L'attaquant haïtien revient sur son enfance, le sacrifice de sa famille, son parcours aux États-Unis et en Europe ainsi que sur la fierté de mener Haïti au Mondial.
Frantzdy Pierrot n’a rien oublié de son enfance dans les rues d’Haïti, à jouer au football pieds nus avec des ballons de fortune constitués d'oranges, de sacs en plastique ou de vieux chiffons. Son histoire a commencé loin des grands stades, dans un pays en proie aux difficultés mais uni autour du ballon rond. Elle s’est poursuivie aux États-Unis, puis en Europe, avec une précieuse expérience en Ligue des Champions, et s’écrit désormais à la Coupe du Monde de la FIFA 2026™.
Pour l’attaquant du Çaykur Rizespor, représenter Haïti n'est pas seulement une responsabilité sportive : c'est aussi une façon de donner espoir, fierté et joie à un pays qui n’a plus participé à l’épreuve reine depuis 1974.
FIFA : Quand vous pensez à votre enfance en Haïti, quel est le premier souvenir lié au football qui remonte ?
Frantzdy Pierrot : Le premier souvenir qui me vient, c’est lorsque l’on jouait pieds nus dans la rue avec mes copains. On était assez démunis. Parfois, il n’y avait même pas de vrai ballon. Alors, on en fabriquait un, en utilisant tout ce qui pouvait nous tomber sous la main. Des oranges, des sacs en plastique, des vieux chiffons. Mais pour nous, le football ça voulait dire la joie et la liberté. C’était beaucoup plus qu’un jeu. Le football alimentait nos rêves et contribuait au lien social.
Quelle est l’importance du football à Haïti, et que représente ce retour tant attendu en Coupe du Monde ?
À Haïti, le football est roi. Il est synonyme d’espoir, de fierté et d’unité. Notre pays a traversé des moments difficiles, alors quand l’équipe nationale brille sur le terrain, les gens retrouvent le sourire. Notre présence en Coupe du Monde donne du baume au cœur à nos compatriotes.
Je me souviens du jour de notre qualification : des milliers de personnes étaient dans les rues pour célébrer, se prendre dans les bras, chanter et danser. D’habitude, les gens restent cloîtrés chez eux à cause des gangs et de la violence ambiante. Mais ce jour-là, ils ont tout oublié des problèmes et des difficultés du quotidien.
Votre famille est partie s’installer dans le Massachusetts quand vous aviez 11 ans. Comment avez-vous vécu cet événement ?
Mon père vivait déjà là-bas depuis quelques années. Il cumulait trois emplois et faisait parfois des heures supplémentaires, juste pour économiser assez d'argent pour nous faire venir. Le jour de notre départ a été le plus beau jour de ma vie, je savais que mon existence allait changer pour de bon. Je n'étais plus obligé de grimper aux arbres pour cueillir des oranges quand j’avais envie jouer au football. Je pouvais enfin manger à ma faim, mais surtout, j’avais la possibilité de devenir quelqu’un.
Pourquoi avez-vous décidé de partir jouer en Europe lorsque vous étiez jeune ?
La décision de tout laisser, tout ce pour quoi j'avais travaillé au lycée et à l'université, a été difficile, mais je voulais me mettre à l'épreuve et me créer davantage d'opportunités. Je suis sorti de ma zone de confort et j'ai déménagé en Europe pour m'épanouir tant sur le plan sportif que personnel. C’était un choix risqué, mais j’avais confiance en moi, et je savais qu’un environnement adapté m’aiderait à aller plus loin.
Vous avez ensuite évolué au Maccabi Haïfa. Quelle a été l’importance de ce club dans votre parcours ?
Le Maccabi Haifa a joué un rôle déterminant dans ma carrière. Le club m’a aidé à prendre confiance en moi et à devenir plus responsable. Ça a été un tremplin pour atteindre le niveau supérieur. Le Maccabi aura toujours une place à part dans mon cœur car nous avons accompli beaucoup de choses ensemble. J’ai pu disputer la Ligue des champions, la Ligue Europa, la Ligue Conférence, et nous avons remporté plusieurs trophées. Le club m'a donné ma chance et je lui en serai toujours reconnaissant.
Quand vous retournez à Haïti et que vous revoyez vos amis et vos proches, que vous disent-ils ? Quelle importance ont-ils eue dans votre parcours ?
Ils me disent toujours de rester humble et de ne pas oublier d’où je viens. Ma famille et mes amis ont joué un rôle essentiel dans mon parcours, car ils m’ont soutenu à l’époque où personne ne me connaissait. Quand je rentre chez moi et que je vois ces enfants qui nourrissent les mêmes rêves que moi à leur âge, cela me rappelle pourquoi je continue à travailler dur et pourquoi il est si important pour moi de rendre une partie de ce que j'ai reçu.
C’est la raison pour laquelle j’ai créé la Fondation Frantzdy Pierrot : pour donner de l’espoir à ces enfants et les aider à croire en leurs rêves. L’objectif est de leur offrir un cadre, des opportunités et de la visibilité, car à Haïti, il y a du talent, mais il reste trop souvent ignoré. Ces enfants, nous ne voulons pas seulement leur apprendre à jouer au football, mais aussi leur offrir une éducation dans une perspective plus globale, en les aidant à grandir sur et en dehors du terrain.
Comment avez-vous vécu votre but contre le Costa Rica, qui a quasiment scellé la qualification d'Haïti pour la Coupe du Monde de la FIFA 2026 ?
C’est assez difficile de décrire mes émotions à ce moment-là, car je savais tout ce que ce but signifiait pour mon pays. Honnêtement, quand le ballon entre, mes premières pensées sont pour ma famille, mes coéquipiers et le peuple haïtien. J’ai repensé à tous mes sacrifices, aux moments de doute et à toutes les personnes qui ont cru en nous. C’était comme si toutes ces années de travail, de rigueur et de persévérance trouvaient leur concrétisation dans cet instant précis.
Quel est l’état d’esprit de l’équipe d’Haïti avant d’affronter le Brésil, le Maroc et
On sait que c’est un groupe très relevé, car nous affrontons quelques-unes des grandes sélections du football mondial, des équipes avec une grande expérience et de la qualité. Mais nous croyons aussi en nous. Nous respectons tous nos adversaires, mais nous allons au Mondial pour gagner, représenter Haïti avec fierté et montrer au monde entier notre état d’esprit, notre passion et notre courage. Comme on dit chez nous : l'union fait la force.
Quel est l’objectif d’Haïti dans cette Coupe du Monde ?
Nous voulons rendre fier le peuple haïtien et montrer du courage à chaque match. Nous ne faisons peut-être pas partie des favoris aux yeux des gens, mais le peuple haïtien est connu pour sa vaillance. Nous voulons faire preuve de cœur, d'unité et de foi sur la plus grande scène du football. Et, espérons-le, montrer à une nouvelle génération d'enfants haïtiens qu'aucun rêve n'est trop grand.
Source : FIFA
