pour le rappeler à l’ordre, et le fait comprendre qu’il ne pouvait pas continuer à faire les choses comme il le voulait, il était chassé de force puis le garder loin de son Palais présidentiel pendant trois ans.
Après son départ forcé le 30 septembre 1991, ce qui donnait un caractère particulier à ce "coup d’État" c'était la façon dont, à travers des actes dilatoires, les militaires essayaient de légitimer leur mouvement. On se souvient encore comment le chef de l’armée d’Haïti, au Grand Quartier Général de Port-au-Prince, s’était présenté à l’une des émissions à la Télévision Nationale du pays pour dire qu’il n’avait pas fait de coup d’État, mais de préférence une correction démocratique aux dérives de sept mois du président Aristide. Comme si la constitution haïtienne de 1987 permettait à un commandant des forces armées d’Haïti de faire de correction démocratique à son supérieur hiérarchique (le président) qui était constitutionnellement le commandant en chef de cette même institution. Et, si lors du coup du 30 septembre 1991, le général par intérim n’avait pas complètement écarté les députés et sénateurs élus aux mêmes élections générales que le leader lavalas, c’était justement, dans un semblant démocratique, cacher leur pouvoir dictatorial. Car il savait même lorsqu’il était supporté par une frange de l’international, il ne pouvait pas, dans un contexte de nouvel ordre mondial, garder le pouvoir comme savait le faire les dictateurs militaires en Amérique Latine lors de la période de guerre froide. De ce fait, comme il ne pouvait pas directement occuper la fonction de l’exécutif, donc dans une sorte de gouvernement de doublure, la présidence et la Primature étaient respectivement confiées au juge Joseph Nérette et l’agronome Jean-Jacques Honarat.
Mais après plusieurs mois de collaboration avec les putschistes, le tandem Nérette et Honorat n’avait pas vraiment aidé dans le processus des négociations avec l’international pour le retour à l’ordre constitutionnel. Ces dirigeants, sans marge de manœuvre et de pouvoirs politiques réels, faisaient du sur place, pendant que les vrais chefs étaient le Général Raoul Cédras et Major Michel François. Comme Nérette et Honorat ne pouvaient pas, dans un premier temps, donner un caractère légitime aux mascarades des militaires, et ensuite empêcher à la communauté internationale de continuer dans leurs sanctions d’isolement du régime de facto en place, en représailles, les militaires les laissaient tomber comme des parquets encombrants, pour finalement miser sur Marc Louis Bazin.
Ce dernier, candidat malheureux aux présidentielles de décembre 1990 contre Aristide, avait la réputation d’avoir toujours travaillé pour le « consensus de Washington ». En un mot, il était l’homme de l’international, surtout dans un contexte de l’après-guerre froide où les bailleurs de fonds internationaux voulaient appliquer le programme du plan néo-libéral en Haïti. Persuadé que le candidat malheureux au scrutin de décembre 1990 avait des contacts au niveau international, ainsi, en juin 1992, les putschistes avaient finalement jeté leur dévolu sur le leader du MIDH (Mouvement pour l'Instauration de la Démocratie en Haïti). C’était ce Marc Bazin, face à Aristide aux élections présidentielles du 16 décembre 1990 qui n’avait pas eu 15% de l’électorat, mais connu sous le nom de ‘’Mister clean’’ « qui fut donc désigné par la junte militaire, en 1992, pour former un prétendu gouvernement de consensus. »
Contrairement au précédent gouvernement où le pouvoir de l’exécutif était composé d’un Président et d’un Premier ministre, celui de M. Bazin était tout autrement. Alors que, la constitution de 1987 veut que le pouvoir exécutif de la République soit bicéphale, ce qui veut dire qu’il comporte deux ‘’têtes’’ : le Président de la République, chef de l’État et le Premier ministre, chef du gouvernement. Mais avec l’arrivée de Marc Bazin, le pouvoir de l’exécutif était cette fois-ci, tout autrement. Au lieu d’être bicéphale, il était de préférence monocéphale. Ainsi, le protégé de Washington était un super chef de gouvernement sans un président à leur tête. Était-il à la fois chef d’État et Premier ministre ? Ou en devenant un Premier ministre sans un chef d’État aux commandes, officieusement, reconnait-il Aristide, de l’exil à Washington, comme président du pays ?
Peu importe ce qui se cachait derrière ce poste de plein pouvoir attribué au favori de Washington, donc du 19 juin 1992 au 8 juin 1993, Marc Bazin était, sur l’échiquier politique national, le garant des putschistes de Port-au-Prince avec des partenaires de la communauté internationale, particulièrement dans le cadre des pourparlers pour le retour d’Aristide au pouvoir. Avec Marc Bazin à ce poste, les militaires espéraient, lors des négociations avec l’O.N.U et l’O.E.A, la levée de l’embargo imposé par l’international et, dans un long terme qui ne serait jamais possible, puisque les militaires ne le voulaient pas, le retour en Haïti du président Aristide. Tâche qui était difficile voire même impossible à Bazin puisque les militaires, grâce aux supports officieux d’une frange de l’international, n'avaient nullement l'intention de renoncer au pouvoir dont il s'était emparé depuis le 30 septembre 1991. En un mot, les militaires, les classes d’affaires économiques, attachés aux idées réactionnaires avaient refusé de se détacher du pouvoir politique.
Ce qui explique, même avec le plein support d’une frange de l’international, le super chef de gouvernement Marc Bazin était incapable de relancer les négociations pour trouver une entente à l’amiable entre les militaires et Aristide sous l’égide de la communauté internationale. En effet, « le Conseil de sécurité de l'O.N.U. menace le régime haïtien d'un embargo total sur le pétrole et les armes si toutefois un accord ne prévoit pas le retour du père Aristide », était à envisager. Ce qui, au prime abord, n’était pas un bon signe pour Bazin, car les militaires putschistes misaient beaucoup sur ses contacts au niveau de l’international pour résoudre le problème avec des organisations régionales et internationales comme l’O.E.A et l’O.N.U. Ainsi, après plusieurs mois, comme le protégé de Washington n’arrivait pas à redresser la situation économique et politique surtout dans le cadre des négociations diplomatiques avec l’OEA et l’ONU, il avait finalement perdu le soutien des militaires. De ce fait, comme Joseph Nérette et Jean-Jacques Honorat, ‘’Mister clean’’ l’impuissant Premier ministre Marc Bazin avait été lâché par les hommes en uniforme.
Mais les impératifs du nouvel ordre mondial et de la promotion de la démocratie tant véhiculée par les pays occidentaux, suivis de la résistance sur le terrain des organisations estudiantines, universitaires, des parlementaires de la 45e Législature aussi bien que des mobilisations intempestives des Haïtiens de la diaspora avaient empêché aux militaires d'être des bénéficiaires légitimes et de longue durée de leur coup de force, et ainsi de garder Aristide définitivement en exil. La communauté internationale avait imposé des sanctions qui, bien sûr, n'avaient pas apporté de résultats. Car l’objectif était de garder Aristide autant que possible en exil. Questions pour dire, autant que le coup durait, plus il serait facile de décourager ses supporteurs qui croyaient à un éventuel retour de leur leader charismatique. Trois ans plus tard, après plusieurs rencontres entre les émissaires de l’O.E.A et de l’O.N.U et les protagonistes de la crise, comme cela n’avait pas apporté le résultat escompté, pour que le retour d’Aristide était possible, il fallait penser à d’autres stratégies, comme par exemple l’utilisation d’une force militaire. Ce qui avait été fait.
Qui aurait cru que l’ancien prêtre de Saint Jean Bosco, de tendance anti-impérialiste, aurait pu retourner dans son pays sous les ailes protectrices des Marines des États-Unis en octobre 1994 ? Dans ses messes dominicales à l’église Saint Jean Bosco, ses prises de position dans les manifestations populaires et interventions dans les stations de radio, le système capitalisme était toujours critiqué par le père Aristide, comme un péché mortel. C’était ce dernier qui était devenu brusquement un grand ami salvateur du président Aristide.
Bref, on dirait que les conjonctures du nouvel ordre mondial obligeaient les Américains à le faire. Peu importe, sous couvert des Nations-unies, avec des milliers de soldats étrangers sur le sol d’Haïti, Aristide était retourné au Palais national pour finir le reste de ce qui était resté de ses cinq ans de mandat comme président. Si avec le retour de ‘Titid’, l’idole d’alors du peuple haïtien, la population était dans les rues pour acclamer celui qu’il avait voté lavalassement le 16 décembre 1990, dans la foulée, le retour était très controversé par certains proches du chef de l’État. Mais le plus important, de par les mises-en-place en termes de concessions et d’acceptation du projet néolibéral de l’international pour retourner au pouvoir, le leader qui avait laissé le pays le 30 septembre 1991 n’était plus le même qui était revenu au pays le 15 octobre 1994.
Ainsi, plus que cela changeait, plus que c’était la même chose
Plus que cela parait changer pour l’élite économique et politique du pays, plus que les choses étaient devenues plus difficiles pour les gens des masses défavorisées. Si les pouvoirs politiques post Duvalier avaient continué de faire l’affaire d’un petit groupe de privilégiés de l’État et des hommes d’affaires, quant aux masses défavorisées, elles n’avaient vraiment rien bénéficié des actions dites démocratiques en Haïti. Malheureusement dans les labyrinthes d’une très longue transition démocratique, plus, politiquement, cela parait changer, notamment avec des élections législatives et présidentielles, plus les choses étaient restées les mêmes pour les masses dans les quartiers défavorisées. Et avec un État en mauvais état, Haïti est, certainement, dans un état incertain.
Depuis le départ pour l’exil en France du dictateur Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986, à travers une politique de bric-à-brac et de meli mélo dans les labyrinthes d’une transition qui n’en finit pas, le pays n’est jamais stable. Et dans ce phénomène macabre de gouverner par le tohu-bohu pour que règne en permanence le chaos, les attachés ont refusé de se détacher du pouvoir politique post Jean-Claude Duvalier. Mais ils ne peuvent pas le faire à eux seuls et pendant longtemps, s’ils n’ont pas, toutefois, de l’aide de ces mains fortes qui jettent toujours de l’essence au feu de déstabilisation d’Haïti.
Chercher à comprendre tout cela, c’est aussi arriver à comprendre les causes profondes et effets négatifs des coups d’États, des interventions militaires au pays, aussi bien que les résultats d’élections frauduleuses de novembre 2010 et de mars 2011. Après le meurtrier tremblement de terre du 12 janvier 2010, dirigé par un chef d’État fêtard, avec des activités mondaines un peu partout, Haïti avait connu tous les mots en « al » qui ne pouvaient pas changer en « aux ». C’est ainsi, de bal, festival, carnaval, avec un récital de mots ronflants, solennellement, le pays était toujours en fête en honneur du président musicien. Ce qui donnait lieu à un président peu respectueux des bonnes mœurs au Palais national. Et d’un chef de gouvernement qui ne jouait pas avec les chiffres à la Primature. Si bien que, d’un président fêtard à un chef de gouvernement vantard, les deux formaient un pouvoir exécutif grandiloquent comme deux tonneaux vides.
En assimilant minutieusement tous ces faits, il est arrivé de comprendre que pendant son mandat de cinq ans, comment le musicien dévergondé avait toujours été toléré dans ses basses œuvres de malversations, de corruptions et de violations des acquis démocratiques. Au point qu’il avait, pendant cinq ans, tout le champ libre pour ne pas organiser des élections législatives. Et ainsi, ne pas arriver à renouveler le mandat des parlementaires qui, eux aussi, déshonorablement, avaient gardé toute la République en otage. Et depuis lors, malheureusement, rien n’était stable dans ce pays de contrastes. Pendant cette période d’instabilité, de Sweet Micky à ‘nèg bannan n’, chaque jour, c’était marche par marche que le pays descendait aux enfers. Entre-temps, des autorités continuaient de distribuer des armes dans les quartiers populaires. En lieu et place des programmes sociaux dans les bidonvilles, à des fins politiques qui ne répondaient pas à leurs fonctions, ils distribuaient de l’argent aux chefs de gangs. Et le résultat est palpable : massacres à La Saline, Carrefour-feuilles, Solino, Bel-Air etc. C’est tout un pays qui est en train d'être massacré par une horde satanique de bandits.
Comme plus que cela changeait avec la léthanie des élections frauduleuses des dernières années plus les choses sont restées les mêmes pour la classe défavorisée, donc le futur d’Haïti était incertain. Avec des dirigeants immoraux, arrogants, inexpérimentés et incompétents, de plus, qui se sont supportés dans toutes les malversations par l’oligarchie locale et l’internationale, le pays mourait lentement. C’étaient des gaspilleurs qui étaient en postes pour gaspiller le temps et l’argent du Trésor public.
Par exemple, au Palais national, c’était un pouvoir de l’exécutif avec des chefs d’État sans état d’âme et sans pouvoir d’exécution. C’était aussi le même cadre figure pour les membres particulièrement de la 50e Législature. Les députés et sénateurs vendaient au pouvoir de l’exécutif, leur pouvoir de légiférer. Question pour dire qu’il y avait un parlement constitué des honorables qui, dans leur savoir-faire des affaires imparfaites, étaient très déshonorables au local de cette dite institution au Bicentenaire de Port-au-Prince. Donc c’était une équipe de bandits légaux avec, illégalement, le plein pouvoir exécutif et législatif pour détruire de ce qui était resté de la perle des Antilles. Ces bandits légaux, illégalement mal élus avaient le boulevard libre pour que librement ils continuaient non seulement de piller le Trésor public, mais aussi à distribuer des armes aux bandits dans des quartiers populaires. Ainsi, pendant que les bandits assassinaient les gens à la Saline, Bel-Air, Carrefour-feuilles, Pont Rouge, etc., en juillet 2021, le président de la République était, lui aussi, assassiné.
Puis vint le 7 juillet 2021
À la mort du président Jovenel Moïse, assassiné en sa résidence privée le 7 juillet 2021, était venu un Premier ministre avec un semblant de plein pouvoir, mais qui en réalité́ était un soumis dans la formule d’un dictateur qui ne suivait que les diktats du Core Group. Entre-temps, le rêve rêvé du pouvoir politique de ce chef de l’exécutif sans aucun pouvoir d’exécution et de contrôle, c’était le débarquement des militaires étrangers au pays pour enfin l’aider à passer beaucoup plus de temps au pouvoir pour ne pouvoir rien régler.
Quant aux hommes et femmes d’affaires sans vision de grands projets d’investissement économique sinon que faire de l’argent dans de très mauvaises conditions, ils attendaient impatiemment une autre intervention de militaires étrangers comme celui de 2004 pour avoir encore plus de franchises douanières. Car seule une « mission salvatrice » pouvait les aider à rester beaucoup plus longtemps au pouvoir pour pouvoir, avec leurs amis dilapidateurs, continuer à dilapider le reste de ce qui était resté des fonds du Trésor public. Tout pour eux. À eux seuls. Absolument rien pour le peuple dans les quartiers populaires qui, chaque jour, mourait de faim.
Alors que les autorités politiques et l’élite économique attendaient impatiemment la concrétisation de leur rêve d’intervention, les gangs dans leurs exécutions des ordres maléfiques des bandits légaux, enlevaient, violaient et tuaient des gens. Tout en faisant chaque jour la promotion de ce mal qui n’en finissait pas, les bandits provoquaient, malheureusement, le projet cauchemardesque des Conzés contre le pays et le peuple.
Entre-temps, inondé par les immondices de cette violente tempête de violence qui s’était abattue sur Haïti, sans des mesures de sécurité, la population abandonnée à elle seule, était, jusqu’au coup, pataugé dans les eaux sales et boues de kidnapping imposés par les bandits légaux en fonction et alliés dans les quartiers populaires. À telle enseigne, pris dans le piège d’une insécurité́ généralisée, la population ne savait à quel saint se vouer. Ainsi, sans espoir d’une quelconque amélioration, elle attendait aussi, malgré́ elle, la présence de cette mission salvatrice pour finalement mettre fin à cette merde ou elle se trouvait. Malheureusement c’était aussi, en 1994, le même scenario que lors des trois ans du coup d’État des militaires contre Aristide qui était en exil à Washington.
Dans l’intervalle, avec, évidemment, des accords mal accordés, les autorités sans pouvoir légitimes que les faux amis de la communauté́ internationale avaient eux-mêmes imposés au pays, égarement, elles signaient tout. Au point qu’il n’en restait presque plus rien à signer. Sinon que leur démission pour incapable et trahison à la patrie. Finalement, face à ce triste constat d’une réalité machiavélique, le chef de la Primature, celui qui, dans un pouvoir exécutif bicéphale dirigeait monocéphalement le pays était, au début du mois de février 2024 devenu, plus contesté. Ainsi, confronté à une vague de violences des gangs dans son pays, puis, au beau milieu de cette incertitude faite de grande trouble politique, le chef de la Primature était écarté du pouvoir. Comme une crise dans une autre crise, d’un voyage au Kenya, le ‘’Tout Puissant Premier Ministre’’ (TPPM) Ariel Henry était empêché de retourner au pays pour continuer le projet du processus de gouverner par le chaos, pour lequel il était mis en poste depuis presque trois ans. Comme nombreux de ses prédécesseurs, il avait fait son temps. Il avait aidé grandement dans le malheur d’Haïti. Il avait tout signé. Il pensait qu’il pouvait tout faire. Non seulement il se croyait avoir un mandat légitime, mais il pensait aussi pouvoir rester aussi longtemps au pouvoir pour profiter et jouir de tous les avantages offerts à un chef d’État.
Mais le départ du PM n’empêchait pas aux bandits de continuer dans leurs sales besognes
Début mars 2024, dans leurs actes de brigandages, les brigands avaient frappé très fort contre le système judiciaire. Ce soir là, en libérant un effectif de plusieurs centaines de prisonniers, pour la plupart des criminels notoires, les bandits défiaient les autorités du système carcéral aussi bien de ceux de l’institution policière. Dans son reportage de ce Week end sur cette attaque violente des bandits armés à Port-au-Prince, la capitale, Radio France Internationale avait écrit ceci : « Week-end particulièrement violent en Haïti, dans la capitale Port-au-Prince et ses alentours. Des gangs armés ont attaqué les deux plus grandes prisons du pays, la prison de Croix des Bouquets et le Pénitencier national. Des milliers de détenus se sont évadés, et au moins une dizaine de personnes ont été tuées. Le gouvernement a décrété l'état d'urgence et instauré un couvre-feu. »
Ainsi, la justice, aux mains des bandits légaux, était une machine d'injustice ou il existait une sorte de primauté pour le mal. En somme, vu l’incapacité du système à trouver les coupables dans l’assassinat du bâtonnier, du président de la République, des journalistes, des étudiants et malheureusement de toutes les autres victimes, la justice était plaidée coupable. Presque chaque mois, avec le changement des juges dans des dossiers aussi sensibles, le système apportait, comme c’était toujours le cas, son lot de coup de théâtre et de contradictions. N’en parlons pas des nouvelles à sensation où des cadres du ministère de la Justice étaient impliqués dans le trafic d’influence dans l’affaire des trafiquants d’armes dans la Cité de Capois-La-Mort.
Pendant que dans les laboratoires de tous les maux du pays, les donneurs de leçons de démocratie continuaient dans leurs planifications de leur mission salvatrice d’un pays en danger, les nationalistes se posaient des questions. À savoir : pourquoi la communauté́ internationale faisait-elle toujours le même rêve cauchemardesque d’intervenir militairement en Haïti ? Alors que, « Faire toujours le même rêve est une manifestation de l’inconscient pendant le sommeil, comme un message que ce dernier cherche à délivrer. » Mais dans le cas de l’international, quel était donc le message de malheur pour les malheureux qui, malheureusement, étaient sans espoir ? En attendant de trouver une réponse à cette question, une autre, encore sans réponse, était donc posé, autrement dit : que faire de toutes ses idées de folie des artisans de l’intervention ? Qui, pour perdurer la crise, dans un fait semblant d’aider un pays en danger, mais d’une sorte d’ingérence démesurée, imposait n’importe quoi.
De tous les rêves maléfiques de ses vautours, le souhait des oligarques dans une transition démocratique qui n’en finissait pas était d’asphyxier le pays encore plus pour l’empêcher dans son projet de développement. Quand dans les labyrinthes d’une démocratie à l’occidentale, cela ne se faisait pas à travers des élections frauduleuses ou des coups d’État, c’était par les interventions militaires d’une force salvatrice pour aider un pays en danger que cela se faisait. Et depuis la toute première occupation en 1915, c'était toujours la même chanson, le même refrain ou le va-et-vient des bruits des bottes militaires étrangères. Comme en 1915, 1994 et 2004, le rêve tant souhaité des faux amis de la communauté internationale d’Haïti, c’était encore, malheureusement, une autre soi-disant mission salvatrice pour déloger les gangs.
Pendant des jours, avec des actes de violence, de pillages, d’assassinat aussi bien que les évasions de masse de deux prisons, le chaos, l'inquiétude, le danger règne. Le pays était prêt pour l’intervention. Dans le journal temps, sous le titre En pleine crise en Haïti, le premier ministre Ariel Henry démissionne, publié le 12 mars 2024, était écrit ce qui suit : « le départ d’Ariel Henry était réclamé par les gangs, qui ont assiégé la capitale. » De ce fait, face à ce désordre généralisé dans le processus de gouverner par le chaos, « La Communauté des Caraïbes a annoncé « un accord de gouvernance transitoire ouvrant la voie à une transition pacifique du pouvoir et à des élections libres et équitables. » Ainsi, celui qui refusait de croire que même le pouvoir à vie est éphémère avait été lâché par ses bienfaiteurs dans le mal.
Et après le départ du Premier ministre Ariel, le format du pouvoir exécutif avait changé. Tout en ridiculisant cette absurdité, aussi triste que ça en a l’air, le ridicule de l’affaire, même avec neuf présidents et un Premier ministre pour un pouvoir exécutif anencéphale ou décacéphale, plus de territoires sont perdus pendant le pouvoir de ces perdants politiciens. Tant de vies et de ressources sont gaspillées dans le gaspillage du temps de ces politiciens gaspilleurs. Le rêve rêvé de ces rêveurs politiciens, c'était d'être chef. Malheureusement pour zéro résultat, peut-on lire dans le carnet du vieux. Et c’étaient ces dirigeants qui voulaient encore rester au pouvoir. En fin de compte pour faire quoi ? Ils avaient tous, l'air tout à fait perdu et mal informé de la réalité sécuritaire d'un pays au bord d'un éclatement social. De passant qui passait au coordonateur qui passait chaque cinq mois pour coordonner le groupe de neuf membres d'un pouvoir exécutif bicéphale, c'était absolument du bonnet blanc et blanc bonnet.
De ministres qui minimisent leurs fonctions et qui, tout le temps en déplacement, comme des pigeons voyageurs, c'était encore le va-et-vient qui se faisait pour une affaire de per diem et des dépenses au frais de la princesse de la ville de Port-au-Prince. C'est un pays qui se meurt dans un semblant de démocratie sans effectivement des démocrates. Définitivement, avec un État dans un tel état, Haïti est certainement dans un état incertain. Et tout en ridiculisant cette ingérence, aussi triste que ça en a l’air, le ridicule de l’affaire, ouvertement, le 7 février 2026, la communauté internationale avait mis fin avec cette histoire de neuf présidents.
Ainsi, d’un pouvoir exécutif qui était décacéphale, le destin d’Haïti est donc confié à un seul homme. Le Premier ministre Fils-Aimé est aujourd’hui, le seul capitaine à bord. Du pays mal-aimé, aujourd’hui, Haïti est dirigée par un fils-aimé. Il est le fils aimé de l’ancien député de la circonscription de Pétionville/Kenscoff à la 46e législature (1995-1999). Le député Alix Fils-Aimé, Boulon pour les intimes, avait aussi présidé la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (Cnddr) durant le second mandat du président René Préval (2006-2011).
Cependant, loin d'être uniquement négatif, dans cette conjoncture de grave crise, des questions se posaient....celles qui avaient obtenues des réponses et d’autres sur lesquelles, il faudrait bien s’attarder encore. A dessein, certains se demandaient à tort ou à raison, la crise haïtienne n’est-elle pas trop sérieuse pour être confiée à un seul homme ? Serait-il en mesure de se hisser à la hauteur de la tâche qui leur est confié ? D’autre part, il est aussi question de l’ingérence de la communauté internationale pour placer le fils aimé de Washington à ce poste. Mais le plus important de tous ces questionnements, étaient les problèmes de l’insécurité et la planification des prochaines élections. Serait-il capable aussi de réussir sans un compromis politique ? C’est-à-dire, « un accord négocié entre des parties opposées, fondé sur des concessions réciproques pour résoudre » les problèmes de l’insécurité et enfin organiser les élections générales à la fin de cette année.
Face à tous ces questionnements, la nouvelle administration est dans l’obligation de réussir, là où les autres dirigeants qui l’ont précédé n’avaient pas pu le faire, particulièrement Marc Louis Bazin (1992-1993) et Dr. Ariel Henri (2021-2024).
Prof Esau Jean-Baptiste
