Pendant plus de 20 ans, au Cap-Haïtien, l’eau potable a manqué. Le réseau était vieux, cassé, voir inefficace. Les familles, les commerces, les institutions tous se débrouillaient comme ils pouvaient, souvent au prix de gros sacrifices. En milieu urbain ou rural, les populations les plus pauvres souffraient de cette situation.
En 2022, avec l’appui financier de la Banque interaméricaine de développement (BID), la Direction Nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA) lance le programme d’eau potable et d’assainissement, un programme ambitieux et vital. Son objectif : changer le quotidien de plus de 16 000 personnes. Les forages sont réhabilités. Les systèmes de chloration sont modernisés. L’eau potable revient, progressivement, dans les maisons. Rosemonelle Justafort n’y croyait plus.
« Depuis deux mois, j’ai enfin l’eau courante à la maison. » Rosemonelle sourit en ouvrant son robinet. « Avant, chaque jour était une épreuve. Il fallait acheter de l’eau six à dix fois par jour, marcher dans les rues voisines, parfois payer un brouettier. Quand il pleuvait, la boue rendait le transport des jarres presque impossible. Le coût était lourd : 40 à 80 dollars par jour. »
Aujourd’hui, tout a changé.
« Les agents de la DINEPA se sont occupés de tout. Le service a été simple et rapide. Le même jour, les tuyaux et les robinets ont été installés. L’eau coule maintenant trois à cinq fois par jour. » Pour Rosemonelle, l’eau, c’est plus que du confort. C’est du temps gagné, une maison plus propre et une vie plus facile.
Un impact aussi pour les entreprises
Fedem Fenellus travaille depuis des années dans une pompe funèbre. Avant, l’entreprise devait acheter six dumps d’eau tous les deux jours pour fonctionner. « Avec la connexion de la DINEPA, nous utilisons l’eau pour la douche, la cuisine et même l’arrosage. Le service s’est beaucoup amélioré. L’eau potable, ici aussi, fait la différence. » se félicite Fenellus
Des milliers de familles sont ciblées. L’OREPA Nord, sous la tutelle de la DINEPA, pilote les travaux : pose des canalisations, branchements, raccordements. Le Centre Technique d’Exploitation s’occupe ensuite de l’activation des abonnements.
Renforcer un accès durable pour des communautés vulnérables
Chaque maison bénéficiant d’un nouvel acces à l’eau potable dispose d’un compteur individuel. Objectif : éviter le gaspillage et garantir l’équité. « Ici, chacun paie ce qu’il consomme. 20 ou 50 mètres cubes. Pas plus. Pas moins. » déclare Pierre Bernadin Poisson, responsable de l’office régionale de l’eau potable et de l’assainissement nord (OREPA Nord), un service déconcentré de la DINEPA charge de la mise en œuvre du programme. Et surtout, l’eau de la DINEPA coûte quatre fois moins cher que celle achetée auprès des revendeurs privés. Les économies réalisées permettent aux familles de mieux se nourrir, de scolariser leurs enfants, de respirer un peu.
Deux sites de forage sont déjà opérationnels dont le site T9 où l’eau est captée à 200 mètres de profondeur, transportée sur 7 kilomètres jusqu’au réservoir de situes dans le quartier de Bel-Air dans le centre-ville du Cap-Haïtien, puis distribuée dans les foyers. Chaque jour, il faut près de 10 heures de pompage pour assurer une distribution régulière. Pour réduire les coûts et sécuriser l’approvisionnement des panneaux solaires seront installés grâce au financement de la BID.
Le projet prévoit aussi : la construction de deux nouveaux forages, la réhabilitation de deux autres, la mise en place d’un laboratoire de contrôle de la qualité de l’eau, et la construction d’un deuxième bureau administratif du Centre technique d’exploitation du Cap-Haitien.
À terme, ce programme fiance par la BID devrait permettre à la population capoise de bénéficier d’un service d’eau potable conforme aux normes, sures et accessible, un pas décisif vers l’amélioration des conditions de vie dans le grand Nord. Pour Rosemonelle, Fedem et des centaines d’autres bénéficiaires l’eau coule à nouveau et avec elle aussi l’espoir.
Gaby Saget
