Une vive tension politique oppose depuis plusieurs jours la Primature au Conseil électoral provisoire (CEP) autour d’un projet de décret électoral révisé et de la création d’un poste de directeur général au sein de l’institution, censée rester indépendante. Plusieurs personnalités politiques et acteurs de la société civile dénoncent la décision du gouvernement d’implanter un directeur général au CEP, avec un décret remanié lui conférant l’ensemble des pouvoirs.
Joint par téléphone, le journaliste Lemoine Bonneau alerte sur la menace qui pèse sur l’autonomie des institutions indépendantes face aux ingérences de l’exécutif. Selon lui, la nomination d’un directeur général par le gouvernement constitue une violation de l’indépendance administrative et une tentative de contrôle des futurs scrutins dans le pays.
Par ailleurs, le leader du Mouvement patriotique du 18 novembre, Lemoine Bonneau estime que cette centralisation du pouvoir permettrait à l’Exécutif de manipuler les opérations électorales au profit de ses propres candidats. Il doute par ailleurs de la faisabilité des élections tant que l’insécurité chronique persiste dans les zones stratégiques, craignant que cette instabilité serve de prétexte au Premier ministre actuel pour prolonger indéfiniment son mandat.
Contrairement aux organismes publics soumis à la tutelle ministérielle, les institutions indépendantes prennent leurs décisions sans l’aval d’un ministre. Lemoine Bonneau rappelle qu’elles gèrent elles-mêmes leur personnel, avec le pouvoir de nommer et de révoquer leurs employés, une autonomie administrative garantie par la Constitution.
En règle générale, ces institutions ne disposent pas de « directeur général » nommé par l’Exécutif, mais plutôt d’un directeur exécutif ou d’un secrétaire général. Dans les rares cas où un directeur général existe, comme à l’Office de la Protection du Citoyen, il est choisi par le responsable de l’institution et non par le Président, a souligné l’ancien candidat à la députation de Plaisance-du-Nord, Lemoine Bonneau.
Une victoire politique pour la Primature ?
Le vendredi 5 juin 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a officiellement installé Uder Antoine comme directeur général du CEP. Pour le leader du mouvement patriotique 18 novembre Lemoine Bonneau, cette création de poste traduit une volonté de l’exécutif de s’approprier les attributions des conseillers afin de contrôler les opérations électorales.
Il souligne également que l’insécurité peut être utilisée comme un outil stratégique pour prolonger la durée du pouvoir du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, en empêchant la tenue d’élections crédibles dans le pays. Tant que les scrutins ne sont pas organisés, le dirigeant en place conserve ses fonctions. Le contrôle de zones stratégiques comme la région métropolitaine de Port-au-Prince rend toutefois, l’organisation d’élections techniquement irréalisable.
D’après Lemoine Bonneau, le Premier ministre pourrait chercher à maintenir cet état de fait pour éviter de lancer le processus électoral. Il existe, selon lui, une corrélation entre volonté politique et sécurité : si le pouvoir n’a pas l’intention d’organiser des élections, il peut laisser l’insécurité s’installer afin de bloquer le processus démocratique et prolonger son autorité sans passer par les urnes.
Likenton Joseph
